2- Masques et prédateurs

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Carter

Le monde se divise en deux catégories.

Ceux qui subissent l'histoire.

Et ceux qui l'écrivent avec le sang des autres.

Je m'appelle Carter Scott.

En Sicile, mon nom ne se prononce jamais trop fort. Il se murmure dans les ruelles étroites de Palerme, dans les bureaux feutrés des hommes de pouvoir et dans les conversations que l'on interrompt dès qu'un inconnu approche.

À bientôt trente ans, j'ai fait de la mort un métier.

Un art.

Pour certains, je suis un tueur à gages.

Pour d'autres, un monstre.

Le reste préfère simplement détourner le regard.

Aucun de ces qualificatifs ne m'atteint.

Les notions d'amour, de remords ou de pitié me sont étrangères depuis bien longtemps. Dans cette vie, je n'ai jamais cherché à être le héros de l'histoire.

Je suis celui que l'on craint.

Celui que l'on appelle lorsque plus personne n'est capable de régler un problème.

Et cela m'a toujours convenu.

Je ne travaille jamais seul. Autour de moi gravitent les seuls hommes auxquels j'accorde une confiance absolue.

Damon.

Mon meilleur ami. Mon bras droit. Celui qui comprend chacun de mes silences.

Puis viennent Théo, Martin et Tony.

À nous cinq, nous formons une mécanique parfaitement huilée. Chacun connaît son rôle, chacun sait ce qu'il doit faire et, surtout, chacun sait ce qu'il risque en cas d'erreur.

Cette organisation nous a permis de bâtir l'un des cartels les plus puissants de Sicile.

Et de le conserver.

Pendant que Damon, Tony et Théo s'autorisent encore à croire qu'une relation peut cohabiter avec notre mode de vie, Martin et moi partageons exactement la même vision.

Les sentiments sont une faiblesse.

Une distraction.

Nous préférons la simplicité d'une nuit sans lendemain aux promesses que personne n'est capable de tenir. Dans notre monde, s'attacher revient à offrir une cible à ses ennemis.

Je refuse de leur donner cette arme.

Mardi 21 juin.

Notre venue à Londres n'avait qu'un seul objectif. Les vacances n'existent pas dans notre métier. Chaque déplacement répond à un contrat, une négociation ou une exécution, et cette semaine ne ferait pas exception.

Dès que nous quittons la Sicile, une règle s'impose à tous : disparaître dans le décor. Pas de voitures extravagantes. Pas d'hôtels où l'argent attire les regards. Pas de restaurants où les conversations peuvent être entendues. L'anonymat est notre meilleure protection.

C'est précisément pour cette raison que j'ai choisi ce petit café de l'Est londonien comme point de rendez-vous. Discret, familial, sans aucun lien apparent avec notre univers. Des civils sans histoire. Le lieu idéal.

Lorsque j'ai découvert qu'ils venaient d'aménager une salle privée à l'arrière de l'établissement, je n'ai pas hésité une seconde. Une alcôve isolée, à l'abri des oreilles indiscrètes. Parfaite pour nos réunions.

Il mio salvatoreDes histoires addictives. Découvrez maintenant