4- Sous surveillance

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Carter

La nuit a été interminable. Une éternité passée à fixer le plafond de ma chambre d'hôtel, l'esprit pollué par le souvenir d'une inconnue aux yeux verts. Cette situation m'agace au plus haut point. Je n'ai jamais laissé personne, et encore moins une civile croisée par hasard, bousculer ma discipline de fer. Mon cerveau est une machine de guerre, programmée pour la stratégie et la survie, pas pour s'attarder sur le charme éphémère d'une serveuse londonienne. Pourtant, j'ai beau chasser son image, elle revenait s'imposer à moi avec une régularité insolente. Un grain de sable vient de se glisser dans mes rouages, et je déteste ça.

Le lendemain matin, les affaires reprirent heureusement le dessus. Je dois me rendre dans une prison de haute sécurité de la banlieue de Londres pour y rencontrer un client incarcéré. Une sombre histoire de territoires à réajuster et de messages à faire passer à l'extérieur. L'entretien fut rapide, froid et efficace, comme toujours.

C'est en quittant le parloir, alors que je m'apprête à franchir les grilles de la salle d'attente pour rejoindre ma voiture, que mon regard accroche une silhouette familière. Je me fige imperceptiblement. Assise sur l'un des bancs en plastique bleu, isolée du reste du monde, elle était là.

Ce matin-là, elle a troqué son tablier de serveuse pour une tenue beaucoup plus décontractée : un sweat blanc avec un jogging gris et des baskets, le tout couronné par un chignon. Elle n'avait aucun artifice, aucun maquillage, et pourtant, elle était magnifique. Sans même m'en rendre compte, je la fixe. Mon regard doit être assez lourd pour briser sa concentration, car elle tourne brusquement son regard vers le mien. Dans son regard se lis du stress. Une détresse si intense qu'elle me frappe de plein fouet. Pourquoi une fille comme elle transpirait-elle la peur dans la salle d'attente d'une prison ?

Je refuse de donner le spectacle de deux idiots qui se dévisagent. Je partis changer d'endroit pour l'observer en toute discrétion, me postant dans un angle mort qui me permet de surveiller la pièce sans être vu.

Quelques minutes plus tard, un homme s'approche d'elle et lui parle. À la seconde où elle se retourne vers l'homme, son regard change. Ses beaux yeux verts reflètent la peur. Une terreur pure, viscérale.

Une rage froide s'insinue sous ma peau. Qui est cet homme ? Pourquoi elle avait peur de lui ? Ils parlèrent un instant, puis, soudain, l'homme lui attrape le poignet. Le geste fut sec, cruel. J'observe, les mâchoires contractées, une petite grimace lui échapper sur son beau visage alors qu'il la tire dehors, l'arrachant brutalement à son rendez-vous. Mes mains se serrent en poings au fond de mes poches. Cet homme venait de commettre une grave erreur.

~

Pour la réunion du soir, j'ai de nouveau réservé la table VIP de l'arrière-boutique. J'ai besoin de revoir cette femme, de comprendre ce qui s'est passé ce matin même.

Lorsque nous franchissons le seuil du café à dix-huit heures, mon regard balaye immédiatement le comptoir. À mon grand étonnement, l'homme de tout à l'heure est assis au bar et la femme n'est pas là. Le type au costume cher trône sur son tabouret, surveillant les lieux comme un rapace.

Nous nous avançons vers le bar. C'est à ce moment qu'elle arrive devant nous. Son regard se pose immédiatement sur le mien, chargé d'un trouble que je ne connaissais que trop bien.

— Messieurs, bonsoir. Que puis-je faire pour vous aujourd'hui ? demande-t-elle d'une voix que je m'efforce d'analyser.

Avant que je n'aie le temps de formuler la moindre réponse, une voix agressive s'élève derrière nous. Le type au comptoir s'est redressé, le visage durci par l'affront.

— Hé Luna ! J'étais là avant eux, il me semble. lance-t-il d'un ton sec.

Elle se retourne lentement vers lui, maintenant une distance professionnelle mais ferme.

— Je sais Steven. Mais je sers d'abord les clients qui ont réservé la table VIP. C'est le règlement du café.

C'est là que l'individu capitula avec un sourire venimeux et une fausse complaisance qui me donne des envies de meurtre :

— Très bien ma chérie, vas-y sers-les donc.

Luna. C'est ainsi qu'il l'avait appelée. Luna. Quel beau prénom pour une magnifique femme comme elle. Le prénom résonne dans mon esprit avec une clarté cristalline, s'ancrant profondément dans mes pensées.

Elle se retourne vers moi, tentant de masquer la nervosité que l'intervention de cet homme venait de provoquer.

— bon à vous, dit-elle en se concentrant sur notre groupe.

—Tout comme hier, répondis-je d'une voix volontairement grave, mes yeux ancrés dans les siens pour peser son trouble.

— Très bien, je vais juste servir ce monsieur pressé, et je vous apporte ça

Alors qu'elle s'éloigne, l'homme la regarde avec froideur, un regard lourd de menaces invisibles qui m'énerve fortement. Personne n'impose sa loi sur mon terrain d'observation, et ce Steven jouait à un jeu très dangereux.

~

Deux jours se sont écoulés. J'ai encore réservé la table, car il faut que je m'assure de quelque chose. Mon instinct de prédateur refusait de lâcher cette affaire.

Nous étions installés à table depuis quelques minutes, mais Luna n'est pas encore arrivée. C'est bizarre. D'ordinaire, elle est déjà là pour prendre les commandes. Une pointe d'agacement, ou peut-être une étrange inquiétude, commence à me tirailler l'esprit.

Soudain, des bruits de pas se font entendre vers nous. C'est elle.

Mon regard se pose immédiatement sur elle dès qu'elle franchit la porte, et elle fait de même, plongeant ses yeux verts dans les miens. Mais alors qu'elle s'avance dans la pièce, la lumière crue mit en évidence un détail qui me glace le sang.

Mon regard descend sur ses bras pleins de bleus. Des ecchymoses violacées, des marques indéniables de doigts incrustés autour de ses poignets fins. La poigne de l'homme de la prison.

Une fureur noire m'envahit, d'une intensité que je n'ai pas ressentie depuis des années. Pourquoi avait-elle des bleus ? La réponse était évidente, sanglante : cet enfoiré de Steven avait osé poser ses mains sales sur elle.

Une ligne invisible venait d'être franchie. Il faut que j'enquête au plus vite sur elle pour dénicher la vérité sur sa vie et sur ce type. Et une fois que j'aurais toutes les cartes en main, je m'assurerais personnellement que Steven paie pour chaque marque laissée sur le corps de Luna.

Il mio salvatoreDes histoires addictives. Découvrez maintenant