– Arrête toi là.
Je la regardai, inquiet, un malheur allait lui arriver, pourquoi suis-je resté sur place ? Je fis un pas en avant, m'approchant de la route.
Elle cria encore plus fort pour me clouer sur place.
– Arrête toi !
Comme un enfant effrayé par un haussement de voix de ses parents, je me retins alors d'avancer.
La pluie se déchaînait, je frissonnais sans arrêt et pourtant, malgré ce froid hivernal, la voir ainsi ne faisait que m'inquiéter encore plus. Je la regardai à multiples reprises ne pouvant cacher mon expression perdue.
Nous étions en montagne, nous n'étions que tous les deux, nous étions à la base là pour oublier, sans rien, sans autrui, juste un moment qui était censé nous rassurer. Je ne sentais plus ce sentiment heureux. Il n'était pas réciproque, alors aucun de nous deux ne le sentait.
Inquiétude, c'est tout.
– Que fais-tu ? C'est dangereux ! lui criais-je, désespéré.
Nous étions dans une rue escarpée et dans le brouillard.
– Ce que je fais ? Regarde par toi-même.
Elle était au milieu du danger.
Une voiture approchait à grande vitesse, mais réussit tout de même à freiner. Mon mauvais pressentiment fit battre mon cœur encore plus fort, voulait-elle se suicider ?
Le conducteur, un vieux qui semblait être plutôt pressé, sortit furieux. Il ne ressentait aucune quelconque culpabilité et se contenta de hurler sur mon amie. Cela fut clairement une mauvaise idée.
– Tu ne regardes pas où tu mets les pieds ! hurla le conducteur.
La fille sembla se moquer de lui, elle s'approcha alors du bord de la montagne. Mes théories étaient forcément fausses, je voulais le croire, mon amie tenait à la vie. C'était bien ce qu'elle m'avait fait comprendre, l'amour de la vie avant toute autre chose.
Le conducteur, pour quelle raison l'avait-elle arrêté ? Avait-elle une supposition à comprendre ? Pourquoi en aurait-elle ?
Je restais impuissant, paralysé par la peur. Bien évidemment, le conducteur, commençant à être angoissé, me cria haut et fort de la retenir, mais je ne pouvais pas. Mon corps ne voulait pas bouger, même pour elle, il restait immobile.
L'homme commença sérieusement à se sentir anxieux, il accourut à une telle vitesse qu'il aurait pu tomber au fond du ravin dans son élan. Son bras retint la fille d'un geste sûr, il tenait sur lui un poids lourd.
Mon corps resta figé, il ne voulait pas faire le moindre mouvement.
–Qu'est-ce que tu fais ?! Aide-moi ! hurla l'inconnu.
Je sentis comme un sursaut qui me poussa instinctivement vers lui. Je me précipitai sur lui sans même m'en rendre compte.
Je tenais sa main, celle de cette fille qui avait presque oublié son propre prénom. Elle ne me regardait pas, le ravin seul l'intéressait. Je ne pouvais pas la lâcher. Pour la première fois, je ressentis le bonheur, la détermination, et ce grâce à cette personne qui tient à mourir.
Sa main froide me gelait, tout devint encore plus dur quand la neige tomba, mais ses actions ne voulaient rien dire. L'homme qui m'avait pourtant convaincu de porter secours à mon amie partit en courant.
Le froid, la peur, la culpabilité... Il n'avait aucune pensée, il voulait simplement vivre. J'étais seul avec elle, au bord de cette falaise.
– Tiens bon, je te tiens.
La fille ne répondit pas et m'ignora. Elle ressemblait à un corps mort, mais je pouvais sentir la pulsation de sa main. Pas une seule fois dans ma vie je n'avais autant donné d'efforts, je suais tellement, moi qui n'avait pourtant jamais bougé le petit doigt en cours de sport.
Je ne pouvais plus tenir, je le savais.
– Je te tiendrais encore. Si quelqu'un passe, nous pourrons repartir.
Je n'ignorais pas le fait que même si j'étais loin de la convaincre, pourtant je le voulais, je savais que s'il y avait une seule chose que je voulais faire sur le moment était de la sauver. Il n'y avait aucune autre raison.
Égoïste comme je l'étais, je la voulais juste pour aider mes problèmes personnels. J'aimais passer des moments plus intéressants avec quelqu'un semblant avoir été heureux grâce à moi. Pour ma propre dignité, je voulais la sauver. Allait-ce vraiment au-delà de cela ?
– Pourquoi te donnes-tu autant de mal ? fit-elle malgré la situation.
Je sentais parfaitement sa voix, faible et instable, mais je ne pouvais rien y faire...
– Pourquoi ? Pour qui plutôt, pour toi bien évidemment !
Elle pouffa d'un rire mêlé à un ton étouffé.
– Je te connais plutôt pas mal depuis...
Non, elle ne me connaissait pas du tout, si c'était le cas, elle n'aurait jamais même pensé à se suicider, ne serait-ce que pour moi.
– Depuis cinquante jours, répliquai-je.
– Laisse-moi t'offrir mon bouquet final.
Elle s'étouffa encore, mais ce coup-ci, je sentis son pouls battre bien plus vite, une telle montée d'adrénaline, que voulait-ce dire ? Elle leva enfin la tête avec un tel sourire que je pris peur. En sursautant, je la lâchais.
Alors que je ne pouvais ressentir la peur qu'à travers son expression, tout s'acheva. Les secondes pendant lesquelles elle tombait étaient rudement longues. Ma peur se résumait alors à la mort.
L'écho de sa voix ne résonnant quelques secondes, ce moment horrible où je voyais des souvenirs en continu se déchaîner à travers mes yeux jusqu'à ce que le dernier d'entre eux ne rejoigne le présent, tout s'acheva.
Une simple seconde laissa le temps à la falaise pour éclater. Tel un bouquet final, la roche éclata avec la couleur du sang et de la pluie, le mélange donnant une nuance acérée.
Je m'évanouis.

VOUS LISEZ
Bouquet final
Teen Fiction« Que ferais-tu si je n'avais plus qu'une cinquantaine de jours à vivre ? » Kazune est un garçon gentil, populaire, intelligent, fort en sport etc... Il profitait bien de sa vie en compagnie de son meilleur ami Dai. Pourtant, des évènements firent...