9- Paura di lasciare al mondo soltanto denaro

36 6 57
                                        

(Peur de ne laisser au monde que de l'argent)


Palais royal, cercle intérieur, SOL

  Il n'a qu'une ultime soirée à passer dans cet endroit sinistre. Son père a annoncé un départ dès le lendemain, dès l'aube. Quel soulagement, mêlé à une pointe d'excitation : Sol a toujours voulu voir le Nord. Et peut être que ce voyage saura lui expliquer ce qu'est la couleur, à lui qui ne voit qu'en noir et blanc pour le moment, le libérer de cette gêne morale qui l'entrave tant. 

  Avant cela, cependant, il doit se rendre à ce satané bal, et y faire bonne figure. Le voilà donc dans sa chambre, avec toute une panoplie de vêtements étalés sur ses couvertures. Les costumes extravagants glissés probablement par Clothilde, la couturière, dans ses bagages deux fois plus gros qu'ils ne le seraient si cela ne tenait qu'à lui, l'ont fait sourire. Maintenant, il faut faire un choix.

  La princesse lui a expressément demandé la veille d'apparaître à ses côtés et de soigner son apparence, précisant qu'elle serait en rouge sombre. Ce qui signifie en Callistien: "Ramène toi paré de joyaux comme si tu étais un de mes paons de compagnie, avec une tenue assortie à la mienne pour montrer que tu m'appartiens ". Sol le sait, il a fini par cerner le personnage. Mais elle n'a pas été précise et ne peut s'en prendre qu'à elle même : il ira avec sa propre définition de l'élégance, bien plus sobre.

  Son choix se porte donc sur un ensemble noir, classique, sélectionné par ses soins avant le départ, et notre vampire préféré fourre les autres dans la valise, levant les yeux au ciel lorsqu'il aperçoit des franges d'un violet criard sur les manches d'une veste. Non, pas moyen. Il noue ensuite sa cravate, du même grenat que les détails sur les manches et le col. Le jeune noble ne ressemblera peut être pas à une exposition ambulante de marchand de bijoux, mais il respecte les conditions à sa manière.

  Accrochant le fourreau de son épée bâtarde à sa ceinture, il ricane tout seul en imaginant la tête de Kayn. Il inspire un grand coup, et s'élance à grandes enjambées vers la porte massive. Un sérieux soudain assombrit ses prunelles, alors qu'il ébouriffe soigneusement ses mèches claires d'une main. Quand il faut y aller...

   Ses parents l'attendent devant la grande salle de bal. Il leur sourit effrontément dans l'attente des critiques qui, connaissant son paternel, ne vont pas tarder.

-Essaierais-tu donc de passer pour un militaire, fils?

- Je serais bientôt fiancé à la princesse. sa voix se teinte d'ironie. Je prend mon devoir de la protéger très au sérieux, père.

- Je vois. Je croyais avoir demandé à cet incapable d'écuyer de te préparer une lame plus... Convenable.

- Elle n'est pas conventionnelle, je vous l'accorde. Mais, comme vous le savez, c'est une des rares que j'arrive à manier malgré mes... Deux mains gauches (petit prétentieux: pour rappel, il est gaucher). Et puis, vous admettrez qu'elle est impressionnante même au fourreau.

  Les yeux glacés de Kayn inspectent son fils de la tête aux pieds, et le Duc lâche un reniflement méprisant ce qui, bien loin de le braquer, amuse Sol.

  Et sa mère d'intervenir :

-Kayn, ne pouvez vous donc pas cesser d'être grincheux un instant ? Il est beau notre chéri, tout l'air d'un stratège doublé d'un épéiste de génie, vous ne trouvez pas?

-Avoir l'air, voilà une chose qu'il sait faire.

  "Je n'en ai rien à foutre, je n'ai rien à vous montrer." Voilà ce qu'il en pense, le fils indigne. Elisabeth s'approche, ignorant le claquement de langue courroucé de son mari, pour caresser la joue de Sol, qui trouve d'un coup cela nettement moins drôle mais ne dit rien. Puis, comme les gens commencent à arriver, avec un valet essoufflé qui réclame le cavalier de la princesse, il quitte la délicieuse compagnie de ses géniteurs (dommage, vraiment.)... Pour aller rejoindre bien pire. 

HUNTED HUNTERDes histoires addictives. Découvrez maintenant