Cité diamant, cercle intérieur, SOL
Assis à l'ombre d'un grand Saule, un jeune homme, la tête dans un vieux livre à la couverture reliée, semble absorbé par sa lecture. La brise fraîche joue avec ses mèches platine, et, nonchalamment adossé au tronc rugueux, une de ses longues jambes étendue devant lui, le coude posé sur le genou de l'autre, tout son corps affiche une relaxation parfaite.
Enfin presque.
Un oeil avisé, que les rangs 4 et les humains servant la famille ne possèdent pas, saurait remarquer la subtile crispation des larges épaules, le muscle jouant sur la mâchoire ciselée, et le flou imperceptible des prunelles gris acier.
En vérité, Sol écoute. Car comme le disait Sun Tzu dont le nom peu à peu estompé par le temps s'étale en lettres dorées sur la couverture craquelée: Si tu ignores à la fois ton ennemi et toi-même, tu ne compteras tes combats que par tes défaites. Et, curieusement, la tâche la plus ardue est en fait la seconde. Surtout quand les ancêtres beuglent si fort depuis le vaste manoir des Loarer d'Arianell : en tendant une oreille très légèrement pointue et ornée de piercings noirs, il les entend de là où il se trouve.
- TU N'EMMÈNERAS PAS MON FILS AU MILIEU DE CES POUILLEUX !
- IL SERAIT TEMPS QU'IL SE SENTE CONCERNÉ PAR LE RÔLE DE LA FAMILLE ! CE N'EST PLUS UN ENFANT!
- IL SERA TOUJOURS MON BÉBÉ !
Sol grimace à cette réflexion, découvrant ses canines acérées. À presque vingt ans, il est loin du millénaire que peut durer la vie d'un vampire, mais a atteint sa majorité: son corps ne vieillira plus, tel une sculpture. Pour une fois, c'est un point pour son père.
La jouxte verbale dure depuis déjà vingt bonnes minutes, et Sol compte les points. Même s'il faut bien avouer que ses géniteurs, après tant de disputes, commencent à présenter un manque quasi pathologique d'imagination.
Plus sérieusement, ce coup là, c'est au sujet de Wilhelm, le rang trois gérant le district Obsidienne, au Nord. C'est aussi l'un des deux districts, avec le district Opale, qui relève de la responsabilité de la famille ducale des Loarer. En tant que vampires de rang un, les quatre ducs de Rohen sont en haut de la hiérarchie, juste sous la famille royale, de rang zéro.
Si les rangs, de zéro à quatre, étaient à la base déterminés en fonction de la puissance des individus, cela fait depuis bien longtemps que ce n'est plus le cas, à présent affaire de succession. Sans intérêt donc, du point de vue de Sol ... Même si cela fait bien longtemps qu'il a cessé de s'insurger à voix haute de certaines vieilles coutumes vampiresques.
M'enfin revenons-en à nos mout- euh vampires: Wilhelm von Ire . Il paraît que ce couillon (les mots- ou plutôt pensées- du jeune Sol, ne blâmez pas ce pauvre narrateur... ) a quelque peu manqué à ses fonctions ces derniers temps. Et que, à cause de sa négligence, un groupe d'humains fait preuve d'audace.
Son père, le craint Kayn Loarer d'Arianell, âgé de cinq-cent soixante années sonnantes et trébuchantes a donc pour devoir de s'y rendre pour remettre de l'ordre et apaiser leurs blondes Majestés. Et a priori, il a la ferme intention d'emmener son bon à rien de fils avec lui, puisqu'il l'entend siffler:
-Il ...-ent, POINT. Dois-... rappeler ... le chef de ...-amille, femme? À FORCE DE LE BICHONNER, C'EST DEVENUE UNE VÉRITABLE PUTERELLE !
Sol redresse la tête et lève les yeux au ciel. Alors là, coup bas. On voit bien là que son père ne prend pas le temps (ou la peine) de lire ce qui se trouve dans la bibliothèque familiale pourtant massive et est ainsi passé à côté de l'Art de la Guerre. Sinon, il saurait à quel point se faire discret quant-à ses capacités est vital. Pas forcément sur un champ de bataille, mais pour être tranquille en général. "Sois subtil jusqu'à l'invisible; sois mystérieux jusqu'à l'inaudible; alors tu pourras maîtriser le destin de tes adversaires."
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HUNTED HUNTER
VampirosUn monde dans lequel les vampires ont droit de vie ou de mort sur les humains, traités pour la plupart comme des esclaves, du bétail. Des rebelles, traquant sans relâche toute personne ayant des crocs. Deux camps. Depuis toujours. Mais est-ce aussi...
