Chapitre 2 : La Mine

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Laz descendait les Escaliers quatre à quatre. Un second coup d'horloge avait résonné au loin. Il allait définitivement être en retard. Björn allait être en colère. Tant pis. Traverser la Fosse avait été encore plus périlleux que d'habitude ce matin, et deux imbéciles en train de s'entretuer l'avaient obligé à faire un détour important. Non pas qu'il ne soit pas capable de se sortir d'une rixe mineure comme celle qu'il venait de voir, mais arriver à son travail tâché de sang apportait une mauvaise ambiance dans l'équipe. Il le savait puisque cela lui avait déjà été reproché. Depuis, il faisait un maximum d'efforts pour être un minimum présentable.

Laz traversa la sombre strate des gnomes, éclairées par des champirescents et des lumignons en direction de la zone la plus profonde de la Citadielle : la Mine.

La Mine était le cauchemar de tout elfe, dragon, lycanthrope ou toute autre créature ayant un besoin vital d'air, de ciel, de forêt ou de soleil. A plusieurs kilomètres sous terre, complètement fermée à la surface, la seule lumière qui s'y trouvait était artificielle, comme une bonne partie de la strate des gnomes. C'était un labyrinthe de galeries plus ou moins étroites, composées d'un mélange de terre et de roche, bien souvent noyée dans un brouillard de poussière soulevé par des mineurs dans une galerie lointaine. L'endroit rêvé pour disparaître quand on voulait être oublié.

Laz passa l'entrée de la Mine avec un léger signe de tête pour les deux gnomes qui gardaient la galerie principale d'un air bougon. Ils le lui rendirent rapidement et Laz posa sa cape sur un crochet taillé à même le mur de la galerie, avant de se saisir d'une pioche et d'une tenaille, et se mit à courir dans la direction indiquée par un coup de menton par l'un des deux gnomes. Si son groupe était déjà parti, cela voulait dire qu'il était vraiment en retard. Björn allait être furieux.

Tout en s'enfonçant encore plus profondément dans les entrailles de la terre, les oreilles de Laz commencèrent à capter de nouveaux sons. Des bruits métalliques notamment, ainsi que quelques éclats de voix. Un léger sourire étira ses lèvres. Il arrivait.

La Mine était de moins en moins éclairée au fur et à mesure qu'il avançait, et les galeries devenaient plus basses, plus étroites, et étaient à peine soutenues par des poutres qui tenaient probablement par miracle. Laz fronça les sourcils en notant cette information dans un coin de son esprit. Cela allait faire plus d'une semaine qu'ils travaillaient dans le secteur. Si la galerie n'était pas rapidement sécurisée, ils risquaient de se retrouver coincés dans un éboulement. Et à la Mine, un éboulement est la pire chose qui puisse arriver.

Laz plissa les yeux. Une source de lumière plus puissante que les autres venait d'entrer dans son champ de vision. Son groupe était en vue. Comme il s'en doutait, il fut accueilli par un véritable hurlement de Björn, mais le haussement d'épaules fataliste de Sasha et l'immense sourire en banane de Kieran suffirent à l'estomper sur-le-champ. Björn écourta d'ailleurs rapidement sa réprimande en voyant que Laz n'y prêtait aucune attention, et il se remit au travail en grommelant. Laz esquissa un sourire et leva sa pioche, bien décidé à entailler la roche face à lui.

Pendant un moment, le seul bruit fut celui, métallique, des pointes des pioches contre le granit et les mélanges des souffles courts dégagés par les quatre hommes, rendus saccadés par l'effort. Laz ne se lassait jamais de ce spectacle. Celui, hypnotisant, de la pointe acérée de son outil contre l'épaisse roche, creusant, fragment par fragment, un nouveau trou, qui évoluerait peut-être en une nouvelle galerie, ou qui finirait à l'abandon si Björn décidait d'aller vers un autre côté que le sien. La musique métallique régulière qu'il produisait, les mouvements machinaux exécutés sans y réfléchir, le son parfois dissonant d'une pioche qui ripe sur la roche dans toute cette harmonie.

Pour Laz, être mineur, c'était posséder une certaine puissance. Le fait d'avoir le pouvoir de faire reculer la Terre, cette entité pourtant si puissante, grâce à un simple outil et la force de ses bras avait quelque chose de particulièrement jouissif. Être un habitant de la Fosse le plaçait forcément tout en bas de la chaîne. Il en devenait un moins que rien. Mais dans la Mine, il avait le pouvoir immense de faire reculer la roche, et cela faisait de lui quelqu'un de puissant. Dans ces moments, il se sentait plus puissant que Björn, pourtant bien plus fort que lui ; il se sentait plus puissant que Grimm, le roi des gnomes ; il se sentait plus puissant que Nivek lui-même, Dirigeant de la Citadielle et Président du Haut-Conseil.

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