Chapitre 19

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N'importe qui aurait vu tout de suite que Teresa et Yoyi étaient très proches et qu'ils tenaient l'un à l'autre. Ensemble, ils étaient insupportables, n'arrêtant pas de se chercher des poux et de faire grimper le volume sonore de l'endroit où ils se trouvaient.

Teresa était une Yoyi au féminin - grande, belle à tomber avec ses cheveux brun et ses yeux verts lumineux. Elle avait le corps d'une danseuse assidue et débordait d'énergie.

Et, à mon grand soulagement, elle était adorable. J'avais craint qu'elle ne m'apprécie par pour une raison ou pour une autre, mais elle me prit dans ses bras dès les premières secondes suivant les présentations.

La famille Blanco semblait adorer les embrassades.

Je traînai au sous-sol avec Teresa, Richard et Yoyi. Quand tous deux se mirent à parler de chasse, et alors que je commençais justement à ne plus tenir en place, Teresa m'invita à remonter aider Mme Blanco à préparer le dîner.

Voir une mère et sa fille s'affairer ensemble et rire de conserve me fit un drôle d'effet. Je les percevais presque comme deux créatures étranges, composantes d'une famille n'existant que dans les sitcoms de fin d'après-midi. Je leur enviais cette relation, tout en étant parfaitement consciente que je ne vivrais jamais la même chose avec ma mère.

Tandis que nous achevions les préparatifs, Teresa se retrouva scotchée à son téléphone cellulaire, envoyant texto sur texto, même une fois installée à table.

- À qui tu écris ? demanda Yoyi en se servant une deuxième fournée de patates douces.

Teresa eut un petit sourire suffisant.

- Ça ne te regarde pas.
- Je suis ton frère, ça me regarde.

Oh, oh. Je les observai tour à tour, et vis Yoyi plisser les yeux tandis que sa s½ur recommençait à pianoter.

- Maman, dis à ta fille qu'il est très impoli d'envoyer des SMS à table.

Mme Blanco arqua un sourcil.

- Elle ne fait de mal à personne.

Yoyi me donna un petit coup de genou sous la table, chose qu'il faisait régulièrement depuis que nous nous étions assis cinq minutes plus tôt.

- Ça me fend le c½ur.

Je levai les yeux au ciel et lui rendis discrètement la monnaie de sa pièce.

- C'est trop triste, commenta sa s½ur en laissant retomber son téléphone dans son giron. Alors, Martina, comment as-tu échoué en Virginie-Occidentale ?
- Je voulais changer d'air, expliquai-je en prenant une fourchetée de purée. Ma famille étant originaire de l'Ohio, la Virginie-Occidentale me semblait être l'endroit idéal.
- Pour être honnête, à ta place, j'aurais plutôt choisi l'État de New York ou la Floride, voire la Virginie, le Maryland ou...

Son portable stridula, attirant son attention autant qu'un objet brillant celle d'une personne distraite. Elle ramassa son téléphone, et son visage s'illumina instantanément d'un sourire.

Yoyi me poussa de nouveau du genou en étrécissant davantage les paupières. Il voulut se resservir en dinde mais dévia sa course pour arracher le portable des mains de sa s½ur.

- Hé ! s'écria-t-elle. Rends-le-moi !

Yoyi se pencha vers moi, le bras tendu pour échapper aux arcs de cercle décrits par ceux de sa s½ur. Il se rembrunit en observant l'écran de l'appareil.

- Qui est Facundo ?

M. Blanco secoua la tête.

- Ça ne te regarde pas ! Bon Dieu, s'impatienta Teresa, rends-moi ce téléphone.
- Je te le rendrai dès que tu m'auras dit qui est Facundo. C'est ton petit copain ?

Le jeu de la patienceOù les histoires vivent. Découvrez maintenant