8. Le banc des accusés

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Marin se réveilla sur son canapé, il cligna des yeux, mal à l'aise. C'est étrange... il avait fait un drôle de rêve dans lequel la folle de l'Hôpital l'avait retrouvé et ils avaient mangé des œufs en plein milieu de la nuit. Vraiment très étrange.

"Dis, papa, tu peux me faire à manger, j'ai faiiim !!!"

"Oui, Nemo, j'y vais immédi... attendez une minute." Marin cligna des yeux en se demandant s'il n'était pas en train de délirer. "Qu'est-ce que vous faites chez moi ?"

Ce n'était pas du tout Nemo, c'était Dory qui avait aussi dû s'endormir sur le canapé ou qui n'avait pas dormi du tout et qui jouait actuellement à construire une cabane avec des livres en plein milieu de son salon. Mauvaise nouvelle, le rêve n'en était pas un et le cauchemar continuait. Il allait devoir la gérer avec délicatesse alors que ses nerfs étaient en pelote et qu'elle jouait avec comme un chat particulièrement bizarre.

"Dory, vous ne pouvez pas vivre chez moi. Allez-vous-en."

"Comment ça, chez vous ? Qui êtes-vous et que faites vous sur mon canapé ?"

"MAIS C'EST MON CANAPÉ !!!"

Marin n'était pas d'une nature particulièrement agressive mais il savait que la diplomatie n'était pas la bonne stratégie pour gérer les gens ingérables comme elle. Il se leva, attrapa Dory par le poignet et la tira jusqu'au couloir de l'entrée. Il ouvrit la porte avant de la balancer dehors. Bon débarras.

"A L'AIIIDE !!!" criait-elle. "AIDEZ-MOI PAR PITIÉ !!! JE SUIS EN TRAIN DE ME FAIRE AGRESSER !!!"

"Mais Dory enfin... arrêtez ça." balbutia-t-il, mal à l'aise.

Une bande d'adolescents qui passait par-là se sentit l'âme chevaleresque. Trois d'entre eux accoururent pour soutenir Dory tandis que cinq autres entourèrent Marin pour pas qu'il puisse se défendre.

"Le monsieur vous embête ?"

"Oui... non... peut-être, je ne sais plus trop." répondit Dory.

"Elle n'a pas toute sa tête et..."

"CHUT ! On parle à la dame."

Marin assista impuissant à cette scène absurde et il se retrouva sans trop savoir comment les mains liées dans le dos par des menottes dans le commissariat de police le plus proche. Il ne se demandait même plus comment il en était arrivé là mais il poussait régulièrement des soupirs agacés. Ca faisait presque une heure qu'il poireautait dans une pièce vide et c'était la première fois qu'il était assis sur le banc des accusés, ou pas, il ne savait pas très bien comment nommer ce banc puisqu'il avait toujours été très à cheval sur les règles.

Un hurlement se fit entendre de l'autre côté, il vit passer une silhouette sous le seuil de la porte puis le silence retomba... c'était presque assommant. Quelques secondes passèrent puis la porte s'ouvrit enfin et Marin sauta sur ses pieds, retenu par les menottes qu'il avait presque oublié.

"Ce n'est pas du tout ce que vous croyez, j'étais..." commença-t-il.

"Asseyez-vous."

Il se rassit, on le détacha puis il suivit un homme et une femme dans une autre pièce. On lui indiqua une chaise et il se recroquevilla dessus comme un petit enfant ayant fait une bêtise.

"Depuis quand vivez-vous dans cette maison, monsieur ?" demanda le policier.

"Euh... je... c'est quoi le rapport avec Dory ? Elle est..." il allait dire folle mais se ravisa, ça semblait malvenu. "Je crois qu'il faudrait vérifier qu'elle ne souffre pas d'une commotion cérébrale ou quelque chose de ce genre."

"Votre amie souffre d'un trouble de la mémoire immédiate mais ce n'est pas du tout pour ça que nous vous retenons."

"Ah bon ? Ah... bon."

Marin fronça les sourcils, ne sachant quoi dire.

"J'ai acheté une très belle et grande maison, en bordure de la ville pour ma femme Corail qui voulait pleins d'enfants... malheureusement, les grossesses se sont mal passées alors... on abandonné notre rêve et on s'est installé dans cette petite maison, ça lui faisait trop de mal de voir toutes ces pièces vides. On avait vraiment perdu tout espoir quand Nemo est arrivé, il a huit ans alors ça fait neuf ans qu'on habite ici."

"D'accord." acquiessa l'homme. "Et votre femme Corail est décédée, c'est bien ça ?"

"Ça fait plus de deux ans, maintenant."

"Bien, bien."

Ils échangèrent quelques messes basses, Marin se tassait de plus en plus sur sa chaise... il ne savait plus où se mettre.

"Qui gérait les papiers administratifs, entre vous deux ?"

"Je ne vois vraiment pas le rapport avec..."

"Qui gérait les emprunts bancaires et l'hypothèque, monsieur ?"

"C'est ma femme, Corail mais je ne vois pas en quoi ça vous regarde !"

"Eh bien ça nous regarde parce qu'on est la Police et je me doute que tout ceci est difficile à encaisser pour vous : le déménagement, la mort de votre femme et l'accident avec votre fils... mais voyez-vous, cette maison ne vous appartient plus depuis plusieurs mois."

Le monde de Marin explosa encore une fois autour de lui comme un milliard d'éclats tragiques.

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