Chapitre 5 - Les foulards Gucci ne parlent pas

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Summer, 25 ans

Je n'aurais pas dû demander à Liam de me retrouver au centre commercial. C'était une mauvaise idée. Si je ne l'avais pas fait, je ne serai pas en train de baver comme une hyène affamée face à un article Gucci. Une merveille, soit dit en passant. D'un gris profond et unique qui fera ressortir mes yeux comme aucun autre foulard n'a été capable de le faire jusqu'ici.

— C'est la nouvelle collection, m'annonce Clara, et si je connais son nom, ça signifie que je viens un peu trop souvent.

Mon doigt s'est figé, à quelques millimètres de toucher le Graal.

Je suis une putain de thérapie pour ces conneries, les achats compulsifs, c'est fini.

À contre cœur, je ferme les paupières et visualise la mer d'huile dont m'a parlé la psy, pour réprimer mes pulsions. Je prends une grande inspiration puis expire ma frustration.

Dans ma tête, la mer est grise et brodée Gucci.

— Personne n'a encore eu l'occasion de l'acheter. Seules les influenceurs et les...

— Je le prends !

Face aux vêtements de luxe, mon self-control équivaut à celui d'un homme moyen se trouvant à proximité d'une mini jupe.

Mais Clara m'offre un sourire, ravie de ne pas avoir à me convaincre trop longtemps. 600$ pour un foulard, ça peut paraître dingue, mais je sais, à la seconde où je m'autorise à toucher le tissu d'une douceur qui m'indique qu'il a été brodé au paradis, qu'il les vaut, et peut-être même plus encore.

J'ai le cœur qui bat à mille à l'heure, les mains moites, et deux gros G dans les yeux quand je me dirige vers la caisse. Acheter du luxe, ce n'est pas comme acheter un vulgaire vêtement en fast-fashion. Il y a tout un procédé.

D'abord, l'accueil.

Le personnel est toujours agréable. Les vendeurs  possèdent des voix si douces que je me demande parfois si les légendes parlant de sirènes ne sont pas inspirées de leur technique marketing. Ce n'est pas de ma faute si dans ce scénario, je ne suis que le pauvre marin pris au piège.

Ensuite, et, il s'agit de mon passage préféré, vient le moment où il faut l'emballer.

Les doigts, habiles et agiles de Clara déplient le foulard avec une douceur infinie. Chaque pli, chaque courbe du tissu est traité avec une attention minutieuse. Telle une artiste, elle enveloppe ensuite le foulard dans du papier de soie, comme pour le protéger des regards indiscrets. Elle le glisse avec précaution dans une boîte en velours noir, ornée du logo emblématique de la marque. Elle ferme le paquet avec un ruban en satin, faisant un nœud parfait.

Parfois, quand je me procure un sac à main, ou un objet encore un peu plus coûteux, il arrive que Clara m'offre une coupe de champagne, et je passe un long moment de détente, à lui parler et à lui raconter...

Ouais, j'ai conscience d'être pathétique.

Parce que je le sais, ma psy le sait, et Alaric, mon mari, en est parfaitement conscient aussi. Je suis tellement seule et détestée qu'il n'y a que dans ces moments, ceux où je prétends être quelqu'un que je ne suis pas, quand je vois l'admiration et l'envie dans les yeux des autres, que je me sens respectée.

As Cold As Summer  (sous contrat d'édition chez PDW) Des histoires addictives. Découvrez maintenant