Chapitre 7 - La vengeance se mange flambée 2/2

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Summer, 17 ans

Toute l'euphorie et l'agitation que provoque le déclenchement de l'alarme incendie me laisse sur la langue un arrière goût décevant d'indifférence.

Je devrais certainement m'inquiéter que le lycée brûle, puisque j'ai appris qu'une flamme se multipliait par deux toutes les sept secondes. Ça ne me ferait pas plaisir que mon empire soit réduit à un tas de cendre et l'odeur irritante du plastique fondu refuse de quitter mes narines depuis qu'on a fuit la salle de classe pour se ranger sous le préau, dans la cours la plus éloignée du bâtiment principal.

Pour agrémenter mon humeur morose, le vent souffle dans notre direction en apportant avec lui des feuilles mortes arrachées aux grands chênes, accompagné d'une bruine glacée qui annonce le début de l'automne en cette fin de septembre.

Réunis en cercle, le corps enseignant débat sur cette situation inédite, se demandant ce qu'ils vont bien pouvoir faire de nous tandis que les pompiers interviennent. D'ailleurs, les sirènes se joignent à présent au brouhaha ambiant, et très vite, des flash lumineux rouge et bleu viennent éclairer ce décors assombri par le ciel orageux.

Soudain, quelqu'un me percute l'épaule avec violence, faisant valser mon sac Zadig&Voltaire dont le contenu s'éparpille sur le sol détrempé.

— Oh, pardon... Je suis vraiment désolée.

N'importe qui serait à même de conclure qu'elle n'éprouve pas le moindre remord. Mais elle s'agenouille face à moi, un sourire mauvais sur les lèvres, ses longues ondulations recouvrant une partie de son visage tandis qu'elle s'évertue à rassembler mes affaires pour les fourrer négligemment dans mon sac. Lorsqu'elle se redresse, je constate que de la poussière humide recouvre ses genoux, mais elle s'en soucie autant que de mon expression crispée par l'agacement.

— Rends-moi ça, et casse-toi, exigé-je avec une certaine désinvolture.

— Bien sûr. Tout ce que tu veux, Summer.

Elle pousse le sac contre mon ventre et je peine à masquer le bruit de mon souffle expulsé par la violence de son geste.

C'est plus facile de la harceler, quand nous ne sommes pas en huit clos. J'ai beau chercher de l'aide en fouillant du regard l'ensemble des élèves dispersés, personne ne fait attention à moi.

Il n'y a qu'elle, son sourire perfide et ce naturel avec lequel elle m'aborde comme si je ne lui faisais pas peur.

Non.

Je ne l'impressionne même pas un peu, et ce constat me brûle le ventre d'une rage tout juste contenue.

— Alors, à plus tard, elle conclue, de cette expression qui m'indique qu'elle prépare quelque chose.

Ce pressentiment se concrétise deux heures plus tard. Le départ d'incendie a été maîtrisé et attribué à une cigarette qui se consumait sous une épaisse montagne de papier dans les toilettes du premier et les choses sont rentrées dans l'ordre tandis que je suis convoquée dans le bureau de la principale.

Mes chaussures résonnent entre les couloirs vides, puisqu'en cette fin d'après midi, le calme et la normalité sont retombées sur Manhattan High. L'écho est si impressionnant que je crains un peu qu'on entende les battements précipités de mon cœur rebondir contre les murs.

As Cold As Summer  (sous contrat d'édition chez PDW) Des histoires addictives. Découvrez maintenant