Chapitre 2 - Le goût du risque

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Liam, 18 ans (8 ans plus tôt) 

Avant, mon frère et moi, on jouait à prendre des risques. Inutile de préciser qu'Aaron était plus inventif que moi, lorsqu'il s'agissait de dénicher de nouvelles façons de faire rager nos parents qui ne trouvaient que rarement le temps pour nous. Papa s'enfermait dans son bureau aux multiples écrans d'ordinateur ou il fixait des courbes et étudiait des chiffres si longs qu'à l'époque, je ne savais même pas compter jusque là. Il n'en sortait que trois fois par jour, et toujours à la même heure : une fois à midi, pour aller aux toilettes et récupérer un sandwich préparé, une seconde fois à vingt heures trente, pour dîner, et une dernière fois à minuit, quand il était l'heure d'aller se coucher. Sa pièce nous était formellement interdite, ce qui aurait dû pousser mon frère à vouloir enfreindre cette règle, mais tout ce qui se passait là dedans semblait si ennuyant, que même Aaron n'avait jamais songé à désobéir.

Ma mère, qui exerçait un métier plus passionnant, était toujours en voyage. Elle parcourait le monde à la recherche d'inspirations pour confectionner des pièces que des mannequins portaient à ses défilés. Quand elle était présente, elle créait dans son atelier avec une telle passion dans le regard qu'elle nous remarquait à peine, ce qui nous laissait, à Aaron et moi, pas mal d'espace pour faire tout ce qui nous passait par la tête.

Ce qu'on préférait par-dessus tout, c'était le jeu du risque. Celui de nous deux qui parvenait à faire quelque chose d'assez dangereux pour forcer papa à quitter ses écrans marquait le plus de points. Je me demande si Aaron n'avait pas inventé cette règle parce qu'il voulait l'attention de notre père, même si ça signifiait devoir affronter sa colère.

Comme tous les jeux d'enfants, ça avait commencé innocemment. Mais sans qu'on ait le temps de s'en rendre compte, ce qui n'était au début qu'un divertissement pour combler un manque d'attention flagrant s'était transformé en une addiction qui a viré au morbide.

Surtout pour lui.

À dix ans, Aaron faisait des feux de camp dans le jardin. À quinze, il brûlait les poubelles des voisins. À vingt-et-un, il s'engageait dans l'armée et l'année dernière, il a disparu de la surface de la terre.

Depuis, c'est comme si tout et à la fois rien n'avait changé. Papa est toujours un fada des chiffres et des courbes qui nous ont rendu riches, sauf qu'au lieu de s'enfermer dans un bureau, il place ses actions en bourse depuis le salon. Quant à maman, elle ne voyage plus du tout, mais y pense tellement que c'est comme si elle n'était pas vraiment là.

Et moi, je n'ai plus personne avec qui risquer quoi que ce soit...

Omri*? Tu m'as entendue ?

Je ne me souviens plus de la dernière fois où elle m'a conduite à l'école. D'habitude, c'étaient nos nounous, qui se chargeaient de ce que mes parents considéraient comme une perte de temps précieux, et toujours minutieusement compté. Dans d'autres circonstances, j'aurai sans doute été heureuse que Neyla m'accompagne pour ma (deuxième) dernière année dans un nouvel établissement, aussi cher, privé et réputé que le précédent. Mais je n'arrive pas à ressentir un semblant d'enthousiasme, consciente que si elle prend la peine de le faire, c'est uniquement pour me surveiller de plus près.

— Je ne t'ai pas écouté, c'est différent.

Son visage se crispe sous le coup du ton âpre que j'emploie. C'est bien elle qui a commencé à m'irriter avec ce surnom doucereux qu'elle ne m'a pourtant jamais donné auparavant.

— Tu ne peux pas nous en vouloir éternellement, Liam. Ce déménagement est la meilleure chose qui puisse arriver à notre famille. Tout va s'arranger, maintenant, tu verras.

As Cold As Summer  (sous contrat d'édition chez PDW) Des histoires addictives. Découvrez maintenant