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Léon arrêta le baiser brusquement, reculant d'un pas. Son visage était marqué par une irritation visible, comme s'il regrettait déjà ce qu'il venait de faire.

  — Désolé. J'aurai pas dû... encore.

Marie, déconcertée et blessée, le regarda avec des yeux implorants.

  — Pourquoi tu te comportes comme ça, Léon ? Qu'est-ce que tu veux à la fin ? Tu m'embrasses sans me prévenir la première fois, puis aucune nouvelle pendant deux semaines. Les seuls moments où je te vois, c'est sûr les réseaux. Et là, tu aurais pu refuser ma demande ! Pourquoi tu l'as refait ? Qu'est-ce que tu ressens pour moi à la fin ?!

Léon baissa les yeux, ses mains tremblant légèrement. Il savait qu'il devait des explications à Marie, qu'elle méritait de comprendre ce qui se passait en lui. Après un bon moment de silence, il prit une profonde inspiration et releva ses yeux pour affronter son regard.

  — Marie, j'ai peur.

Avoua-t-il enfin, sa voix à peine plus qu'un murmure. Il reprit :

  — J'ai peur de m'attacher à toi. J'ai peur de commencer à penser bien plus à toi qu'à la natation. Peur de ne plus pouvoir me concentrer que sur toi plutôt que sur mon rêve d'enfance. J'ai aussi peur pour toi. Que si nous venions à nous mettre ensemble, j'ai peur que les fans soient encore plus intrusives et hystériques que maintenant. Et puis j'ai surtout peur de la distance et de l'abandon. Tu m'excuseras mais c'est mieux si rien ne commence entre nous.

Marie écoutait attentivement, chaque mot de Léon l'atteignant profondément. Elle comprenait enfin la lutte intérieure qu'il menait, ses hésitations et ses contradictions. Un silence s'installa entre eux, lourd de sentiments et de révélations.

  — Léon, je comprends tes peurs, mais tu ne peux pas laisser ça décider de tout. Je ne suis pas effrayé par les folles dingues qui courent dehors, ni pas la distance et encore moins de l'abandon. Je sais que tu vas me prendre pour une dingue, mais je veux être à tes côtés. Je veux t'aider à ne plus avoir peur, et t'aider dans ton rêve, t'aider à te surpasser et aller le plus loin possible dans ta carrière.

Léon la regarda, ses yeux reflétant un mélange de soulagement et de conflit intérieur. Marie ne pouvait pas lire dans ses pensées à ce moment précis.

  — Et quand tu disais au maquilleur sur le plateau télévisé, que tu préfèrerais limite crever plutôt que d'être attiré par moi ? Du coup je dois en penser quoi ?

Marie ria de gêne. Il n'était pas supposé se souvenir de cet instant là. Bien évidemment elle avait sortie cette phrase sous la colère, dès le moment où le chauffeur l'avait fauché, elle n'avait pas pu ignorer le regard inquiet de Léon. Elle n'avait surtout pas pu ignorer ses yeux d'un bleu intense, qui étaient comme deux lacs cristallins dans lesquels on se perdait aisément. Leur profondeur captivante semblait contenir des mondes secrets, et ce premier regard avait été une invitation à explorer ces mystères. C'était un regard dans lequel on pouvait plonger, se noyer doucement, oubliant le reste du monde.

  — Oublie ce moment. Et toi alors ? Je pourrais en dire autant. Je suis une journaliste ratée ? Je suis mauvaise et surtout. Je pue ?!

Semblait-elle s'énerver en commençant à faire reculer Léon à l'aide de son doigt sur son torse. Ce dernier s'empara de son poignet et l'empêcha de continuer.
Il plongea son regard insistant sur elle et se pencha pour la renifler.
Elle recula de honte et gesticula dans tous les sens.

  — Mais t'es malade ?! Mais c'est quoi ton problème gros débile ?!

  — Je voulais juste vérifier si tu puais.

L'interview Où les histoires vivent. Découvrez maintenant