Chapitre 8

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Aaron

Depuis que j'ai croisé le regard de cette femme qui est entrée dans le café, un sentiment m'a envahit et ne veut pas me quitter mais je ne serais pas le décrire. J'ai vu un vide immense dans ses yeux pourtant si beaux, comme si le monde était contre elle, elle était tellement triste. Au fond de moi, je sais ce qu'elle ressent, même sans savoir ce qu'elle a vécu, parce que moi-même, j'ai, pendant très longtemps, ressenti ce sentiment. Il se loge petit à petit jusqu'à vous détruire complètement, il vous compresse votre cage thoracique et vous empêche de respirer. On sent juste en la regardant qu'elle est perdue et ne sait pas où se mettre, elle se sent seule et elle veut du réconfort sans savoir où le chercher. J'ai envie d'aller la voir, de lui parler de tout et de rien pour lui faire changer les idées, pour l'aider à mettre les choses dans l'ordre et canaliser les émotions qu'elle traverse.

Mais comment l'approcher ? Je n'ai aucune raison valable de le faire, elle va me prendre pour un fou si je commence à lui parler. Je ne peux m'empêcher de l'observer, je n'arrive même pas à me concentrer sur mon travail. C'est la première fois que cela m'arrive, je suis comme attiré par cette femme qui ne m'a même pas aperçu.

Un client arrive et décide de prendre place à côté d'elle sans prendre la peine de regarder s'il y avait de la place ailleurs, mon cerveau me dit que ce n'est pas pour rien, mais je suis du genre à être paranoïaque et à me faire des idées assez vite.

Après tout, peut-être qu'elle le connaît. Mais cette idée sort de ma tête quand il pose sa main sur sa cuisse pour la remonter lentement le long de son entre-jambe. Il la regarde avec un regard rempli de désir. Elle se crispe, ne bouge plus comme paralysée, je ne connais que trop bien ce mouvement, ce qui retient mon attention c'est qu'elle n'a absolument pas donné son consentement pour qu'il l'a touche ainsi, et pour moi, ne pas donner son approbation est quelque chose que je n'accepte absolument pas. J'ai une grosse envie d'aller lui mettre mon poing dans sa tête. À la place, mon collègue me demande d'aller prendre sa commande, ce qui m'arrange pour pouvoir l'approcher et surveiller l'autre gaillard. Sauf que je ne lui laisse pas le temps de commander, ni de continuer à la toucher, que je lui saisis le bras sans que lui-même ne comprenne ce qu'il se passe.

- Je vais vous demander gentiment de bien vouloir sortir de cette établissement, lui dis-je avec tout le calme qui m'entoure.

- Premièrement, je ne vous permets pas de me saisir de la sorte et deuxièmement, je ne vois pas pourquoi je sortirais de ce café sans avoir pris le temps de commander .

- Je vous laisse vous retournez pour que vous pussiez remarquer l'état de cette jeune femme qui est à vos cotés. Elle est complètement tétanisée par votre faute car vous avez décidé, pour je ne sais quelle raison, de la toucher. Je ne sais pas à quoi vous vous attendez quand vous avez eu cette merveilleuse idée mais je vous ai pris en flagrant délit. Alors pour la dernière fois, je vous demande de sortir.

- Je ne sais pas ce que vous me racontez, mais je ne suis pas coupable de l'état mentale de cette jeune femme, je ne l'ai pas touché une seconde.

J'ai réussi à attirer l'attention, ce qui n'était absolument pas mon intention vu que je n'aime pas le regard des autres sur moi. Mais finalement, ce n'est pas une si mauvaise chose parce qu'un homme, installé à la table pas très loin de la table haute, a vu ce qu'il s'est passé mais n'avait pas osé dire quelque chose. Il est malgré tout prêt à témoigner pour la police.

- Pas la peine d'appeler la police pour quelque chose qui n'est pas si grave. Je m'en vais, c'est bon, réplique l'homme en s'en allant.

Dès qu'il passe la porte mon regard se dirige vers elle. Elle ne bouge pas, et je l'entends à peine respirer. Je m'approche d'elle lentement pour m'assurer qu'elle va bien. Sa respiration est rapide, ses larmes coulent le long de ses joues rouges, son regard est fixé sur un point au loin, elle n'est plus avec nous. Je la sors de sa torpeur quand je lui adresse la parole, ses yeux s'ancrent au miens, je lui prends les mains instinctivement.

Regret nothingOù les histoires vivent. Découvrez maintenant