Chapitre 15

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Mia

Mia, s'il te plaît, assieds-toi. Ce que j'ai à te dire n'est pas facile, et ton père ne doit pas être au courant. Tu étais trop jeune pour comprendre avant, mais tu as vingt-deux ans maintenant, tu as le droit de savoir pourquoi je ne te soutenais pas dans cette épreuve.

S'il te plaît, ne tourne pas autour du pot, lui dis-je en m'asseyant comme elle me l'a demandé.

Pour commencer, c'est ton père qui m'a demandé de venir te voir pour Noël. Il avait l'idée de m'accompagner, mais je lui ai dit que c'était une mauvaise idée. C'est pour ça que je suis seule.

Sans que je puisse l'en empêcher, je m'éloigne une nouvelle fois d'elle, je ne peux pas rester auprès d'une personne qui était censée me sauver. Je me suis promis de rester calme et d'essayer de comprendre le comment du pourquoi, mais quand j'entends ce qu'elle me dit, impossible de garder mon sang froid. Je lui avais pourtant demandé quand je l'ai eu au téléphone. Je veux connaître la vérité, et je sais que pour ça il faut que je passe par des choses que je n'ai pas forcément envie d'entendre, mais est-ce que je suis réellement prête ? Je ne sais pas.

— Attends, donc si je comprends bien, tu es venue ici parce que mon père te l'a demandé. Tu n'es pas venue de ton plein gré ? J'en étais sûre, mais comment tu as pu me faire ça maman ? Tu viens de dire à l'instant que tu savais tout ce qu'il me faisait. Tu le savais mais tu l'as quand même suivi dans son plan. Ah, mais au fait, dis-moi, vu que tu as l'air de son côté, tu dois connaître son plan. C'est quoi ?

Ma puce...

— Je t'interdis de m'appeler ma puce.

Mia, tu ne me laisses pas le temps de finir.

— Désolée si je ne te laisse pas le temps, mais ce que tu avoues a du mal à être digéré. Alors oui, j'ai besoin de comprendre mais en même temps, mets-toi à ma place, c'est dur à entendre. Tu as toujours été ma meilleure amie jusqu'à mes 17 ans, et je ne sais pas pourquoi ton comportement a changé brusquement me concernant.

Justement, si je suis là, c'est pour tout t'avouer. Mais laisse-moi commencer par le commencement. Je sais que ce n'est pas facile, mais je veux être là pour toi maintenant.

Mais il fallait être là avant ! Tu ne peux pas venir maintenant alors que tout est fini. C'est trop facile de venir après la guerre. TU aurais dû me protéger de papa. TU devais être là pour moi. TU m'as abandonnée au moment où j'avais le plus besoin de toi.

Sauf que ce n'est pas fini pour moi... me sort-elle.

Et là je tombe de haut, bouche bée en ne comprenant pas, ou en ne voulant pas comprendre ce qu'elle veut dire. « Sauf que ce n'est pas fini pour moi », j'ai peur de ce que je vais entendre, je ne peux pas croire que si elle ne m'a pas aidé, c'est qu'elle aussi... Papa ne le faisait pas qu'à moi.

Comment ça pour toi ?

C'est ce que j'essaie de te dire depuis le début.

Je me tais quelques instants pour enfin comprendre que tout ne tourne pas autour de moi, et qu'elle a, elle aussi, subie. Elle voit dans mon regard que je suis complètement perdue, elle s'approche de moi et je la laisse faire. Elle est assise à côté de moi, mais ne me touche pas pour me laisser de l'espace.

Si je n'ai pas pu t'aider, c'est parce que ton père me réduisait au silence. Quand j'ai découvert ce qu'il te faisait, je suis allée lui parler, mais ça m'a valu des gifles, alors j'ai compris que ça n'allait pas s'arrêter. J'ai déjà essayé de préparer nos affaires et de partir mais il m'a menacé de mort quand il m'a pris en flagrant délit. Quand il a compris que je n'étais pas de son côté, il a aussi commencé à me faire l'amour contre mon gré, et j'ai aussi subi d'autres violences. J'ai vraiment fait du mieux que je pouvais, Mia, vraiment. J'ai tout fait pour te protéger comme j'ai pu, mais quand arrivait le soir, je ne pouvais plus rien. J'entendais tout, toutes les saletés qu'il te disait alors que tu n'étais encore qu'une enfant, j'étais et je suis toujours impuissante et je m'en veux. J'ai échoué dans mon rôle de mère, et quand j'ai vu que tu commençais à me détester autant que ton père, je lui en ai voulu, on s'est disputé maintes et maintes fois sans qu'une seule fois j'en sorte indemne. J'ai toujours voulu que tu saches que j'étais là pour toi, mais je n'ai jamais eu le courage de t'avouer toute la vérité, alors je t'ai laissée me détester parce que pour moi ça voulait dire que tu m'aimais, mais que j'avais échoué auprès de toi.

Regret nothingOù les histoires vivent. Découvrez maintenant