Aaron
Mon cerveau n'arrive pas à assimiler ce qu'il s'est réellement passé. Cinq appels, une voix, une crise d'angoisse, puis plus rien. Ça fait trois jours que mon cerveau rumine, qu'il réfléchit au pire des scénarios, mais ce qui est sûr, c'est que cette fois-ci c'était un appel à l'aide. Cette réflexion me fait peur, je n'ai pas envie de comprendre ce que ça veut véritablement dire, parce que ça fait trois putain de jours que j'ai un mauvais pressentiment et que la prochaine fois sera celle de trop, mais quand savoir que cela va arriver.
Je n'arrive pas à réfléchir correctement, tout s'embrouille. Il faut que j'agisse le plus rapidement possible, il faut que je sorte maman de ce calvaire, pour de bon. Il faut que je lui ouvre les yeux. Il faut que je retourne chez eux. Il le faut, mais mes jambes ne veulent pas bouger, je suis paralysé par la peur.
Je ne comprends toujours pas pourquoi elle n'a pas décidé de partir quand il en était encore temps. Pourquoi rester dans une vie où tu sais que tout va mal se finir ? L'a-t-elle fait en pensant à moi ? Pour que j'aie un père présent ? Ou pire, était-elle déjà condamnée à mort avant même qu'elle ne voie son vrai visage ? Elle n'avait sûrement pas de sortie de secours étant donné que sa famille lui a tourné le dos quand elle s'est mariée avec mon père. Comme on dit : « pour le meilleur et pour le pire », mais le pire vaut-il vraiment la peine d'être vécu quand c'est la mort qui t'attend ?
Mon téléphone vibre, je m'empresse de le prendre pour regarder le correspondant, je me détends quand je remarque que c'est un message de Mia. Ça fait trois jours que je ne leur réponds pas avec Ambre, trois jours qu'elles n'ont pas de nouvelles de moi, pourtant un message c'est court, rapide et précis, mais je n'y arrive pas ou plutôt, je n'ai pas le courage de les affronter. J'ai vu les messages incessants de Mia me demandant si je vais bien, si je voulais parler, ces messages où elle me raconte ses journées en espérant que je les lise, ses appels manqués. Je commence à pianoter quelques mots, comme un « salut » ou encore un « Je suis désolé si j'ai l'air distant, ça fait trois jours que je ne donne aucune nouvelle, mais j'ai peur, peur que ma mère meurt entre les mains de mon père parce qu'il est incapable de ne pas lever la main sur elle, et que c'est un putain de psychopathe ». Mais je ne peux pas, même si la touche envoyer est juste là à côté, je n'y arrive pas. Alors j'efface ces mots, pose mon téléphone, et me lève pour aller prendre un verre d'eau dans la cuisine.
J'ai besoin de prendre une douche, d'enlever la crasse de mon corps, d'enlever les erreurs de mon passé, les coups de mon père. J'ai besoin de les enlever. Alors je me déshabille, mais devant le miroir je fais face à Aaron enfant, celui dont ses rêves lui ont été retirés, celui dont le cœur est en miettes, celui qui se cache encore aujourd'hui derrière l'humour pour ne pas craquer. Il n'a jamais été autorisé à craquer, sinon il est faible, il n'est rien. Le Aaron enfant est toujours là, au fin fond de mon âme, il n'a jamais pu disparaître ou plutôt il n'a jamais pu grandir. Je suis toujours l'enfant d'il y a quinze ans, l'adulte n'a jamais su être là. Je fais genre devant les autres mais au fond, je veux juste craquer et arrêter de me cacher derrière un masque qui ne me ressemble pas. Mais comment y arriver alors que j'ai vécu toute ma vie comme ça ? J'ai toujours fait semblant d'être heureux, c'est l'enfant brisé qui parle à ma place, je n'ai jamais su m'affirmer. Mais je n'ai pas le droit de me plaindre, parce que d'autres personnes vivent pire que ce que moi j'ai vécu, je n'ai pas le droit d'insinuer quoi que ce soit, je dois être heureux d'avoir la chance de vivre.
Je veux faire taire les pensées qui me submergent, je ne veux plus penser. JE VEUX QUE TOUT S'ARRÊTE. Je veux pleurer quand je me sens triste ou même heureux. Je veux voir ma mère heureuse et surtout, je ne veux plus être malheureux. Je veux vivre comme je le souhaite, sans avoir peur de ce que mon père me dit, parce que même si je ne vis plus avec lui, j'entends sa voix dans ma tête, je l'entends être déçue de tout ce que j'entreprends. Il aurait voulu que je sois comme lui, mais JE NE VEUX PAS LUI RESSEMBLER, je veux être qui je suis. Laissez-moi être qui j'ai envie.
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Regret nothing
RomantikMia a grandi dans l'ombre de la violence. Traumatisée par les abus de son père, elle a bâti des murs infranchissables autour de son cœur, redoutant le moindre contact avec les hommes. Elle avance dans la vie avec prudence, en évitant à tout prix qu'...
