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Quiproquo

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Jack.
Je toque à la porte, hésitant, et me balance d'un pied sur l'autre nerveusement. Au bout d'une courte minute, Jane, la mère d'Elise m'ouvre la porte, l'air plus que surprise de me voir. Celle-ci à le teint pâle et des cernes qui descendent à la moitié de ses joues. Ses cheveux si entretenus auparavant étaient aujourd'hui emmêlés et décoiffés. Je ne peux imaginer la peine qu'elle endure. Je la prends dans mes bras en lui présentant mes condoléances et des paroles de soutien sincères, mais je me doute qu'elle doit en avoir bien marre que les gens disent ça, c'est toujours pareil et ne sert à rien, en soit. Mais je le pense vraiment, et j'adorais William.
Jane finit par passer ses bras autour de moi et  quelques sanglots lui échappent.
Quand notre étreinte prend fin, Jane affiche un sourire sincère.

  -Elise est la ?

Cette question me brûlait la langue, mais la réponse, quelle qu'elle soit, va m'embraser tout entier.
Jane fronce les sourcils, comme surprise de ma question, j'ouvre la bouche pour m'excuser en pensant que ce changement brutal de sujet l'a blessée, mais celle-ci me coupe.

  -Elle est déjà rentrée, tu ne savais pas ?

Attendez, quoi ?
Je ne comprends rien.
L'enterrement de son père est dans quelques jours, et elle est partie ?
Elle est rentrée chez 𝑛𝑜𝑢𝑠 ?
Mes pensées fusent dans tous les sens, je sors mon téléphone et compose le numéro d'Elise, je tombe immédiatement sur la messagerie. Elle doit être dans l'avion.

  -Fait chier. Je jure entre mes dents.

Jane me dévisage sans rien comprendre à ce qu'il se passe. Elle m'interroge du regard, trop perdue pour dire un mot.

  -Elle ne m'a rien dit et ne répond pas au téléphone, elle doit sûrement être dans l'avion. 

Jane devient livide. Elle vacille sur ses jambes et un très mauvais pressentiment m'envahit. Ses yeux s'humidifient et elle secoue douceur ment la tête, je pose mes mains sur ses épaules et lui demande ce qu'il se passe.

  -Elle a déjà atterrit... Elle m'a pourtant appelée... je ne comprends pas...

Mon cœur rate un battement, puis prends un rythme effréné quand elle finit sa phrase. Mes yeux s'écarquillent et je prends les clés de ma voiture qui sont restées dans ma poche depuis le début. Et m'empresse de la démarrer et de partir sans une explication supplémentaire pour Jane. Je roule à toute vitesse et atteint l'autoroute dans un temps peu conventionnel. J'appelle Elise encore et encore à la recherche d'une réponse de sa part, en vain. Mon ventre se tord et ma respiration se hache. J'appelle Jane pour lui dire que je suis en route pour rentrer retrouver Elise, elle me répond distraitement. Je raccroche donc rapidement et rappelle une enieme fois Elise, je tombe à nouveau sur son répondeur.

  -Elise, je sais, j'ai merdé, je suis un gros connard, mais par pitié répond moi.

je raccroche et la rappelle en boucle pendant une vingtaine de minutes, toujours sans réponse. Le trajet est trop long, deux jours. Je tiendrais pas jusque là, la dernière fois je suis passé au travers des bouchons et à mon avis, légalement j'ai plus mon permis avec les limitations de vitesses ou que j'ai dû dépasser en les multipliant au moins par deux. Mais là, j'en ai au moins pour deux jours et demi en comptant les bouchons. Je mets mon gps pour l'aéroport de Portland et joue un jeu dangereux en tentant de réserver des places de dernières minutes dans le premier avion, je sais que c'est quasiment impossible, mais on ne sait jamais.

  -Allez, putain. Je passe une main tremblante dans mes cheveux. Bon Dieu, écoute moi bien, je crois pas en toi, j'vais pas te le cacher, mais si t'existes, par pitié fais en sorte que je rentre la voir rapidement. Je le sens pas du tout, et je sais que j'ai raison. Alors deconne pas.

Je note les informations pour mon potentiel vol tout en roulant, ce qui s'avère assez dangereux et compliqué, mais je me débrouille du mieux que je peux. Je clique sur le bouton « rechercher » et-
 
  -PUTAIN OUI !

Deux places restantes en première classe pour un vol dans deux heures trente. Je m'empresse d'en prendre une.

Une fois arrivé à l'aéroport, je sens mon téléphone vibrer dans ma poche; un appel.
Je prie intérieurement pour que ce soit Elise, et quand je regarde l'écran c'est... mon banquier... bah oui quel con. Je suis endetté et je prends un vol en première classe. Mais pour Elise, si il faut que je crève endetté, je le ferai sans hésiter.

  -Monsieur Awthorn ? Bonjour c'est Asher, c'est quoi ce vol en première classe ? C'est normal ?
  -Bonjour Asher, oui je suis au courant.
  -Mais, vous ne pouvez pas-
  -J'ai un énorme problème. Je n'avais pas le choix. Dis-je d'un ton sec en interrompant Asher.
  -Heu... d'accord. Alors bonne journée ? Au revoir. Bégaie-t'il gêné.
  -Au revoir, je suis désolé de t'avoir dérangé, au fait.
  -Pas de soucis. Répond il immédiatement.

Je raccroche et soupire pour relâcher la tension accumulée dans mes épaules due à mon stress.

Je sens des regards sur moi, pas étonnant après tout, je ne suis pas habillé avec des marques de luxe, je ne suis pas coiffé et n'ai pas de bagage. Je ne viens pas du même monde que les autres personnes présentes ici. Je suis un intrus ici, je me sens presque mal à l'aise, mais je passe outre pour Elise.
Elise.
Mon cœur tambourine dans ma poitrine. Mille et une pensées me traversent l'esprit, mais aucune n'a une bonne tournure.
Mes pensées sont comme des chaînes qui m'emprisonnent. Je ne peux pas m'en échapper, et plus j'essaie de m'en détacher, plus elles m'enserrent encore plus fort, d'autres s'ajoutent même à ma torture mentale.
J'essuie mes mains moites sur mes genoux et en passe une dans mes cheveux.
Je regarde l'heure sur mon téléphone,
Encore au moins trois quarts d'heure d'attente avant d'embarquer.
45 minutes avant de pouvoir embarquer sur le vol qui me rapprochera d'Elise.
2700 secondes me séparent de l'avancée vers elle que je pourrai faire.
Et après ça ?
8 heures de vol qui me rapprocheront lentement d'elle. Trop. Lentement.
Le pire dans l'histoire ?
Tout est ma faute.
Si j'avais pas été un putain de boulet avec mes idées de merde et que j'avais répondu à mon téléphone, rien de tout ça ne serait arrivé. Rien.
Je rappelle Elise une dernière fois,
Chaque tonalité amenuise mes espoirs et nourrissent mes pensées.
Quand sons répondeur sonne, même si je m'y attendais, la boule de stress qui s'est logée dans mon ventre s'alourdit et grossit encore.
Je m'en fais peut être pour rien, en tout cas c'est ce que j'espère plus que tout. J'ai l'impression que tout s'écroule, que plus rien ne va et que ça n'ira qu'en empirant.
J'ai l'impression que le monde entier ne tourne pas rond maintenant. Peut être parce qu'Elise est mon monde.
Non.
Elise est mon univers.
Je suis voué à graviter autour d'elle.
Sans elle, je erre sans but dans ce monde si morne.

Je suis entrain d'embarquer.
J'ai l'impression d'être vide.
Je n'ai même une once d'excitation en pensant au fait que je vais embarquer en première classe.
C'est la première fois que ça m'arrive, je n'ai que très peu de moyens, et cet écart va se faire ressentir pendant les prochains mois. Mais je devais rentrer. Le plus vite possible.
Maintenant, seulement huit heures me séparent d'Elise. C'est trop. Beaucoup trop long. Je n'imagine pas ce qu'il pourrait se passer en huit heures.
Et si elle avait eu un accident ?
Elle a peut être simplement perdu son téléphone ?
Et si elle avait coupé son téléphone pour... non...
Je secoue la tête comme pour éloigner ces pensées, sans succès.
Je m'avance dans le couloir étroit pour trouver mon siège, il est en cuir et l'écran est plus grand. Un serveur passe avec des coupes de champagne et des amuse bouche, mais je ne peux rien avaler tant mon estomac est tordu.
Je m'assois dans ce siège trop confortable sans un mot et me prend la tête dans les mains.

Bordel, Elise... j'espère seulement que tu vas bien...
𝑆𝑎𝑙𝑢𝑡 𝐷𝑖𝑒𝑢, 𝑐𝑜𝑢𝑐𝑜𝑢 𝑐'𝑒𝑠𝑡 𝑚𝑜𝑖. 𝑂𝑢𝑎𝑖𝑠 𝑐𝑎 𝑓𝑎𝑖𝑡 𝑢𝑛 𝑏𝑎𝑖𝑙 𝑗𝑒 𝑠𝑎𝑖𝑠, 𝑚𝑎𝑖𝑠 𝑝𝑎𝑟𝑝𝑖𝑡𝑖𝑒́ 𝑓𝑎𝑖𝑠 𝑒𝑛 𝑠𝑜𝑟𝑡𝑒 𝑞𝑢'𝐸𝑙𝑖𝑠𝑒 𝑎𝑖𝑙𝑙𝑒 𝑏𝑖𝑒𝑛 𝑒𝑡 𝑞𝑢𝑒 𝑗𝑒 𝑛𝑒 𝑠𝑜𝑖𝑠 𝑞𝑢'𝑢𝑛 ℎ𝑜𝑚𝑚𝑒 𝑐𝑜𝑚𝑝𝑙𝑒𝑡𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑝𝑎𝑟𝑎𝑛𝑜.
𝐴𝑚𝑒𝑛.
Putain... plus que quelques heures avant de la rejoindre. Je suis tellement inquiet que je ne tiens plus. Mon âme hurle qu'il y a un problème, mais mon esprit qui tente du mieux possible de préserver ma santé mentale dit que je délire, et je l'espère plus que tout.

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⏰ Dernière mise à jour : Dec 23, 2024 ⏰

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