Alana
Nous sortîmes en hâte par la porte arrière de la boîte, la main ferme de Séraphine refermée sur mon poignet, me guidant sans détour dans les ruelles humides. L'air de la nuit me saisit, chargé d'odeurs de tabac froid, de sueur humaine et de tensions.
— Il est là, souffla-t-elle.
Un peu plus loin, éclairé par la lumière vacillante d'un lampadaire, Clovis faisait face à un groupe de jeunes en colère, tentant de désamorcer la situation. Mais dès que je vis la silhouette au centre, vacillante, provocante, je n'eus plus aucun doute.
Hector.
Il riait, complètement désinvolte, malgré la tension palpable. Il se fichait des insultes qu'on lui crachait au visage. Ses gestes étaient amples, un peu lents, mais pleins d'une arrogance tranquille. Une fille sanglotait non loin, protégée par l'un des hommes — visiblement, Hector avait embrassé la mauvaise personne.
Mais les humains ne savaient pas ce qu'ils avaient en face.
Un gars fondit sur Hector, le poing levé. Hector ne bougea même pas. Le coup s'abattit sur lui... et se perdit sur son torse sans qu'il bronche.
— Hector ! appela Côme, sa voix grave tranchant l'air.
Tous les regards se tournèrent.
Et là, le temps sembla s'arrêter.
Côme et Clovis s'approchèrent côte à côte, lents, assurés, leurs silhouettes se découpant comme deux ombres souveraines. Rien que leur démarche imposait le silence. La colère, la force, l'autorité émanaient d'eux comme une onde invisible.
Les humains reculèrent d'un pas, presque malgré eux.
Clovis attrapa l'agresseur d'Hector d'un seul bras et le plaqua contre le mur avec une aisance inhumaine. Son regard était froid, tranchant comme l'acier. Il n'eut même pas besoin d'élever la voix. D'un coin de l'œil je surpris Séraphine avec un sourire en coin. Quand à moi j'avais encore l'empreinte de Côme sur mes lèvres.
— Un seul autre mouvement, et je vous enterre sous ce bitume. Compris ?
L'homme ne répondit pas, trop figé pour parler.
De son côté, Côme s'était approché de l'autre, celui qui s'était avancé, hésitant. Il le fixa sans un mot, mais ses yeux brûlaient d'une intensité dérangeante, comme s'il pouvait lire à l'intérieur de lui, comme s'il pouvait le réduire en cendres rien qu'en le pensant.
— Rentrez chez vous, ordonna-t-il calmement.
Et ils obéirent.
Sans protester, sans chercher à comprendre. Comme si un instinct primitif les poussait à fuir devant plus fort qu'eux.
Quand le silence retomba, Nelya s'avança à son tour pour rattraper Hector, qui tenait à peine debout. Il se tourna vers elle, les yeux brillants d'alcool et d'insolence.
— Salut beauté, murmura-t-il, un sourire en coin.
Elle resta impassible, passa un bras ferme sous le sien et le redressa sans répondre.
Je m'approchai à mon tour, et lorsque Hector me vit, puis aperçut Côme derrière moi, son sourire s'effaça lentement. Une ombre passa dans ses yeux.
— Côme... lâcha-t-il.
— Hector.
Ils se toisèrent quelques secondes.
Deux frères. Deux passés. Deux absents revenus de trop loin.
Et cette fois, il n'y avait plus rien à dire.
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Entre les mondes
FantasíaAlana pensait mener une vie ordinaire, loin des intrigues et des dangers. Mais tout bascule lorsqu'elle découvre qu'elle est l'héritière d'une lignée royale oubliée... et qu'elle est promise à un prince qu'elle déteste autant qu'il la fascine. Propu...
