Chapitre 32 : Secrets

26 9 11
                                        

Alana


La nuit avait été longue.

Trop longue.

Je n'avais pas réussi à trouver le sommeil, me retournant sans cesse dans mes draps essayant de ne pas réveiller Séraphine, mon esprit incapable de se taire.

Tout ici était si familier et si étranger à la fois. Cette maison, ces murs... Mon passé semblait figé dans le temps, pourtant, j'étais la seule à avoir changé.

Je me levai avant l'aube, incapable de rester allongée une minute de plus. L'air était encore frais, contrastant avec la chaleur étouffante de la veille. J'attrapai une tenue que Séraphine avait laissée dans l'armoire—simple, mais parfaitement adaptée à l'époque.

La mode était cyclique, revenant toujours à ses anciennes inspirations. Rien n'avait vraiment changé, à part moi.

En descendant les escaliers, j'aperçus mon reflet dans le miroir du couloir. Une étrange impression me traversa. Je n'étais plus la même. Cette femme qui me fixait n'était plus celle qui vivait ici autrefois.

Côme avait pris un risque en venant avec moi. Il était roi désormais. Son royaume avait besoin de lui. Pourtant, il était ici. Avec moi.

Pourquoi ?

Parce que je l'avais demandé. Parce qu'il avait accepté.

Mais j'avais besoin de parler avec lui.

Du mariage.

De ce que nous devions faire ensuite.

De ce que nous étions devenus l'un pour l'autre.

Je poussai un soupir en sentant le matin poindre derrière la fenêtre. Il était temps d'agir.

Un soupir m'échappa.

Je laissai un mot sur la table à l'attention des autres et me dirigeai vers la cave.

Là, recouvert de poussière malgré le sort de Séraphine, mon vieux vélo m'attendait. Je le traînai hors de son abri, essuyant la selle avant de monter dessus.

Il fallait que je voie la ville.

Que je voie ce qui avait changé.

*

Le vent dans mes cheveux, la sensation familière du bitume sous les roues... C'était étrange, presque irréel.

Les rues avaient peu changé. Quelques nouveaux bâtiments, des enseignes différentes, mais l'essence même de la ville était intacte. Pourtant, je savais que les gens, eux, avaient vieilli.

Mes voisins, mes collègues... Ils avaient continué à vivre sans moi.

Mon cœur se serra en passant devant mon ancien lieu de travail.

Pour eux, j'avais disparu de leur mémoire il y a plus de trente ans.

Je détournai le regard et repris mon chemin.

Le soleil se levait doucement lorsque je m'arrêtai devant une boulangerie. L'odeur des viennoiseries chaudes me rappela mes matins d'autrefois.

Je pris quelques pains au chocolat et autres douceurs avant de rentrer.

En approchant de la maison, je remarquai du mouvement dans le jardin. Une femme aux cheveux attachés s'étirait sous la lumière naissante.

Séraphine.

Elle se retourna en me voyant.

— Bah alors, Alana, tu es plutôt matinale.

J'haussai les épaules en souriant légèrement.

Entre les mondesOù les histoires vivent. Découvrez maintenant