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Chapitre 29 : Rentrons, il pleut.

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C'était un cri qui avait glacé Betty. Un hurlement qui avait transpercé la nuit comme une lame. Chaque parcelle de son corps s'était figée, crispée, refusant d'imaginer que quelque chose avait pu arriver... à l'un des garçons. À lui.

Son cœur battait trop vite. Elle détourna lentement les yeux de Georges pour les poser sur le centre du stade, là où une agitation inhabituelle avait remplacé les applaudissements de tout à l'heure. Un regroupement d'adultes, de silhouettes en robe sombre qui semblaient entourer quelque chose. Ou quelqu'un.

— Mon Dieu... Diggory... murmura une voix qu'elle reconnut à peine — celle du ministre, Cornelius Fudge — avant qu'un autre mot ne tombe, lourd, irréversible : 

— Il est mort !

Mort.

« Diggory » et « mort » dans la même phrase. Comme deux notes dissonantes qu'on ne peut pas harmoniser.

Betty se leva d'un bond, repoussant sans ménagement la main de Georges qui voulait la retenir. Elle descendit les gradins mécaniquement, les jambes de plus en plus lourdes à chaque marche. Tout autour d'elle était flou. Les visages, les murmures, le brouhaha paniqué... elle n'entendait rien. Ne voyait rien. Sauf lui.

Deux corps étaient apparus au pied du labyrinthe. Harry Potter, recroquevillé, secoué de tremblements. Et à côté... l'immobilité.

Betty s'approcha encore, son souffle haché, la gorge douloureusement serrée.

— Mademoiselle Cooper, vous ne devriez pas voir ça, tenta le professeur McGonagall, les traits tirés, la voix brisée. 

Elle se plaça devant elle.

— Je dois voir Cédric..., souffla Betty. C'est mon meilleur ami. Je dois... lui parler...

Elle contourna la professeure d'un pas vacillant. McGonagall ne tenta pas de l'arrêter. Peut-être comprenait-elle.

Betty ne remarqua pas Amos et Elisabeth Diggory qui venaient d'arriver, les bras tremblants, la voix brisée par des cris qu'elle n'entendit pas. Elle ne vit pas non plus Dumbledore donner des ordres, ni Maugrey s'éloigner avec Harry, l'air grave.

Tout ce que Betty voyait... c'était Cédric. 

Étendu. Le regard vide. La bouche entrouverte, comme figée sur un dernier souffle.

Elle tomba à genoux près de lui. Sa main trembla en cherchant la sienne.

Froide.

— Pourquoi... ? souffla-t-elle, incapable d'émettre un son plus fort. Pourquoi toi ?

Elle resta là longtemps, incapable de détourner le regard. Les larmes ne venaient pas. Le monde s'était arrêté. Plus rien ne comptait. Les cris. La panique. Les explications. La foule. Tout était comme lointain, étouffé. Il n'y avait plus qu'eux. Lui, et elle, figée dans l'impossible.

— Betty, il faut partir maintenant, dit une voix douce à son oreille. Georges.

Elle ne réagit pas.

— Betty, viens. Tu ne peux pas rester là.

Il passa doucement un bras autour d'elle. Elle ne protesta même pas quand il la souleva doucement. Ses yeux étaient toujours rivés sur Cédric, même lorsqu'il disparut lentement derrière elle, avalé par la foule d'adultes qui s'était resserrée.

L'infirmerie baignait dans une lumière pâle et irréelle. Betty, allongée sur un lit, fixait le plafond sans le voir. Elle ne sentait ni la couverture sur elle, ni le coussin sous sa tête.

Georges était resté avec elle. Il avait parlé un peu. Puis s'était tu, respectant son silence.

Elle n'avait pas vu qu'Harry était là, à quelques mètres, l'air blême. Ni ce chien et encore moins la famille Weasley ou même Ron et Hermione, tous assis en silence dans un coin de la pièce.

Elle ne voyait rien.

Le seul visage qu'elle continuait de voir... c'était celui de Cédric. Son rire. Ses yeux pétillants. Ses taquineries. Leur dernière étreinte avant le labyrinthe.

Un sanglot silencieux secoua enfin sa poitrine. Rien ne serait plus jamais comme avant. 

Madame Pomfresh s'approcha doucement du lit, un petit flacon en verre dans la main. D'un ton bas, presque maternel, elle s'adressa à Georges :

— Elle n'a pas bougé depuis qu'elle est arrivée ?

Georges secoua la tête, le regard fixé sur Betty, toujours immobile, les yeux grands ouverts, brillants sans pleurer.

— Elle ne parle pas non plus, murmura-t-il. Elle n'a même pas réagi quand je lui ai passé sa veste...

Madame Pomfresh poussa un soupir discret, le genre de soupir qu'elle ne laissait échapper que lorsqu'elle savait que les mots ne suffiraient pas à soulager la douleur.

— Je vais lui donner une potion de sommeil sans rêve. Elle a besoin de repos. 

Au même moment, Betty se tourna doucement dans les draps blancs de l'infirmerie. Le calme de la pièce contrastait avec le tumulte dans sa poitrine. Ses paupières papillonnèrent, lourdes d'un sommeil sans rêve. Une sensation étrange lui restait au fond du ventre. Comme un trou. Comme une note inachevée.

Elle s'assit lentement, son regard perdu dans le vide, sans remarquer la présence de Georges et de l'infirmière à ses côtés ou le lit plus loin où reposait Harry, encore écorché et fiévreux.

Elle chuchota dans le silence.

— Ce n'était pas censé arriver...

Ses doigts serraient les draps, ses jointures blanchissant.

— Ils avaient dit... Ils avaient promis que les épreuves étaient sécurisées... que c'était différent maintenant. Pas comme avant.

Elle leva les yeux vers la fenêtre, où la nuit pointait le bout de son nez. Les etoiles recouvrant le ciel nocturne.

— Il a dû gagner. Il est peut-être en train de préparer un de ses plans à la noix pour me réveiller en me lançant des dragées surprises à la figure... Cédric adore faire ça quand je dors trop.

Un sourire vide étira ses lèvres, mais il se fana aussitôt. Ses yeux se perdirent sur un point invisible du mur.

— Il va rentrer, il va débouler en disant "T'as vu comme j'ai géré cette épreuve ?" Et Il va râler que Cho ait révisé jusqu'à l'épuisement alors qu'on sait tous qu'elle va réussir ses examens...

Elle tourna lentement la tête vers son petit-ami, comme si elle réalisait enfin qu'il était là. Mais son regard glissait sur lui, flou, absent.

— Il va revenir. Il va revenir... Il va revenir.

Elle répétait les mots à voix basse, comme une prière, un espoir fou accroché à rien. Puis, brusquement, sa respiration se coupa. Un frisson la traversa, une peur irrationnelle. Elle serra ses bras autour d'elle-même.

— Il va revenir, hein ?... Dis-moi qu'il va revenir... C'était une erreur, une illusion, quelque chose... pas... pas vrai...

La voix de Betty se brisa. Les larmes ne coulèrent pas bien qu'elles restèrent coincées dans sa gorge, comme si pleurer aurait rendu les choses réelles. Et elle ne voulait pas. Pas encore.

Elle ferma les yeux très fort.

Et murmura une dernière fois, dans un souffle à peine audible :

— Il m'a promis qu'il rentrerait.

Betty Cooper T.1Des histoires addictives. Découvrez maintenant