Nous avons mis à jour nos Directives de Contenu.
Consultez les dernières directives pour continuer à partager des histoires en toute sécurité.

Chapitre 30 : Le banquet.

52 3 0
                                        

Betty n'aurait su dire ce qui s'était passé après s'être endormie à l'infirmerie. Elle n'avait pas entendu le tumulte entourant le retour d'Harry, ni les éclats de voix entre Dumbledore et le ministre. Le monde avait continué de tourner sans elle, comme si son propre temps s'était figé.

Elle ne gardait que de vagues souvenirs des jours suivants. Des visages flous, des voix étouffées, des lumières trop vives. Le lendemain de l'incident, ce furent Susan et Hannah qui vinrent la chercher à l'infirmerie. Elles ne dirent rien. Pas un mot, ni même une question. Et ce silence-là, plein de douceur, valait mieux que tous les discours maladroits.

Elles la raccompagnèrent à la salle commune, et Betty disparut presque aussitôt derrière les lourds rideaux de son lit. Elle n'en ressortit pas. Jour après jour, elle resta enfermée dans son cocon d'ombre, incapable de faire face à la réalité. Elle refusait les repas, les sorties, les cours. Elle refusait les mains tendues et les mots bienveillants. Elle refusait tout. Même Georges.

Elle savait pourtant qu'il venait. Hannah le lui avait dit, à demi-mot, qu'il attendait souvent devant la porte de la salle commune, espérant la croiser, peut-être lui dire ne serait-ce qu'un mot. Mais Betty ne s'y résolvait pas. Elle avait peur de s'effondrer à nouveau si elle ouvrait la bouche. Elle redoutait la compassion dans ses yeux. Elle redoutait d'être comprise.

Elle ne pleurait pourtant pas, ou très peu. Ce n'était pas de la force. C'était l'absence. L'engourdissement d'un cœur qui ne savait plus comment battre normalement. Comment devait-elle agir en société désormais ? Comment devait-elle avancer avec un vide aussi immense logé au fond d'elle ?

Puis, finalement, le dernier jour de l'année arriva. Trop vite.

— Betty, il faut qu'on y aille, dit doucement Hannah en entrouvrant les rideaux du lit.

Betty ne bougea pas. La lumière lui paraissait agressive, presque injuste, comme si le monde osait encore être lumineux alors qu'elle, sombrait.

— C'est le dernier banquet, ajouta Susan avec précaution. C'est... obligatoire. Tout le monde doit descendre.

Betty ouvrit lentement les yeux. Le banquet. La fin d'année. La dernière chose qu'elle avait envie de vivre.

Elle se redressa avec lenteur, attrapa sa robe de sorcière froissée sans un mot. Elle croisa son reflet dans la glace en se recoiffant brièvement. Betty ne se reconnaissait pas. Son teint était cireux, ses cernes profondes, et son regard vide comme un puits sans fond.

Le chemin jusqu'à la Grande Salle lui sembla durer une éternité. Chaque pas était une épreuve. Les couloirs bourdonnaient d'une activité étouffée. Comme si chacun faisait semblant que tout était normal... alors que rien ne l'était.

Quand elle pénétra dans la salle, elle fut saisie par le contraste. La décoration n'était pas festive. Pas cette fois. Des tentures sobres et sombres remplaçaient les habituelles couleurs éclatantes, et les visages étaient graves. Dumbledore n'avait pas encore pris la parole.

Betty refusa de relever la tête. Elle garda son regard vissé au sol. Elle sentait les regards glisser sur elle, brûlants, curieux, compatissants. Elle avança, les épaules rentrées, jusqu'à sa table, et s'assit entre Hannah et Susan. Ses doigts crispés sur le bord de la table trahissaient l'effort qu'elle fournissait pour simplement rester là.

Ernie et Justin étaient à ses côtés. Tous deux lui adressèrent un sourire crispé, mais leurs regards étaient remplis d'une inquiétude sincère.

Un peu plus loin, une place vide. Celle de Cédric. Un trou dans l'espace. Un gouffre dans sa poitrine. La couleur de la maison gagnante aurait dû recouvrir la pièce, mais à la place, tout n'était que deuil et silence.

Une larme solitaire roula sur la joue de Betty alors qu'elle fixait cette absence trop visible.

— Voici donc venue la fin d'une autre année, dit Dumbledore.

La voix du directeur, posée et solennelle, coupa les murmures de la salle. Malgré sa douleur, Betty leva les yeux vers lui. Ses paupières étaient lourdes, ses yeux rougis, mais elle l'écouta avec une attention farouche, suspendue à ses mots.

— Il y a beaucoup de choses que je voudrais vous dire, ce soir, poursuivit-il. Mais je dois d'abord rendre hommage à un garçon avec de grandes qualités qui aurait dû être ici pour partager ce banquet avec nous. Je vous demande de vous lever et de porter un toast en l'honneur de Cédric Diggory.

Dans un raclement de chaises et de bancs, tous les élèves se mirent debout. Les gobelets s'élevèrent. Et d'une même voix, lourde de chagrin, tous prononcèrent : Cédric Diggory.

Sauf Betty.

Elle resta assise, le souffle court, les lèvres tremblantes, incapable de se lever. C'était trop. Trop réel, trop brutal.

— Je veux partir, murmura-t-elle à l'attention de ses amis.

— Attends au moins que Dumbledore finisse, chuchota Hannah, en serrant sa main avec douceur. Après, promis, on te ramène.

Ernie, silencieux, tendit aussi sa main vers la sienne. Il ne pouvait rien faire d'autre. Et c'était bien là ce qui les rongeait tous : leur impuissance.

— Cédric incarnait de nombreuses qualités qui s'attachent à la maison Poufsouffle, poursuivit Dumbledore. C'était un ami loyal et généreux, il travaillait sans relâche et se montrait toujours fair-play. Sa mort vous a tous affectés, que vous l'ayez bien connu ou pas. Je pense donc que vous avez le droit de savoir ce qui s'est exactement passé.

Betty, toujours muette, leva de nouveau les yeux vers lui. Elle avait peur d'entendre la suite... mais elle devait savoir.

— Cédric Diggory a été assassiné par Lord Voldemort.

Un frisson glacial parcourut sa colonne vertébrale. Ce nom, elle ne l'avait pas encore vraiment associé à Cédric. Elle avait entendu Hannah le mentionner, une fois, le soir, pensant qu'elle dormait. Mais maintenant, l'entendre dit ainsi, publiquement, solennellement... rendait la chose indiscutable.

Alors c'était vrai.

— Le ministère de la Magie, reprit Dumbledore, ne souhaite pas que je vous donne cette information...

Les paroles du directeur, franches, sans détour, la frappaient avec plus de force que Betty ne s'y attendait. Pour la première fois depuis des jours, elle sentit quelque chose remuer au fond d'elle. De la colère. De la reconnaissance. De la tristesse, oui, mais aussi une infime étincelle de compréhension. Elle avait besoin d'entendre tout cela. Besoin de savoir. De donner un sens à cette perte.

— Je ne peux évoquer la mort de Cédric Diggory sans citer le nom de quelqu'un d'autre, Dumbledore continua. Je veux parler, bien sûr, de Harry Potter.

Betty tourna lentement la tête vers lui. Harry. Elle l'avait à peine vu depuis. Il semblait aussi abîmé qu'elle, peut-être même davantage. Mais il était là. Présent et debout. Et quelque part, elle sut qu'il avait porté ce poids presque seul depuis des jours.

— Harry Potter a réussi à échapper à Lord Voldemort...

Elle écouta la suite, sans détourner les yeux. Quand les élèves levèrent leurs gobelets en hommage à Harry, Betty les imita cette fois. Elle murmura son nom avec sincérité. Elle ne savait pas si elle aurait eu son courage.

Le discours de Dumbledore se poursuivit, évoquant l'union, la solidarité, l'espoir malgré l'ombre à l'horizon. Betty écouta jusqu'au bout. Et lorsqu'il conclut enfin, elle resta un moment figée, incapable de bouger. Son regard était encore tourné vers la place vide.

Elle souffrait. Elle souffrirait encore longtemps. Mais ce soir, elle ne se sentait plus aussi seule.

Betty Cooper T.1Des histoires addictives. Découvrez maintenant