Le lendemain, Betty se tenait dans le grand hall, entourée d'un vacarme sourd de valises traînées au sol, de cris joyeux, de bousculades maladroites. Les élèves se disaient au revoir dans un mélange de larmes et de rires, impatients de quitter Poudlard ou tristes de s'en éloigner.
Elle, restait à l'écart, assise sur un banc de pierre près d'une colonne. Seule.
Ernie et Justin s'étaient éclipsés pour dire au revoir à des élèves de Beauxbâtons, échangeant des adresses sur des coins de parchemin. Hannah et Susan, elles, étaient remontées vérifier une dernière fois leur dortoir, de peur d'y oublier un effet personnel.
Betty observait sans vraiment voir, son regard perdu dans le vague, lorsqu'une voix grave et étrangère la fit sursauter.
— Tu étais la meilleurrre amie de Cédrrric, n'est-ce pas ?
Elle tourna lentement la tête. Viktor Krum se tenait là, raide et droit dans son uniforme impeccable. Sa valise en cuir à la main, il tendait l'autre vers elle pour une poignée de main franche.
Betty hésita, puis la lui serra sans un mot.
— Il me parrrlait beaucoup de toi, fit-il avec une sincérité pesante. Je l'estimais beaucoup. C'était un garçonrrr d'honneurrr.
Elle acquiesça faiblement. Ses doigts étaient froids contre ceux du champion de Durmstrang.
— Si jamais tu as besoin d'aide... un jourrr... Herrrmione a mon adrrresse.
— Pourquoi tu me dis tout ça ? demanda Betty d'une voix presque éteinte.
Parler lui demandait un effort immense.
— Si ce Voldemorrrt est rrrevenu, alors vous aurrrez besoin d'alliés. Je serrrai prrrêt.
Il s'inclina légèrement, puis ajouta, plus doucement :
— Prrrend soin de toi, Betty Cooperrr.
Elle hocha la tête, incapable de répondre davantage. Krum lui lança un dernier regard, grave et digne, avant de rejoindre ses camarades de Durmstrang qui commençaient à embarquer vers le bateau.
Un peu plus tard, alors que les élèves se massaient près du Poudlard Express, Betty repéra Harry seul, adossé à un pilier, sa cage vide de Hedwige à ses pieds. Il avait l'air plus jeune encore que d'habitude, les épaules affaissées, les traits tirés, comme s'il portait le poids d'un monde que personne d'autre ne voulait affronter.
Elle hésita. Puis, poussée par un élan qu'elle ne comprenait pas elle-même, elle s'approcha.
— Harry ?
Il releva la tête, visiblement surpris de l'entendre. Il n'avait pas l'air certain de savoir s'il devait s'excuser, se défendre ou juste détourner le regard.
— Je voulais juste... te dire merci, souffla-t-elle.
Il ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Betty reprit, les yeux baissés :
— Je ne t'ai pas remercié. Pas vraiment. Et je ne sais toujours pas comment vivre avec tout ça. Mais... je te crois.
Harry la fixa avec intensité, presque ému.
— Ce que tu as fait... le ramener... rester debout... C'est plus que ce que j'aurais pu faire.
Elle releva lentement la tête vers lui, le regard vacillant mais franc.
— Je ne sais pas ce qui va arriver. Je ne sais pas ce que le ministère dira, ou ce que les gens choisiront de croire... mais moi je serai là. Peu importe ce que ça me coûte.
Harry cligna des yeux, submergé par l'émotion. Il hocha simplement la tête, incapable de répondre sans que sa voix ne tremble.
Ils restèrent là quelques secondes en silence, liés par la même douleur, la même perte.
— Betty ! appela une voix derrière elle.
Elle se retourna légèrement. C'était Ernie, la tête passée par une portière du train, les bras chargés de bagages.
— Le train va partir, dépêche-toi !
Elle hocha lentement la tête en direction de son ami, puis jeta un dernier regard à Harry. Il n'avait pas bougé, mais son expression avait changé. Moins lourde. Moins seule.
— Prends soin de toi, murmura-t-elle.
Puis elle tourna les talons et s'éloigna tandis que le survivant était rejoint par ses deux fidèles acolytes.
Ernie l'attendait sur le marchepied.
— Tu vas bien ? demanda-t-il à mi-voix alors qu'elle montait dans le train.
Elle ne répondit pas tout de suite. Elle se contenta de souffler en passant devant lui :
— Je crois... que je vais essayer. Je vais prendre du temps, mais je vais le faire. Pour Cédric.
-...-...-...-...-
Le trajet à bord du Poudlard Express s'était déroulé dans une ambiance étrange, suspendue entre silence et éclats de voix étouffés. Betty partageait son compartiment avec Hannah, Susan, Ernie et Justin, ses fidèles amis, toujours là, même dans le silence.
Personne ne parlait vraiment du tournoi, ni de Cédric. Ils jouaient à faire semblant, à échanger sur les vacances à venir, sur les bêtises que Justin comptait faire avec ses cousins moldus. Betty écoutait, parfois esquissait un sourire, mais ses pensées restaient ailleurs, comme piégées dans un coin de son esprit qu'elle refusait encore d'affronter.
Le paysage défilait lentement derrière la vitre embuée. Les champs d'un vert éclatant, les collines ondulées, les hameaux perdus dans la campagne anglaise. Tout semblait si calme... presque trop calme.
Lorsque le train ralentit à l'approche de la gare de King's Cross, une tension sourde s'éveilla dans sa poitrine. Ce moment où chacun allait retrouver sa famille, où les retrouvailles se faisaient dans les rires, les accolades... et l'absence. Celle de Cédric, bien sûr. Mais aussi ce poids qu'elle ne savait pas nommer.
Une fois sur le quai, Betty descendit du train, suivie de près par Hannah qui lui serra brièvement le bras avant de s'éclipser à son tour vers les siens. La foule de parents empressés, de valises roulantes et de hiboux effarés créait un vacarme familier mais sourd à ses oreilles.
Elle balaya les quais du regard, à la recherche des silhouettes rassurantes de ses parents. Elle s'attendait à les voir comme d'habitude, agitant la main, un sourire fier aux lèvres. Mais ce fut un autre visage qu'elle aperçut.
Deux, en réalité.
Amos et Elizabeth Diggory.
Ils se tenaient côte à côte, figés, vêtus de sombre. Amos semblait avoir vieilli d'une décennie en quelques semaines, les épaules voûtées, le regard éteint. Sa femme avait les lèvres pincées, les yeux rouges et gonflés. Pourtant, ils vinrent vers elle avec douceur.
Betty fronça les sourcils, surprise. Elle ne s'attendait pas à les voir ici.
— Monsieur... Madame Diggory ? dit-elle en s'arrêtant devant eux, un peu perdue. Mes parents ne sont pas là ?
Amos échangea un bref regard avec sa femme, puis s'abaissa un peu pour se mettre à sa hauteur. Il posa une main tremblante sur l'épaule de Betty.
— Betty... ils ne viendront pas aujourd'hui, dit-il doucement.
Elle le fixa, interdite.
— Pourquoi ? Il s'est passé quelque chose ?
— Rien de grave, ma chérie, mentit Mrs Diggory en posant une main légère sur son bras. Mais tu vas venir avec nous, d'accord ? Juste pour quelque temps.
— Mais...
Elle s'apprêtait à protester, à dire qu'elle devait rentrer, qu'elle n'avait pas préparé d'affaires pour séjourner ailleurs. Mais face aux deux adultes endeuillés, elle ravala ses mots. Ils semblaient sincèrement inquiets, comme s'ils veillaient sur quelque chose qu'elle ne comprenait pas encore.
Alors elle suivit les Diggory, le cœur un peu plus lourd, les souvenirs un peu plus flous. Car être avec eux lui rappelait sans cesse son meilleur ami. Betty allait chez lui sans que ce dernier ne l'attende sur place.
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Betty Cooper T.1
FanfictionBetty Cooper pensait vivre un été ordinaire. Mais l'été 1991 allait tout changer. Une lettre inattendue. Un monde qu'elle ne soupçonnait pas. Et soudain, une nouvelle école, des amitiés puissantes, des épreuves... et la fin de l'enfance. Ce n'était...
