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Chapitre 29

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*Dans la peau de Jule Diagne*

Je n'ai pas dormi de la nuit.
Le vent s'est acharné contre les vitres de ma chambre, hurlant comme pour me rappeler que même les murs de cette maison, pourtant si solides, ne peuvent plus me protéger. Depuis quelque temps, tout vacille.
Quelque chose m'échappe.

Je suis arrivé plus tôt que d'habitude au bureau, espérant que le silence du matin calmerait mes pensées. Mais il n'a fait que les amplifier. Les chiffres s'embrouillent sur mon écran, les lettres se tordent, les visages défilent dans ma tête — et celui de Karim revient sans cesse.

Il a changé.
Ses yeux ne fuient plus, ils observent.
Ses gestes sont mesurés, trop mesurés.
Comme s'il savait quelque chose. Comme s'il attendait que je me trahisse.

Je passe une main sur mon front.
Encore cette migraine. Elle revient à chaque fois que je pense à ce dossier, celui que j'ai cru enterré à jamais.

Et puis, ce message.
Un simple texto, reçu à l'aube :

"Ils savent."

Deux mots, rien d'autre.
Mais ils m'ont glacé jusqu'aux os.
Qui "ils" ? Karim ? La police ? Ou pire... cet avocat fouineur qu'on a déjà essayé de faire taire sans succès ?

Je me lève, fais les cent pas dans le bureau. Le tic-tac de l'horloge me martèle les tempes.
Il faut que je reste maître de moi. Toujours.

J'appuie sur le bouton de l'interphone :
— « Lamine, dis à Karim de venir me voir tout de suite. »

Quelques minutes plus tard, il entre.
Impeccable, calme, presque insolent dans sa sérénité.
Je l'observe sans mot dire. J'essaie de lire à travers ses expressions, de percer la moindre faille. Mais il est devenu difficile à déchiffrer. Trop sûr de lui.

— « Ah Karim, justement. Assieds-toi. »

Je force un sourire. Il me répond par un autre, poli, presque amical.
— « Vous vouliez me voir, monsieur Diagne ? »

Je hoche la tête.
— « Oui. J'ai entendu certaines rumeurs. Il paraît que des documents confidentiels ont été consultés sans autorisation. Tu n'aurais rien remarqué d'étrange, par hasard ? »

Il penche légèrement la tête, comme s'il hésitait entre l'amusement et la surprise.
— « Non, rien du tout. Vous savez, dans ce genre d'entreprise, les rumeurs vont vite. Je préfère ne pas y prêter attention. »

Son ton est calme, trop calme.
Il ne ment pas... ou alors il ment bien.

Je fais le tour de mon bureau et pose une main sur son épaule.
Ce geste, que tout le monde croit bienveillant, me sert souvent à jauger les battements du cœur.
Le sien est rapide. Pas affolé, mais nerveux.
Il cache quelque chose.

— « Continue ton bon travail, Karim. Et garde un œil sur les rapports financiers de Thiès. J'ai besoin d'un homme de confiance. »

Il acquiesce et quitte la pièce sans se retourner.
Je reste debout, immobile, le regard fixé sur la porte refermée.

Une sueur froide me coule le long de la nuque.
C'est lui.
Je le sens. Il a fouiné là où il ne devait pas.

Je saisis mon téléphone et compose un numéro que je n'avais plus utilisé depuis des mois.
— « Baye ? »
— « Oui patron ? »
— « J'ai besoin de toi. Mets deux de tes hommes sur Karim. Je veux savoir où il va, qui il voit, tout. Jour et nuit. Discrètement. »
— « Compris. On s'en occupe. »

Je raccroche.
Le silence retombe, lourd, épais.

Je m'assois dans mon fauteuil, les doigts tremblants.
Je sens la peur s'insinuer dans mes veines comme un poison lent.
Mais je la refoule. Toujours.
La peur ne m'a jamais servi. Elle affaiblit, elle trahit.

AU NOM DE LA JUSTICE!Des histoires addictives. Découvrez maintenant