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Chapitre 28

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Dans la tête de Karim


Le bourdonnement du téléphone me tira d'un sommeil agité. Il devait être à peine sept heures, mais mes paupières refusaient de se lever. La sonnerie insistait pourtant, comme si elle savait que ce n'était pas un simple appel, pas un message banal.
Je tendis le bras, les yeux encore collés, et pris mon téléphone. Un numéro inconnu. Je restai un instant figé, hésitant à ouvrir le message. Il y a des matins où le silence vaut mieux que la vérité. Mais ce matin-là, le silence pesait déjà trop lourd.

Je déverrouillai l'écran, et les mots s'affichèrent, froids, tranchants :

"Tu t'approches trop près. Arrête, ou tu paieras de ta vie."

Un souffle court m'échappa, presque un rire nerveux. Je relus le message une, deux, trois fois. Rien de plus. Pas de signature, pas de piste, juste une menace nue, violente, calculée. Mon cœur battait si fort que j'entendais son écho dans mes tempes.
Je reposai lentement le téléphone, les doigts tremblants. Mon esprit tentait d'analyser chaque mot, chaque tournure, comme s'il y avait un indice caché. Mais tout sonnait trop clair : quelqu'un savait. Quelqu'un voulait que je me taise.

Je restai un moment assis sur le bord du lit, le visage enfoui dans mes mains.
Depuis des semaines, j'avais senti que quelque chose se resserrait autour de moi. Les regards étranges au bureau, les murmures dans les couloirs, ces dossiers que Jules essayait toujours de garder pour lui... Je savais que cette affaire finirait par déborder. Mais je ne pensais pas que la menace viendrait si vite.

Je pris une grande inspiration, me levai, et passai machinalement une main dans mes cheveux. Mon reflet dans le miroir semblait distant, presque étranger. Le Karim que je voyais là n'avait plus grand-chose à voir avec celui d'il y a quelques mois : les traits tirés, le regard plus dur, une détermination qui brûlait derrière la fatigue.

En descendant les escaliers, l'odeur du café frais me frappa. Racine était déjà levé.
Assis au comptoir, encore en t-shirt, il faisait tourner sa cuillère dans la tasse sans grande énergie. Quand il me vit, il esquissa un sourire léger.

"Tu t'es levé tôt aujourd'hui. T'as mal dormi ?"
Je haussai les épaules, un sourire de façade étirant mes lèvres.
"Un peu... des trucs du boulot."
"Encore Jules Diagne, hein ? Ce gars va te rendre fou."
Je ne répondis pas. Pas besoin. Il n'avait pas tort, mais il ne devait pas savoir. Pas maintenant.
Je posai une main sur son épaule en passant.
"T'inquiète, ça va aller. Bois ton café, t'as l'air crevé."
Il rit doucement, sans deviner que derrière mon calme se cachait un tremblement intérieur.

Je sortis du salon, le téléphone dans la poche, le message encore brûlant dans ma tête. Dans le garage, ma Ferrari marron m'attendait, comme un fauve au repos. La peinture captait les reflets dorés du soleil du matin. Je caressai brièvement le volant avant de m'installer derrière, le cuir chaud sous mes paumes.
Le moteur rugit doucement quand je tournais la clé, et ce son familier suffit à apaiser un peu la tension dans ma poitrine.

Je roulai lentement d'abord, puis plus vite, laissant le vent mordre mes joues. Les rues de Dakar défilaient à toute allure, et pourtant, je ne voyais rien. Mon esprit était ailleurs, plongé dans une mer de doutes.

Et si la menace venait de l'intérieur ?
Et si Jules avait compris que je fouillais derrière lui ?
Ou pire encore : si quelqu'un parmi les siens surveillait mes moindres gestes ?

Chaque hypothèse se bousculait dans ma tête. J'avais beau être prudent, j'avais forcément laissé une trace. Personne ne reçoit un message pareil sans raison.

AU NOM DE LA JUSTICE!Des histoires addictives. Découvrez maintenant