Chapitre 12

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Je me réveille parce que j'ai froid.

L'herbe est humide sous mon dos, et l'air pique ma peau. Pendant une seconde, je ne sais plus où je suis. Je ne vois que le ciel, encore gris-bleu, entre les branches des arbres.

Puis je sens un poids contre mon épaule.

Eddie.

Il dort encore, la bouche entrouverte, respirant paisiblement, une main posée quelque part entre ma taille et le sol. On doit avoir l'air de deux idiots, allongés en plein milieu d'une clairière comme si c'était un lit parfaitement normal.

Je me redresse doucement pour ne pas le réveiller, mais il gémit un peu et ouvre un œil.

— ...On est morts ? marmonne-t-il.

— Pas encore, je souffle, un sourire au coin des lèvres. Mais si Steve apprend que j'ai dormi dehors toute la nuit, je peux pas te promettre qu'on survivra.

Eddie cligne des yeux, regarde autour de lui, puis pousse un petit rire fatigué.

— Ok... donc, c'était pas un rêve bizarre. On a vraiment parlé jusqu'à tomber KO.

Je hoche la tête. Ma poitrine serre un peu en repensant à la veille : les Demogorgons, la peur, Billy, la lettre, les gamins qui reviennent, et puis... Eddie. Ici. Avec moi. Comme un point d'ancrage au milieu de tout le reste dont il n'a aucune idée.

— Il est quelle heure ? demande-t-il.

Je sors mon téléphone. L'écran est presque à plat.

— Trop tôt pour être humain. Mais trop tard pour que ça passe inaperçu.

Je me relève, dépoussière mon jean.

— Je dois rentrer. Si Steve remarque que mon lit est vide, il va me faire une scène digne d'un soap.

Eddie se met assis en grimaçant.

— Tu veux que je t'accompagne ?

Je secoue la tête.

— Non. Deux Harrington se faisant engueuler dans la même maison, c'est suffisant. Rentre aussi. Essaie au moins de faire semblant d'avoir dormi dans un vrai lit.

Il sourit, un peu plus doux.

— Marché conclu.

Un silence passe. On se regarde sans trop savoir quoi ajouter. La veille, c'était facile : tout allait trop vite pour réfléchir. Ce matin, tout est... réel.

Je m'approche de lui et pose ma main sur son épaule.

— Merci d'être venu, hier.

— Merci de m'avoir laissé rester, répond-il, sérieux pour une fois.

Je n'ose pas en dire plus. Je me contente d'un dernier sourire avant de tourner les talons et quitter la clairière en courant presque, comme si rester une minute de plus allait tout compliquer.

Quand j'arrive à la maison, elle est silencieuse. Trop silencieuse.

Je referme la porte d'entrée le plus discrètement possible.

— Tu rentres de la NASA ou quoi ?

La voix de Steve résonne depuis la cuisine. Je sursaute.

Il est là, en pyjama, une tasse de café dans la main, ses cheveux encore plus n'importe comment que d'habitude. Son regard descend sur moi : mes chaussures boueuses, mes vêtements froissés, mes cheveux emmêlés.

— ...Wow, lâche-t-il. Tu t'es battue avec un buisson, ou... ?

Je roule des yeux.

— J'avais besoin d'air. J'ai marché. Longtemps.

Pretty "stranger thing"Où les histoires vivent. Découvrez maintenant