À Hawkins, un mois avant les grandes vacances, le lycée se transforme en aquarium.
Tout le monde flotte à moitié. Les profs parlent encore, mais leurs voix passent au-dessus des têtes. Les élèves regardent plus les fenêtres que le tableau. Il fait lourd, les feuilles collent aux doigts, les stylos fuient, et le plafond a l'air de descendre un peu plus chaque jour.
Je suis près de la fenêtre, le menton appuyé dans ma main, à compter les minutes qui restent avant la sonnerie.
— ...Harrington ?
Je cligne des yeux. Madame O'Donnell me fixe avec son air de poisson sceptique.
— Vous pouvez répéter la question ? je tente.
Quelques rires étouffés derrière moi.
Elle soupire, lâche mon cas au profit d'un autre élève. Je m'enfonce un peu plus dans ma chaise. Dans mon dos, j'entends Dustin chuchoter :
— Eh, l'héroïne, tu décroches.
Je lui lance un mini coup de pied dans le sac sans me retourner.
Héroïne. Si seulement il savait à quel point je me sens loin de ça, là tout de suite.
La sonnerie finit par hurler la délivrance. Les chaises grincent, les sacs se ferment, tout le monde se rue dehors comme si l'oxygène se trouvait exclusivement dans le couloir.
Je range mes affaires plus lentement. J'ai toujours un peu de mal à passer d'un rôle à l'autre : élève sage, grande sœur, gardienne de secrets, amie, potentielle... je ne sais même pas quoi.
— Harrington !
Cette fois, ce n'est pas un professeur. C'est une voix que je connais par cœur.
Je me retourne. Eddie est appuyé contre l'encadrement de la porte, son sac en bandoulière, des feuilles froissées qui débordent, un sourire qui a l'air de dire j'ai une idée stupide.
— Tu as l'air morte à l'intérieur, commente-t-il. C'est les contrôles ou c'est Hawkins en général ?
— Les deux, je réponds. Et toi, tu as l'air très fier de quelque chose, donc ça m'inquiète.
Il se redresse, fait quelques pas vers moi.
— Ce soir, après les cours... je t'emmène faire un tour.
Je plisse les yeux.
— C'est une menace ou une invitation ?
— Invitation. Menace pour le système nerveux de ton frère, précise-t-il. Je passe te prendre, on roule, on met de la musique trop forte, et on n'a pas un seul môme Henderson dans les parages. Juste toi et moi et mon merveilleux van.
Je fais mine de réfléchir.
— Et si j'ai des devoirs ?
— Je t'autorise officiellement à les ignorer. Tu vivras dangereusement.
Je ne devrais probablement pas accepter. Steve va déjà faire une syncope rien qu'en entendant le mot "van" et "Munson" dans la même phrase.
Mais l'idée d'une vraie parenthèse, rien qu'une soirée sans monstres, sans secrets, sans Billy qui me regarde comme s'il allait exploser... ça me donne presque le vertige.
— Ok, je dis. Mais si ton van tombe en panne au milieu de nulle part, je t'abandonne sur place.
— Tu dis ça maintenant, mais tu me supplieras de rester quand j'ouvrirai ma collection de cassettes, répond-il avec son air dramatique.
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Pretty "stranger thing"
Fiksi Penggemarêtre la sœur de Steve Harrington n'est pas facile tout le jour. surtout quand vous habitez a Hawkins. venait lire mes péripéties, entre fraternité, amour, amitiés et danger. vous en aurez pour votre argent.
