Chapitre 15

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— ...C'est quoi cette merde ?

La voix d'Eddie tremble. Je crois que je ne l'ai jamais entendu comme ça.

Le monde se rétrécit d'un coup. Il ne reste plus que trois choses : le van, Eddie, et ça.

Le démogorgon avance, haut, dégingandé, ses griffes raclant le sol. Sa démarche est saccadée, presque mécanique. Sa "tête" se déploie comme une fleur de chair, révélant l'intérieur tapissé de dents.

Mon corps se souvient avant ma tête. Le labo. Les couloirs. Les chiens du Monde à l'Envers. Les hurlements.

La peur me traverse de haut en bas comme une décharge électrique.

— Mitch ?

La main d'Eddie se pose sur mon bras. Elle est glacée.

— C'est... un costume ? C'est une blague, c'est...

Sa voix se brise toute seule. Même lui ne croit pas à ce qu'il dit.

— Non, je murmure.

C'est tout ce que j'arrive à sortir.

Je devrais hurler "on se casse !". Je devrais lui dire de démarrer, de reculer, de bouger.

Mais mes muscles refusent. Mes doigts sont crispés sur le siège. Mon cerveau tourne en boucle.

Le monstre pousse un hurlement qui fait vibrer le van. Eddie sursaute, attrape la clé.

— Ok, ok, on se barre, là. On DÉGAGE, lâche-t-il précipitamment.

Il tourne le contact.

Le moteur tousse. Encore. Puis meurt.

— Non non non, pas maintenant, putain ! jure-t-il en essayant encore. Allez, allez, démarre !

Le démogorgon se rapproche, attiré par le bruit, par la chaleur. Ses pas résonnent, lourds, irréguliers.

Je ne respire plus vraiment.

Bouge, Mitch.
Bouge.

Rien.

Eddie se retourne vers moi, affolé. Il pose ses mains de chaque côté de mon visage, un peu brusquement.

— Hé, regarde-moi, ordonne-t-il. Il faut qu'on sorte du van. On court. Maintenant. Tu m'entends ? On COURT.

Sa voix me parvient comme à travers l'eau. Derrière lui, par la vitre, la silhouette du monstre grossit. Deux réalités en même temps.

Je voudrais lui dire "je suis désolée".
À la place, je balbutie :

— Je... je peux pas...

— Si tu peux, insiste-t-il, sans même savoir à quel point il tape juste. Tu vas te lever, tu vas sauter dehors et tu vas courir jusqu'à ce que tes jambes lâchent. Je te suis.

Il ouvre sa portière d'un geste sec, m'arrache presque la ceinture. Un courant d'air froid s'engouffre.

Le hurlement du démogorgon explose à nouveau. Une ombre passe devant le pare-brise.

Eddie panique pour de bon.

— COURT ! hurle-t-il.

Et il le fait.

Il saute hors du van. Ses pas claquent sur le gravier. Il jette un regard rapide derrière lui, pense sûrement que je suis juste là, de l'autre côté, en train de descendre à mon tour.

Sauf que je ne descends pas.

Je reste clouée sur mon siège, une main agrippée à la portière, l'autre au tissu. Mon corps refuse de suivre.

Pretty "stranger thing"Où les histoires vivent. Découvrez maintenant