La source de chaleur localisée sur mon avant-bras suffit à me ramener à l'instant présent et les flashs disparurent aussi vite qu'ils n'étaient arrivés. Le vacarme, assourdissant, précédemment étouffé par mon absence soudaine revint de plein fouet, telle une gifle que je reçus sans ménagement.
Je penchai la tête, découvris la main aux doigts ornés de chevalières qui me retint. C'était Rowen.
— Je... je dois y aller, soufflai-je sans oser lever les yeux vers lui.
Il me relâcha. Je fis demi-tour en emportant mon sac et mon plateau désormais vide - Kayzen s'était servi de la part de pizza que je n'avais pas touchée - où je déposai à l'espace dédié. Pressant le pas pour sortir de la cafétéria, une multitude d'images plus ou moins déformées envahirent, se bousculèrent dans mon esprit. Certaines avec plus de forces que d'autres voulaient prendre l'avantage. Elles étaient toutes floues, je me retrouvais dans l'incapacité de discerner quoique ce soit. Pas même un élément quelconque.
Quand j'atteignis le couloir, la migraine surgit avec plus de force qu'il y a peine deux minutes, s'installant de sorte à ce qu'elle occupe toutes mes pensées.
Pourquoi maintenant ?
La chaleur qui se propagea dans l'ensemble de mon corps n'arrangeait rien. Je portai ma main un peu plus haut que sur mes tempes. La douleur pulsatile, semblable à des battements de cœur dans mon crâne et l'étau présent tout autour, me coupa littéralement le souffle. Dans mon malheur je m'estimai heureuse qu'elle n'était localisée que du côté droit, sans passer par mon œil, m'épargnant une migraine ophtalmique.
J'arrivai enfin dans les toilettes. J'y entrai en trombe et m'appuyai sur les rebords du lavabo collés aux autres. Je m'apprêtai à passer de l'eau sur mon visage, puis m'arrêtai en plein élan en me rappelant mon fond de teint qui ne tiendrait pas, n'étant pas waterproof. Je soupirai, n'ayant aucune envie de passer le reste de la journée avec ces taches de rousseur que j'exécrai.
Je finis par plisser des yeux. La lumière amplifiait mes douleurs encore modérées pour le moment. Le pire viendrait après.
— Lucy ? m'appela Amélia en surgissant à côté de la porte.
Je levai légèrement la tête, croisai son regard dans le miroir. Je ne l'avais pas entendue arriver, trop occupée à essayer de gérer ce mal de tête qui s'efforçait de prendre du terrain, ne voulant absolument pas me laisser tranquille. Dans ce genre de situation, me retrouver dans le noir m'aidait un peu. Hélas, ce n'était pas possible aujourd'hui. D'habitude ce genre de crises ne s'attardait pas longtemps, environ quatre heures, or mon instinct me disait que l'on ne m'accorderait pas ce privilège aujourd'hui.
Amélia s'approcha.
— Tout va bien ? finit-elle par dire.
— Oui, c'est juste que... tous ces regards braqués sur nous tout à l'heure m'ont mit mal à l'aise.
— Je comprends totalement, il faut dire qu'ils attirent l'attention aussi. C'est la raison pour laquelle je ne m'assois pas trop avec eux, soupira-t-elle.
J'acquiesçai, pensive.
— Mais pour être honnête, repris-je, je suis fatiguée. Je suppose que la chaleur, la lumière et le bruit qu'il y avait m'a provoqué une migraine. Enfin, j'ai l'habitude, ça finira bien par passer.
— Pour la lumière, je crois que j'ai ce qu'il te faut, lança-t-elle en fouillant énergiquement son sac à la recherche d'un objet précis. Tiens.
Elle me tendit ses lunettes de soleil noires. En les plaçant correctement, la lumière fut tout de suite moins vive, je me sentis moins agressée par cet éclairage d'un blanc trop éclatant.
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MEMORIA
Mystery / Thriller« Lucy Collins, 22 ans, est loin d'avoir la vie qu'elle aurait souhaitée. Entre les nombreux conflits permanents auxquels elle peine à y faire face et la discorde qui règne dans sa famille... Elle est complètement meurtrie. Lorsqu'elle apprend qu'...
