Chapitre 3: Quand le corps lâche...

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3 mois s'étaient écoulés depuis les auditions. A l'approche des fêtes de fin d'année, les répétitions se faisaient intenses. Mme Glinda assurait les cours de l'après midi, c'étaient mes préférés. Elle avait dans sa manière d'enseigner une volonté palpable de faire ressortir l'artiste qui sommeillait en nous. De son large sourire, elle se donnait corps et âme à son métier, elle était d'un grand soutien pour ses élèves, les poussant à aller au delà de leurs acquis.

Le lac des cygnes est un des ballets du répertoire les plus connus: nous n'avions pas droit à l'erreur. Gisèle et Marc dansaient merveilleusement bien. La justesse de leur mouvement, l'expression de leur visage...Tout était parfait. Je suis sûre que Marc et Eric se seraient bien entendus. 

J'avais les mêmes horaires de répétitions que Gisèle. Nous apprenions tout ensemble, je me sentais fière d'être sa doublure. De plus, c'était quelqu'un d'adorable. Avec Flora, nous formions un trio très soudé quand nous étions en sport-études. Nous étions dans le même dortoir, et nous passions souvent des nuits blanches, à discuter de tout et de rien, à rigoler, malgré les remarques insistantes de la surveillante. Puis, Flora a déménagé en Allemagne. A l'age de 17 ans, Gisèle et moi avons passé le concours d'entrée à la Swan Ballet School. Depuis, nous nous sommes un peu éloignées, mais nous sommes restées en très bons termes.  

Les répétitions du matin étaient éprouvantes. Les corps sont encore ensommeillés, les esprits somnolent aussi. Nous n'avions pas beaucoup de temps pour nous échauffer, il fallait faire très attention à ne pas se claquer un muscle. Je ne mangeais rien au petit déjeuner, je me sentais donc faible, mais je me faisais violence. Ces cuisses énormes ne vont pas disparaître en me gavant de croissants.

Il ne restait plus qu'une journée de cours avant les vacances d'hiver.Nous devions faire un filage complet, c'est à dire enchaîner toutes les chorégraphies à la suite, dans l'ordre. Le Cygne Blanc avait plusieurs variations, sans compter les pas de deux. Une fois que Gisèle avait fini, c'était mon tour. Marc était un très bon partenaire, il faut l'avouer. Mais je me sentais faible, vide. J'avais vomi à gros bouillons hier soir, depuis, je n'ai plus rien mangé. C'était imprudent de ma part, car un filage demande un effort physique conséquent .Il était 15h. Cela faisait 6 heures que nous répétions. Je n'avais pas pris de pause pour déjeuner, ou même me reposer. J'étais éreintée. J'avais du mal à me concentrer, mes jambes étaient comme paralysées. Puis, au beau milieu d'une variation, je perdis connaissance.

Je me réveillai  à l'infirmerie.  J'ouvris difficilement les yeux. Je fus aveuglée par le néon au plafond. Je m'asseyais doucement, poussant un gémissement de douleur: mon dos était dans un piteux état. Je remarquai que quelqu'un était assis à l'autre bout de la pièce. Il s'approcha de moi, je crus reconnaître ce visage. Non c'était impossible, sûrement une hallucination.  Ca ne pouvait pas être lui, je devenais folle....

-Enfin réveillée, soeurette!




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