7| Loriane et les Kinders.

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Ma tête.

C'est ça qui me fait le plus mal. C'est évident, sinon je ne me trouverais pas actuellement à l'hôpital, dans ce lit confortable. Je porte ma main pour sentir le bandeau enroulé autour de mon crâne, et je laisse aussitôt retomber mon bras. Je distingue vaguement une fille à mes cotés qui sourit gentillement, et j'ai beau lui sourire en retour, je ne me rapelle absolument pas d'elle. Je ne crois pas l'avoir croisée nule part, enfin, sauf si mon traumatisme m'a retiré ce souvenir.

《 Qui es-tu, au fait ? 》

Ma voix ressemble à celle que j'aurai dans quatre-vingt ans, et j'ai pourtant fait de mon mieux.

《 Loriane Lopez, à ton service gente dame.》

Je souris, ça ne m'aide pas réélement. Elle m'a dit, me semble t-il, que je m'étais prit une fenêtre et qu'elle m'avait en quelques sortes sauvée. Le son, lorsqu'elle m'avait tout raconté, s'était brouillé et je ne perçevais que certains mots qui ne me permettaient pas de donner un sens à son récit.

《 Eh bien..Merci 》

Elle m'offre un magnifique sourire compatissant, et je balaye la pièce. Mes parents ne sont pas présents, chose que je regrette. J'aurai besoin de leur soutien, en ce moment. Bien que ma mère me ferait part de seules ses inquiétudes, j'aurai aimé qu'elle soit là, pour simplement me tenir la main. Ça parait enfantin, et pourtant, même après s'être prit une fenêtre, on aime toujours autant sa maman.

Je patiente donc, en bonne compagnie de Loriane, jusqu'à l'arrivée - proche je l'espère - de mes géniteurs.

***

Au bout d'une heure, je vois deux visages familiers apparaître doucement dans l'encadrure de la porte. Je souris de toutes mes dents, sentant déjà du bonheur m'envahir. J'ai envie de leur sauter dans les bras, mais vu mon état déplorable, il est nécessaire de préciser que c'est impossible. Je reste donc couchée, mes bras ouverts à toute forme d'amour ou de réconfort.

《 Ma chérie...Mais qu'est-il arrivé ! 》

Ma mère jette un bref coup d'œil à Loriane qui s'extirpe sans bruit, tandis que mon père reste de marbre.

《 Je me suis pris une fenêtre maman...》

Elle soupire, sûrement face à la naïveté de la situation. Les gens ne s'imaginent pas bien la scène, ils pensent que c'est comme se prendre une vitre. Sauf que là, ma tête a heurté le coin de la fenêtre qui a dû s'enfoncer dans mon crâne.
Charmant.

《 Oh..Mon dieu ! Tu sais, j'ai eu vraiment peur, et ils m'ont dit que tu étais au bloc ! J'ai cru que tu t'étais faite écrasée ou je ne sais pas quoi comme autre atrocité ! 》

Elle me fait rire, avec sa voix aigue qui par en couilles. Elle fait des gestes naturellement avec ses mains et des grimaces, des mimiques. Des choses qui sont comme naturelles, que l'ont fait sans s'en rendre compte.

《 Emma Grant, la prochaine fois, tu éviteras de te la jouer film comiques.》

Et voici Kyle Grant, mon père. Reste de marbre pour ne pas montrer sa tristesse ou sa peur. Il faut simplement savoir retirer cette solide carapace pour voir qu'il est un vrai rigolo, et non un homme d'affaires sérieux.

《 Repose-toi et n'écoute pas ton père 》lançe ma mère

Je souris une dernière fois, seule et unique chose qui m'évite de parler. Mes parents sortent et Loriane revient s'asseoir à coté de moi, avec une boîte de Kinder Bueno qu'elle me tend. Je l'attrape comme une sauvage en balançant un merci furtif et ouvre un paquet en vitesse éclair. Choquée, Loriane tire une tronche qui me fait avaler mon gâteau de travers.

《 Tu es folle, ce ne sont que des cochonneries de Kinder ! 》

《 Hum..Hum...Hum...Ce ne sont pas que des simples Kinder, gente dame. C'est toute ma vie, avec le Nutella.》

Je passe encore pour la grosse bouffe de service qui se gave de cochonneries, et le pire, c'est que c'est vrai, en tout cas dans ce domaine.

《 Allez, tais-toi et mange.》

J'exécute les ordres de mon capitaine, je finis mon paquet et m'endors.

Juste Lui Où les histoires vivent. Découvrez maintenant