Chapitre 2

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Chapitre 2

Je m'appelle Mariama Woppa Diallo. Un deuxième prénom hors du commun n'est-ce pas ? Pour la plupart je sais déjà que c'est la première fois que vous voyez ce prénom. Je remercie mon père d'en avoir fait le deuxième si c'était le seul et l'unique, j'aurais été plus assujettie aux moqueries des autres enfants. Je ne l'ai pas eu par hasard. Mon nom signifie en peul « abandonné ». C'est un prénom qui est choisi pour conjurer le sort. C'est une ruse consistant à faire comme si on ne voulait pas de l'enfant et ainsi lui accorder une longévité. A ma naissance, ma mère avait déjà faite 2 fausses couches. Ils pensaient que le mauvais œil s'étaient rabattu sur eux donc quand je suis née ils ont cherché à contourner cela. A la maison j'étais toujours Woppa mais dehors je pouvais être Mariama, juste Mariama.

Naître au Sénégal ne fait pas de toi une sénégalaise. Je me suis toujours sentie exilée et rejetée par cette société qui n'a jamais hésité à me rappeler qu'en tant que fille de ndringue, ndringue j'étais. Le terme ndringue étant péjoratif, je n'ai jamais aimé qu'on m'appelle comme ça. Mais vous savez mieux que moi que dans cette vie mieux vaut taire ce qu'on ne veut pas car les gens aiment bien retourner le couteau dans la plaie. Ils aiment blesser leur prochain. Reste à savoir pourquoi tant de méchanceté.

Comme tout le monde sinon la plupart des gens, j'ai toujours été fière de mes origines. Même si je n'ai jamais passé une année entière en Guinée, guinéenne j'étais et je n'ai jamais hésité à le dire à qui voulait l'entendre. A part cet épisode vécu là-bas auquel je pourrais donner ma vie juste pour l'effacer, j'ai toujours aimé mes séjours dans le village natal de mes parents. J'étais avec mes grands-parents et je tenais beaucoup à eux.

Nous vivions dans un quartier populeux en banlieue dakaroise et mon père tenait une boutique comme beaucoup d'autres immigrés guinéens. La boutique marchait bien ou du moins c'est ce que j'ai toujours cru mais mon père étant l'ainé il avait la charge de la famille en Guinée et devait leur envoyer toujours beaucoup d'argent. De ce fait malgré, les bénéfices qu'il pouvait tirer de son commerce, il ne pouvait louer que deux pièces : une pour la boutique et une autre qui fait office de chambre. Nous dormions tous dans ces 2 pièces. Quand je dis tous, je parle de moi, mon frère, mes parents et 2 des frères et un cousin de mon père qui eux aussi avait migré au Sénégal. Mes deux oncles et leur cousin tenaient chacun un commerce de fruits au marché et souvent ils aidaient mon père dans la bonne marche de sa boutique. Au début, ils travaillaient exclusivement dans la boutique mais après ils ont voulu monter leur propre affaire.

Quant à ma mère, elle était lingère. Son travail consistait à laver et repasser les habits de différentes dames du quartier qui étaient sans doute très fainéantes pour le faire elles-mêmes. Je n'aime pas faire la lessive mais ma mère a toujours dit qu'elle l'a toujours fait pour sa famille en Guinée donc si elle peut le faire à Dakar et être payée pour ça, tant mieux. Et même ce n'est pas un travail quotidien. Ma mère faisait maximum deux foyers par semaine et pouvait se reposer le reste du temps. J'aidais toujours ma mère dans ses tâches même si à l'époque étant petite, je lui étais pas de grande utilité mais je pouvais quand même faire les commissions.

Notre maison était non loin de l'école primaire du quartier. Mon père tenait qu'on se réveille tous très tôt le matin. Il disait qu'il n'avait pas à élever un paresseux. Mon quotidien consistait à me mettre chaque matin devant la grande porte et regarder ainsi tous ces enfants vivre la vie que je n'aurais jamais. En effet, pour mes parents surtout mon père et mes grands-parents qui aussi avaient le pouvoir de décision sur leurs petits-enfants, l'école française menait à la perversité. Qu'un musulman devait juste se contenter de l'école coranique. Je suis allée à l'école coranique du coin mais j'y ai juste fait quelque temps.

Contre toute attente Où les histoires vivent. Découvrez maintenant