Chapitre 1

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Chapitre 1

Que se passe-t-il dans ma vie en ce moment ? Je ne sais pas. Je peux oser dire que je viens de vivre les pires semaines de ma vie.

Juste après mon bac, mon père a voulu que j'aille étudier aux USA. Il voulait que son fils soit dans la meilleure école au monde. Peu importe ce qu'il fallait payer il le payera. Il ne regardait pas à la dépense. Il voulait que j'aie la meilleure formation au monde parce qu'il désirait comme il le disait lui-même que son successeur soit à la hauteur. Le suis-je ? Le serais-je ?

Mon père était un homme que j'ose dire d'atypique malgré tout le respect que je lui dois, que son âme repose en paix. Parler d'être à la hauteur revient à être comme lui. Je ne serais jamais comme mon père. Il a bâti un empire à lui tout seul. Oui il travaillait dans une multinationale américaine mais étant quelqu'un qui détestait qu'on lui dise ce qu'il avait à faire, il a préféré faire un départ volontaire, récupérer ses droits, en faire un investissement et devenir son propre boss. Et bien sûr, l'argent appelle l'argent. Il a commencé par une entreprise, ensuite deux, puis trois et aujourd'hui le consortium Mar représente une grande multinationale composée de dizaines d'entreprises qui sont implantées dans les 4 coins du monde. Avec les fusions-acquisitions, mon père était dans tout. Quand je dis tout, je dis vraiment tout. Télécommunication, informatique,  agroalimentaire, immobilier, aéronautique, édition... pour ne citer que quelques-uns. Il lui suffisait juste d'entendre parler d'une entreprise qui a besoin de se fructifier pour qu'il aille à son encontre. Tant que le projet était intéressant et que le secteur rentable il mettait son argent et l'entreprise devenait une nouvelle perle du collier Mar. Je doute qu'il ait une fois fait un choix qu'il a regretté. En tout cas je ne l'ai jamais entendu se plaindre d'avoir faire un mauvais investissement. Serais-je à la hauteur ? Combien de temps me faudra-t-il avant de faire ma première boulette ? Je ne suis pas mon père et cette situation m'angoisse fortement.

Le seul échec de mon père a été qu'il a dû sacrifier sa vie de famille. Une femme et un enfant, pas très sénégalais... Peut-être que c'est dû au fait que Dieu ne vous donne jamais tout. Il était très souvent absent. C'est évident il n'avait pas la gestion d'une entreprise dakaroise mais plutôt une multinationale. Et étant quelqu'un qui veut tout gérer lui-même il devait toujours se rendre sur place même quand il n'y avait pas de problèmes, juste pour vérifier qu'on était pas en train de le voler. Mon père était aussi un peu parano, je l'avoue.

L'autre chose remarquable dans sa vie était qu'il ne tombait jamais malade. Souvent je me suis demandé s'il n'était pas fait de fer et de ciment. Sauf que je l'avais sur estimé. Un jour pendant que j'étais à New-York oui mon père a eu assez confiance en moi pour faire de moi le directeur d'une société se trouvant là-bas juste après mon diplôme. Il voulait savoir ce que je valais, si je méritais sa confiance. J'avais ma propre autonomie et je prenais moi-même les décisions. Bien évidement il surveillait tout de très près. Attendant ma première bêtise pour me tirer les bretelles. Heureusement je ne lui ai jamais offert ce plaisir. Oui pendant que j'étais à New-York, j'ai reçu un appel de ma mère. Cette dernière ne pouvait pas formuler quelque chose de cohérent. Tout ce que j'ai pu retenir était que mon père avait fait une crise et qu'il était à la clinique. J'ai tout mis en suspend et je suis rentré au pays. Je n'ai pu arriver à la clinique  que 24h après l'admission de mon père aux urgences de la clinique gérait par le médecin de la famille. Une fois sur les lieux, je me suis dirigé automatiquement dans le bureau du médecin où je trouvais ma mère ainsi que Fatou ma cousine qu'on lui a confiée depuis qu'elle est petite. Le médecin m'expliqua alors que mon père venait de faire une crise épileptique, qu'il avait une tumeur au cerveau maligne que la médecine avait beau être avancée, elle ne l'avait pas faite assez pour venir à bout du mal de mon père. Qu'ainsi qu'il était un condamné. Le pire était que mon père savait qu'il était malade et bien sûr, il a gardé son silence. Nous pensions tous qu'il allait bien alors qu'il était en train de passer ces derniers mois. Je n'étais pas très proche de mon père, en fait durant mon enfance et mon adolescence, nos conversations se limitaient à « Ton bulletin est sorti ? Quelle note tu as eue ? » Et quand j'ai intégré le monde professionnel, on ne parlait qu'affaire. Mais n'empêche que j'aurais voulu être avec lui durant ses derniers semaines.

Contre toute attente Où les histoires vivent. Découvrez maintenant