Une nouvelle quinte de toux se faisait entendre et Bane avait du mal à reprendre sa respiration.
Depuis quelques jours, son état avait empiré : sa respiration était sifflante et cela faisait déjà deux jours qu'il était allité car il n'avait même plus assez de force pour se tenir assis.
Brook se tenait près de lui et lui passait un chiffon – le plus propre qu'on avait trouvé – mouillé sur le front.
— C'est de pire en pire, ai-je chuchoté suffisamment fort pour que Brook entende, sans pour autant réveillé Bane qui recommençait à s'endormir.
Mon frère a acquiescé.
— J'en ai parlé à Sue, ai-je repris. Elle pense que c'est au niveau des poumons, une sorte de tuberculose, j'crois. Mais on a pas les médocs pour.
En fait, on n'avait pas de médicaments tout court. Les seuls disponibles étaient en ville, venaient d'on ne sait où car ils étaient vendus au marché noir et ils coûtaient la peau du cul alors qu'on avait pas les moyens. Déjà qu'on devait payer le double de notre loyer à cause de ce qui s'était la dernière fois avec le Tyran...
Brook s'est levé et s'est dirigé dehors pour changer l'eau de la bassine.
J'ai soupiré : il ne voulait pas le montrer mais il était effondré par l'état plus qu'inquiétant de son père et ça l'énervait de ne rien pouvoir faire.
Moi non plus je ne veux pas le perdre, me suis-je dis en me levant de la chaise en palettes où j'étais assise pour m'asseoir près de Bane et de passer une main rafraîchissante sur son front bouillant et plissé. Après tout, il m'avait élevé comme sa propre fille alors qu'il avait déjà Brook à sa charge. Surtout qu'à l'époque, nous n'habitions pas encore dans ce village mais plutôt dans une cavité rocheuse d'un ancien mont détruit par des missiles lors de la guerre, à plusieurs centaines de kilomètres d'ici. Il m'avait tout appris, que ça soit les rudiments du savoir ou de celui de la débrouille. Grâce à lui, je savais lire, écrire et compter, contrairement à beaucoup d'autres nés après la guerre, mais je pouvais aussi me servir d'un fusil et me défendre un minimum – faut dire que ça aide d'avoir était élevé par un ancien militaire haut-gradé.
Brook est revenu de la source et a déposé la bassine près de moi. J'ai pris le chiffon avant de le passer sur le visage pâlot de Bane.
— Il faut qu'on fasse quelque chose, ai-je dit en même temps que Brook.
On s'est concerté du regard avant de sourire tristement.
— On peut aller en ville, a continué Brook. Vendre en avance ce qu'on a déjà et voir si on ne peut pas récupérer des débris sur la route en plus.
— C'est dangereux, ai-je soupiré. Surtout que dès qu'on y sera, les hommes de Gros Tas seront au courant et on risque d'avoir des ennuis à cause de la dernière fois.
Brook a gardé le silence quelques instants avant de reprendre :
— On peut demander à quelqu'un de nous accompagner.
— Qui ? Les Parker ne peuvent pas partir parce qu'ils gèrent en grande partie la vie ici en plus de leur fils, et Sue et Barry sont trop vieux pour marcher jusqu'à là-bas.
— On peut voir avec Pedro. Il pourra nous emmener en voiture par la même occasion.
J'ai secoué la tête.
— Nah, je lui fait pas confiance à ce gars-là. Y a un truc chez lui qui m'dit qu'il est pas aussi net qu'il essaye de nous le faire croire.
Brook m'a sondé du regard et a acquiescé. Lui aussi pensait la même chose.
— On a pas le choix alors, on se débrouille pour y aller, a-t-il soupiré. On demandera au moins à Barry s'il peut nous prêter Bertha ou un autre fusil, au cas où. Commences à préparer les provisions et les marchandises, je vais le voir.
J'ai opiné alors qu'il sortait et je me suis levée pour sortir les bouts d'acier planqués sous mon matelas, les composants sur l'étagère bancale qui soutenait aussi bien le plafond que l'unique poutre de la maison. J'ai enroulé de tissus presque propres des bouts de viande de rat séchés – les rats, après les radiations, faisaient à peu près un mètre de longueur et étaient la source principale de nourriture, aux USA du moins – et quelques morceaux de pain. J'ai fourré le tout dans un vieux sac en toile élimé avec quelques affaires de rechange avant d'enfiler mon long manteau à capuche pour le soleil et mon écharpe rouge, seul souvenir que ma mère m'avait laissé en m'abandonnant aux bons soins de Bane.
Quand je suis sortie, j'ai vu Brook en grande conversation avec Barry devant la maison de ce dernier – enfin, Barry rouspétait à tout va sur le comportement indigne des jeunes de nos jours et Brook marmonnait ses demandes d'aide en ignorants les cris du plus vieux.
J'ai levé les yeux au ciel devant un tel spectacle et je me suis approchée.
— Barry, arrêtes de râler pour une fois dans ta vie, et aides-nous. Ça devrait pas trop te boucher le trou du cul, si ? l'ai-je interjecté.
— Causes mieux gamine, sinon vous aurez rien du tout ! Déjà qu'on veut me voler mon bébé, a-t-il marmonné en caressant le canon rutilant et récemment lavé de son pompe favori.
— On ne te demande pas non plus de nous fournir tout ton arsenal, est intervenu Brook pour calmer le jeu. On veut juste que tu nous prêtes au moins un fusil et un pistolet pour nous défendre en ville.
— En ville ? Qu'est-ce que vous allez péter là-bas ? Vous cherchez les emmerdes, c'est ça ? Moi, j'veux rien avoir avec ça, hein, j'suis un honnête homme ! Déjà qu'on a suffisamment de problèmes...
J'ai ricané.
— Ah, ouais ? On peut savoir où est-ce que tu as trouvé tous ces bijoux ? ai-je demandé innocemment en pointant l'étagère et le râtelier remplis à ras-bord d'armes à feu en tout genre qu'on voyait par la porte grande ouverte.
Barry a craché par terre, près de mes pieds.
— OK, t'as gagné, gamine. Prenez Bertha et les deux petit Desert qui sont sur la table, mais vous avez intérêt à me les ramener intact, sinon ça va barder, OK ?!
Pour toute réponse, j'ai embrassé son crâne dégarni aux cheveux blanc avant de prendre d'une grande délicatesse exagérée Bertha des mains de Barry, tandis que Brook récupérait les pistolets et les enfilait dans ses poches de pantalon.
Ensuite, je suis allée chercher les morceaux de carlingues que j'avais entassés et reliés en paquetage avec un bout de fil de fer solide pour les mettre sur le dos de Brook, les fils passant sous ses aisselles comme les bretelles d'un sac.
Après avoir salué tout le village, être rassurés sur le fait que Sue prendrait soin de Bane, et avoir piqué les munitions adéquates pour nos armes que Barry ne voulait pas nous céder, nous nous sommes engagés sur la grande route bitumée et craquelée en direction de New York.
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Apocalyptic World
AdventureLa Troisième Guerre Mondiale a ravagé le monde et vingt ans après sa fin, il ne reste plus rien de reconnaissable : les climats sont bouleversés, la nature à repris ses droits, les gouvernements encore debout son acculés par les rebelles et une ère...