Quand Marc ouvrit les yeux, vers midi, il se rendit compte qu'il n’avait pas vu le dernier mois passer. Ses journées avaient été très occupées, au point où sans Étienne et ses sandwichs, Marc aurait eu l'air d’un saucisson sec.
L’image le fit sourire, et c'est en souriant qu'il décrocha le téléphone qui sonna. Son estomac grommela en même temps que la voix de serin de sa mère se manifestait.
— Marco, mon chéri, je ne te réveille pas j’espère?
Le corps encore alangui par sa matinée de farniente, Marc eut envie de répondre qu'elle le dérangeait et de se rendormir. Il avait oublié qu'on était dimanche. Et il mourrait de faim. Génial.
— Tu viens toujours souper à la maison?
— Oui, Maman, répondit Marc dans un soupir. Comme tous les dimanches. Je pensais que je n’avais plus à confirmer, vu que ça doit faire quoi, cinq ans, maintenant qu’on soupe ensemble le dimanche? Tous les dimanches.
— En fait, je voulais savoir si tu serais accompagné, cette fois.
— Si je prévoyais venir accompagné, tu serais la première informée, s’agaça-t-il.
Silence au bout de la ligne. Ah merde.
— Je rappelerai quand tu auras mangé.
Marc Ladouceur, avocat en droit criminel, capable de soutenir le regard d'un juge impitoyable sans ciller… incapable d’affronter sa mère sans ressentir une immense culpabilité. Il soupira en se redressant.
— Oh, mais arrête, Maman. J'ai juste....
Reniflement abusif.
— Tu sais que je déteste quand tu agis comme ça. Toi et ton père, vous êtes pareils...
Le fils roula des yeux. Il entendait ce genre de remontrances chaque fois. Et chaque fois…
Clac.
Bip… bip… bip.
Elle raccrochait.
Ce qui rendait Marc encore plus irritable. Sans prendre la peine de s’habiller, il s’orienta vers le frigo… Vide. Il n’avait pas pu faire l’épicerie la veille, car il avait dû se déplacer pour parler à un client potentiel au poste de police.
Heureusement qu'il y avait ce gars… Tobia, un ami de son ami. Il avait été plus coopératif que d'autres policiers à qui Marc avait eu affaire jusqu'à maintenant et lui avait fait gagner du temps. Il était sympa… quand il ne donnait pas l’impression de le draguer. S'il ne l'avait pas connu depuis un moment déjà, Marc aurait pris pour argent comptant les clins d'oeil qu'il lui avait adressé…
Mais en fait, le gars, il draguait tous les êtres humains dans un rayon de dix kilomètres. Ce n’était donc pas personnel. Une chance, car Marc était mal à l’aise face à ce genre d’attentions; il ne savait pas y répondre, se contentait de les subir en souriant le plus naturellement possible.
Il n’avait rien contre les gais… il n’aimait juste pas être la cible de leurs avances. C’est bien différent.
En refermant la porte du frigo, Marc posa les yeux sur les billets de concert qu'un client lui avait donnés pour le remercier de ses services. Deux billets, et aucun de ses amis n’était disponible pour l'y accompagner.
Le grondement de son estomac lui donna une idée. Et s'il passait à la boucherie? Il pourrait prendre un sandwich tranquille avec Étienne, à qui il proposerait les billets pour le remercier de sa générosité. Malgré les tentatives de Marc pour payer les sandwichs qui avaient suivi le tout premier, Monsieur le Boucher avait fermement refusé toute autre rétribution que les tests de goût offerts à la base.
Tant qu'à y être, il en profiterait pour acheter un peu de viande pour sa mère... peut-être que le goût exquis du saucisson d’Étienne rachèterait son comportement de fils indigne et ingrat.
Content de son idée, salivant à cette idée, Marc enfila le premier truc propre qui lui tomba sous la main, un vieux t-shirt trop grand et un jean avec du vécu (sous la forme de trous), s’empara des billets et sortit de chez lui avec empressement.
À son arrivée, Étienne aidait une vieille dame à mettre un énorme sac dans le coffre de sa voiture, et Marc s’engouffra dans le commerce pour l'y attendre.
Quand le boucher revint à son poste, il sursauta et se figea comme s'il venait de voir un fantôme.
— Hey.
— Hey… je ne t’avais pas reconnu… laissa traîner Étienne en s’empressant d’aller s’affairer derrière son comptoir.
Marc lui trouvait un air un peu gêné. Il se leva du tabouret.
— Je te dérange?
— Non... Oui… Euh… le dimanche, c’est toujours plus occupé.
Marc fronça les sourcils. Le commerce était vide, comme la rue y menant. Il pinça la bouche pour éviter de le piquer.
— D’accord… en fait, je suis venu te demander si tu étais occupé en fin de semaine prochaine? C’est un peu dernière minute, mais j'ai des places pour un concert…
— Je n’écoute pas vraiment de musique… Mais Alice adore ça!
Le ton soudainement fort fit sursauter Marc. Sortie de nulle part, ladite Alice demanda :
— Quoi? Qu’est-ce que tu dis, Étienne? Oh. Marc, salut.
La gêne se lisait sur son visage, comme toutes les fois que Marc la voyait. Avec ses cheveux bruns remontés en queue de cheval, légèrement échevelée, les joues rouges, elle avait l'air de revenir d'un marathon…
— Je… j’avais besoin de me défouler, et Étienne avait besoin de viande hachée… bon, bien j’y retourne… Salut!
Elle s’empara d'un saut de viande que lui tendait son ami et se détourna.
— Attends, Alice...
***
Voilà voilà! Notre histoire avance! Mais que se passe-t-il?
Vos impressions? C'est pas le passage le plus amusant, mais bon, mon but c'est de faire quelque chose de cohérent.
Le passage est moitié moins long que les précédents segments, désolée!
J'espère que vous commencez à bien cerner Marc :-)
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Amours et charcuteries
RomanceMarc est entré chez le boucher pour un bout de saucisson. Étienne prévoyait lui offrir le sien. Alice a tout bousillé. Merci à @hyperide pour la super couverture!
