Chapitre 3 -- Marc

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Jamais de toute sa vie Marc n’aurait imaginé trouver l’amour chez le boucher.

Alice était tout simplement parfaite.

Franche, drôle, jolie… et les parents de Marc, avec qui elle discutait avec animation depuis leur arrivée pour le repas dominical hebdomadaire, semblaient déjà l’aimer tout autant. Ils riaient et bavardaient avec elle comme s'ils la connaissaient depuis toujours.

Marc avait l’impression de la connaître depuis toujours. Et pourtant, il n'y avait que trois mois qu'ils étaient ensemble, quatre si on comptait la date du concert qui les avait rapprochés.

Ils étaient drôlement assortis, lui avec son mètre quatre-vingt-quinze et elle, avec son mètre soixante-quinze. Il était souvent ronchon; elle était toujours de bonne humeur, sauf lorsqu'elle avait faim.

D’ailleurs, sur ce point ils s’entendaient parfaitement : hors de question de sauter un repas, quitte à aller manger un sandwich à la boucherie et embêter Étienne.

Marc et le meilleur ami d’Alice s’étaient beaucoup rapprochés. Maintenant, en plus des dîners qu'il s’octroyait en sa compagnie avant de sortir avec Alice, il passait un soir par semaine chez Étienne. Les garçons profitaient de l’absence de la jeune femme, qui cohabitait avec Étienne et avait son cours de yoga le mardi, pour parler hockey ou encore regarder un match.

— En tout cas, déclarait sa mère en ramenant Alice à Marc qui sirotait sa bière, je suis enchantée de finalement faire ta connaissance.

En effet, sa mère était enchantée depuis une bonne semaine, moment où il lui avait appris qu'il fréquentait quelqu'un depuis quelques mois.

Depuis sa majorité, on ne pouvait pas dire que Marc avait eu une vie amoureuse très prolifique. Toujours entouré de garçons au collège où il avait étudié de 12 à 17 ans, trop occupé par les études jusqu'à environ 25 ans, il avait passé les 5 années suivantes à enchaîner les relations imparfaites, jusqu'au jour où, à 30 ans, il  avait décidé d’arrêter les frais et de se concentrer sur sa carrière.

Sa mère avait mal pris la décision de son fils unique, mais Marc préférait rester célibataire plutôt que de sortir avec des femmes insipides et superficielles qui ne voyaient en lui que le beau gosse avec tout plein de fric.

Ce genre de femmes existait malheureusement encore.

Mais Alice n’en fait heureusement pas partie.

— Même chose pour moi, Madame Ladouceur. Marc m’a beaucoup parlé de vous. Il paraît que vous êtes enseignante?

Et repartit une discussion que Marc arrêta de suivre au bout de deux minutes. Il alla rejoindre son père stationné devant le barbecue.

— Très jolie, ta petite amie, fils. Et elle a l'air de pouvoir soutenir les conversations de ta mère… C'est un plus.

Marc observa les deux femmes assises sur la balançoire de la véranda. Il attrapa au passage un baiser envoyé par Alice, qui reprit tout naturellement sa conversation avec sa mère.

— Oui, elle est en communications, alors les discussions qui tournent en rond, elle connaît.

Son père esquissa un sourire en coin en voyant sa femme picorer dans l’assiette de hors d’oeuvres, composée de craquelins, de fromage et de saucisson.

— Il faudra que tu me dises où tu achètes ces saucissons que tu apportes toujours depuis quelques mois. Ta mère en raffole.

Marc raconta à son père sa rencontre avec Étienne ainsi que leur drôle d’arrangement.

— Il a l’air d’un bon garçon, il mérite d’être encouragé. Je passerai acheter mes steaks chez lui la prochaine fois. Les commerces locaux sont importants pour l’économie, conclut son père avec un sérieux presque comique.

— Il l’est. Et fort, en plus. Je l'ai vu soulever une carcasse de cerf sur son épaule l'autre jour.

Le souvenir était encore vif dans son esprit. Un chasseur avait rapporté le résultat de sa fin de semaine pour qu’Étienne l’apprête. Monsieur le Boucher s’était saisi de l’animal d'un mouvement leste et l’avait soulevé sans souffler.

Marc se demanda combien une bête pareille pouvait peser. Plus que lui en tout cas.

— Tu devrais l’inviter, ce garçon. Il y a longtemps que tu ne m'as pas parlé de tes autres amis, dont ce Raphaël, et, pour être tout à fait honnête, je suis content. Lui et ses amis… ils ont de drôles de manières.

Marc roula des yeux. L’intolérance de ses parents était l'une des raisons qui poussait Marc à ne présenter personne à ses parents.

— Ok. D’abord, Raph a une femme. Et même s’il était gay, qu’est-ce que ça ferait? T’as peur que ça s’attrape?

Son père eut la bonne idée de ne pas répondre.

— Invite cet Étienne, qu'il emmène sa blonde, on se fera un barbecue.

Marc plissa le front. Il se rendit compte qu'il ne connaissait pas Étienne tant que cela sur le plan personnel, et il se promit de remédier à la situation.

— Tiens… je ne sais pas s'il en a une en fait. Mais je ne crois pas, il n'en parle jamais. Et Alice ne m'a rien dit à ce sujet.

Après le souper chez ses parents, Marc raccompagna Alice chez elle et, comme d’habitude, il l’embrassa. Passant une main dans la chevelure soyeuse de sa petite amie, il approfondit le baiser, caressa sa taille, ses hanches pleines et ses fesses rebondies. Elle était parfaite.

— Veux-tu passer la nuit ici? demanda-t-elle lorsqu’ils brisèrent le baiser, la voix légèrement rauque et les yeux brillants.

Marc la dévisagea un instant et hocha la tête en silence. Il adorait cette voix chargée de désir, un poil plus grave. Alice l’entraîna à sa suite en le tenant par la main, mais s’arrêta brusquement en croisant Étienne dans le couloir.

Impossible de ne pas remarquer sa carrure imposante, puisqu'il déambulait en pantalon de pyjama, sans chandail. Et comme Marc l’avait imaginé, le boucher avait un peu de ventre, mais sinon il avait des pectoraux fermes et des épaules carrées.

Marc détourna les yeux, mal à l’aise.

La situation était inconfortable, et son érection se rappela à lui avec force au moment même où Alice brisait le silence.

— Je suis désolée, Titi.

Marc ne comprenait pas pourquoi elle s’excusait. Probablement pour les futurs inconvénients sonores? Quoiqu'il en soit, Étienne hocha simplement la tête et se déroba pour se laisser tomber sur le sofa devant la télé. Il enfila un casque d'écoute et les oblitéra.

Malgré tout, le couple rebroussa chemin pour aller chez Marc. Hors de question de lui faire subir leurs ébats, bruyants ou pas.

La première fois avec Alice fut bonne. Meilleure que bien des partenaires qu'il avait eues.

Pourtant s’il ressentait la plénitude apportée par l’orgasme, Marc n’était pas satisfait.

Il revoyait le visage d’Étienne. Son torse nu, ses épaules puissantes qui pouvaient soulever un cerf.

Remarquant le retour de son érection, Alice fit disparaître cette image sortie de nulle part et lui prouva une fois de plus qu'elle était parfaite.

Absolument parfaite.

***

Alors voici le nouveau chapitre!

J'espère qu'on voit bien quelle était mon intention ici... XD

En tout cas je suis contente du résultat, et j'ai hâte d'écrire la portion d'Étienne pour ce chapitre.

Donnez-moi vos impressions, n'hésitez pas.

Kisu!

Fay

Amours et charcuteriesOù les histoires vivent. Découvrez maintenant