— T'es sûr que tu veux faire ça, Marco?
— Tu veux rire, Al? répondit Marc en changeant son cellulaire d’épaule pour farfouiller plus aisément dans sa paperasse. Si je n’avais eu ne serait-ce qu'une seule hésitation relativement à une future cohabitation, je n'aurais pas…
— Tu te remets à parler comme si tu t’adressais à un juge, s’amusa Alice à l’autre bout du fil.
— En fait, je te considère plus comme un procureur de la Couronne. Je suis encore plus poli avec les juges.
— Et donc, tu me remets ton dossier demain?
Marc sourit. Il n’avait pas un énorme dossier à présenter: il était bien avec Alice, son bail à elle se terminait dans quelques mois et comme elle était avare de passion, elle passait déjà plusieurs soirs par semaine chez lui. Qu'ils emménagent ensemble après presque neuf mois de fréquentation lui paraissait naturel.
Bon. Et puis il était mal à l'aise quand il allait dormir là-bas, par courtoisie, pour qu’Alice puisse quand même passer du temps avec son meilleur ami. Il s’entendait très bien avec Étienne, qui d'ailleurs lui avait appris être gay le mois passé, quand il avait rencontré les amis d’Alice : tous de fiers membres de la communauté LGBT, tous des êtres formidables… Tous avaient adoré se moquer de sa tête quand ils avaient fait les présentations. Leur groupe était singulier mais génial.
Le choc passé, Marc avait dû reconnaître que cette nouvelle ne changeait strictement rien à sa relation amicale avec Monsieur le Boucher, mais il avait renoncé à le présenter à ses parents. Le pauvre Étienne ne méritait pas de passer des heures pénibles à se faire poser des questions auxquelles il ne pourrait pas répondre honnêtement sans courir le risque de créer un froid ou même de se faire critiquer ouvertement.
— Marco? Tu m’écoutes?
L’avocat revint à la réalité et s’excusa à sa petite amie.
— Tu te souviens que je dors chez Félix ce soir?
— Euh… La fille bizarre avec les cheveux gris?
— Exact.
— Oui, oui, je m'en souviens. Et toi, tu te souviens que ce soir c'est soirée de gars avec Titi?
— Comment je pourrais l’oublier? J’entends parler de cette soirée toute la semaine, et quand ce n'est pas par toi, c'est par lui. Je vais commencer à être jalouse, blagua-t-elle enfin.
— C'est vrai qu'il est pas mal, mais j'aime mieux les brunes.
Pendant un instant, il revit Étienne torse nu, échevelé.
Secouant la tête, il ricana. Depuis qu'il savait pour Étienne, ce genre de flash bizarres revenaient dans les moments les plus impromptus. C'est comme si son cerveau essayait de trouver un indice qui aurait pu lui mettre la puce à l’oreille. Il décortiquait des moments où Étienne disait ou faisait quelque chose. Celle du soir où Alice et Marc avaient fait l’amour pour la première fois faisait partie des plus récurrentes.
— Bon, je dois te laisser, Félix vient d’arriver.
Après quelques mots doux, Marc reprit le travail de meilleure humeur que quand Alice l’avait appelé. Malheureusement, il était déjà presque quatorze heures et il mourrait de faim. Il devait passer chercher un sandwich à la boucherie aujourd'hui, mais au final, il n'en avait pas eu le temps et il devait recevoir un client dans quelques minutes, un certain Étienne Lamoureux, selon le dossier que la secrétaire lui avait donné ce matin.
Une histoire de négligence criminelle, constata Marc avec un rictus. Ce serait à coup sûr un dossier vite classé. Alors qu'il allait lire les détails, un coup à sa porte se fit entendre.
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Amours et charcuteries
RomanceMarc est entré chez le boucher pour un bout de saucisson. Étienne prévoyait lui offrir le sien. Alice a tout bousillé. Merci à @hyperide pour la super couverture!
