Chanter pour la lune - Ellébore

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Des graines pour soigner ma folie, guérir mon esprit meurtri. La plante des fous, des déviants, qui soigne les douleurs de l'âme, qui recolle les morceaux entre eux. Qui pourrait rassembler les lambeaux d'un spectre en déclin, d'une flamme qui ne demande qu'à s'éteindre, qui se laisse tenter par le vent ; le vent noir, le vent de la nuit, le vent sombre. Le vent glacial.


Quelques graines pour apaiser la douleur, pour la rendre supportable quelques secondes au moins, pour oublier le vacarme assourdissant de mes pensées. Que me reste-il finalement ? A part des souvenirs, des espoirs mutilés, sanguinolents, qui sombrent dans les méandres de mon esprit. Des veines taillées qui se vident, qui se répandent insolemment. Des rivières pourpres par lesquelles la vie s'échappe, s'envole, s'enfuit sans se retourner. Des espoirs roulés en boule, piétinés, défigurés juste à temps, avant de trop me faire souffrir, réduits en cendre avant qu'ils ne m'atteignent. Tués avant de détruire.


Chaque bribe de pensée est pour lui, chaque miette qu'il reste de mon âme se tourne vers son regard, vers le souvenir de ses yeux emplis de joie. Vers ses yeux pleins de pitié. Vers la déception, vers le manque le plus cruel qu'il soit. Un champ entier ne suffirait pas à combler la moitié du trou béant dans ma poitrine. A défaire les nœuds saisissant ma gorge. A apaiser les tremblements. A calmer la souffrance.


Rien ne pourrait faire renaître l'espoir. Une vie d'attente, de questionnements, de « quand est-ce que ça cessera ? ». Finalement une vie d'espoir. Un espoir au rabais, claudiquant, répugnant. Une piètre contrefaçon d'un sentiment magnifique. Un espoir vers le « moins pire », si loin du « mieux ». Un espoir tourné vers le néant, le vide, la destruction. Un espoir qui pourtant n'a pas encore été défiguré par mon esprit, qui le guette d'un air hautin, comme s'il attendait de le ridiculiser. Car c'est un espoir sans espoir.


Besoin d'ellébore, d'éloigner les battements de la piètre pompe me servant de moteur, d'oublier poison au moins une seconde, un instant. Libérer mon cerveau de la folie, défaire les tourments assaillant mon cœur, faire le vide l'espace d'un battement de cils.


Puis tomber à nouveau sous le coup de la douleur. Le choc, brisant le peu de souffle restant, erratique, fatigué. Se laisser sombrer à nouveau, lutter contre l'univers pour garder la tête haute, plaquer ce sourire en béton sur l'amertume latente. Les regarder dans les yeux, envoyer des messages de détresse dans l'attente éternelle d'une réponse qui ne viendra jamais.


Besoin d'ellébore pour soigner mes blessures, besoin de ces graines pour faire taire leurs jugements.



Besoin d'ellébore. 

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⏰ Dernière mise à jour : Feb 14, 2018 ⏰

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