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D'aussi loin que je me souvienne, mon instrument préféré a toujours été le piano. J'ai toujours rêvé d'en faire mais je n'ai jamais osé demander à mes parents car je sais que l'argent ne coulait pas de source chez nous. Je me contentais alors simplement de m'asseoir devant mon ordinateur et de contempler les vidéos de ces artistes dont les mains volaient au-dessus du clavier pour faire de la magie. De la vraie magie. Le son sortait, s'envolait, vibrait, prenait sens en moi. Les notes ont toujours été un réconfort, malgré le fait que je ne savait pas les lire. J'enviais ceux qui avaient la chance de pouvoir les déchiffrer et se les approprier.

J'étais allongée sur mon lit, des larmes coulant de mes yeux. Elles mouraient en arrivant sur mes joues tandis que d'autres naissaient au creux de mes cils. J'écoutais mon morceau préféré c'était un morceau que j'avais trouvé sur internet. Il a été écrit par un compositeur indépendant il y a quelque temps, il s'appelait "Melancholy In Paradise".
Je me remémorais en boucle ce qui venait de se passer, tout tournait et se mélangeait dans ma tête, je n'arrivais pas à contrôler ce flot continu de pensées. C'est comme si elles avaient pris possession de mon esprit et qu'elles alourdissaient mon cerveau. J'avais beau essayer de fermer le yeux, vider mon esprit et m'endormir pour échapper à tout cela mais rien n'y fait, j'ai toujours tout qui remue là-dedans. Je détestait cette sensation, je n'avais pas l'impression d'être libre de mon propre corps, comme si quelqu'un en contrôlait les idées. C'était insupportable. Je décidais de faire autre chose pour oublier tout ça. Je décidai de partir à la recherche de nouveaux morceaux de piano à ajouter dans ma liste à écouter. Alors que je me levais de mon lit et allais m'asseoir sur mon bureau, j'aperçus le petit billet que j'avais extrait de mon sac tout à l'heure et posé ici sans vraiment y réfléchir.
J'aurais pu penser que c'était un de mes contrôles que j'avais malencontreusement jeté là, mais en général, je fais mes contrôles sur des copies à carreaux et non pas sur du papier couleur crème avec des petits oiseaux...
Et bordélique comme je suis, je ne l'aurai pas pliée soigneusement en quatre avant de le balancer dans mon sac. Ce n'était donc pas moi qui l'avais placé ici, en fait j'en étais sure. Ce bout de papier m'intriguait vraiment mais je n'osais pas l'ouvrir, j'avais peur de ce qu'il pouvait contenir, mon cerveau s'imaginait des tonnes de choses. Des insultes où...et si c'était quelqu'un qui avait découvert mon secret?
Je me mis à paniquer, si quelqu'un avait remarqué ce serait ma fin. On me prescrirait des tonnes de médicaments, on m'ordonnerait d'aller voir un psychologue ou un psychanalyste et peut-être même que...je me ferais hospitaliser ?
Mon coeur battait la chamade, je commençai à avoir des sueurs froides, les mains qui tremblaient. J'avais l'impression d'étouffer, comme si ma poitrine était comprimée. Je détestais ressentir toutes mes émotions décuplées par dix, c'était horrible. Avec un effort incommensurable, j'entrepris une énorme respiration qui eut l'effet de me calmer un petit peu. Je pris mon courage à deux mains et décidai de l'ouvrir malgré l'angoisse grandissante dans mon esprit.

L'intérieur du mot était orné d'une écriture assez grossière mais on aurait dit que la personne avait essayé de faire un effort pour bien écrire malgré ça. Je commençai à lire le billet et plus j'avançais dans ma lecture, plus j'étais persuadée que ce mot ne m'étais pas destiné jusqu'à ce que je repère mon nom tout en bas, ainsi que celui qui l'avait écrit. Je n'y croyais pas, c'était forcément une farce. Mais j'avais tellement besoin d'amour, tellement besoin qu'on m'aime et qu'on m'aide que je décidai de croire ce qu'il y avait marqué ici et je me mis en tête de me renseigner sur lui et d'aller lui parler à une récréation.
Mon mal-être de tout à l'heure semblait s'être envolé pour se faire remplacer par une lueur d'espoir. C'était puéril je le savais, mais je ne pouvais pas m'en empêcher et j'espérais de tout mon cœur que tout ceci était vrai. J'avais tellement besoin d'une attache que ce petit mot futile était devenu mon ancre. Si tout cela était faux, je serais encore plus brisée. Mais n'étais-ce déjà pas le cas ?
C'était la seule chose qui avait réussi à faire naître des émotions en moi depuis des années. Je m'emballais trop vite et je le savais, mais je n'avais que ça. Je voulais relire la lettre, je la dépliai alors que je venais alors de la plier et la relu :
"Tu m'as plu dès que je t'ai vu dans les couloirs, tu erres en espérant que personne ne te remarque mais moi, je t'ai remarqué. J'ai beaucoup cherché comment je pouvais venir t'aborder, je n'aime pas vraiment parler de ce que ressens mais ici, j'ai l'intuition qu'il fallait que je le fasse alors voilà. Je t'ai beaucoup observé, enfin ne me prend pas pour un psychopathe mais...j'aime ta façon de te comporter, tu es mystérieuse et ça me plaît....enfin euh, voilà quoi." Je pouffai, c'était tellement maladroit. Après un blanc ou un oiseau semblait vouloir s'échapper du papier il y avait marqué : "pour Éléonore, de la part d'Élio, en première dans ton lycée." Il n'avait donc vraiment pas peur ?
Je pense qu'il avait réussi à vraiment me cerner et qu'il savait que je ne dirais rien. De toute façon, à qui je le dirais ?
Il devait être vraiment intelligent. Je m'imaginais déjà un prince charmant qui m'aimerait et qui me sauverai de tout ça, je n'en pouvais plus j'étais vraiment au fond, je n'attendais que ça. Je souris et répéta "Élio" plusieurs fois. J'étais folle, je ne le connaissais même pas, c'est vraiment fou tout ce qu'on peut faire quand on est vraiment mal et qu'on veut tellement s'en sortir que tout est un prétexte à une lueur d'espoir. Soudain une idée me vint à l'esprit, je devais en parler à Louison, peut-être qu'elle le connaissait ?
J'attrapai mon téléphone portable et lui envoyait un message pour tout lui raconter. Je ne lui avais jamais vraiment envoyé de message autrement que pour mes cours, je me sentais un peu coupable de lui envoyer un message pour lui parler de moi. J'espérais qu'elle n'allait pas s'inquiéter de voir mon nom s'affiche sur son écran, c'était tellement imprévisible. Elle me répondit à la seconde, elle ne connaissait pas ce Élio mais elle me disait qu'on allait le retrouver ensemble, je souris, elle était vraiment géniale.
J'étais vraiment pressée d'être demain pour lui montrer.

Oh, ÉléonoreOù les histoires vivent. Découvrez maintenant