🪽 Reda 🪽
Je suis planté devant l’immeuble de Calypso, deux jours avant le mariage, et j’ai cette sensation étrange—un mélange d’excitation et d’appréhension qui me chatouille le sternum. Pas seulement parce que je vais la voir, même si… oui. Évidemment. Mais surtout parce que ce week-end va être un putain de terrain miné : jouer le rôle de son petit ami devant toute sa famille, ses amis, et son ex en costume trois pièces. Une pièce de théâtre grandeur nature. Et moi, le con qui se demande si tout ça ne va pas réveiller des trucs que j’ai bien enterrés.
Je sonne. Le petit bip cristallin résonne, la porte s’ouvre, et elle apparaît.
Calypso.
Habillée simplement, mais élégante.
Le genre d’élégance involontaire, celle qui s’impose sans même qu’elle essaie. Elle me sourit, un sourire crispé, comme si elle n’avait pas encore décidé si elle devait être détendue ou paniquée.
Et je remarque tout, absolument tout, sans pouvoir m’en empêcher :
la façon dont elle se mord légèrement la lèvre, la petite ride qui apparaît entre ses sourcils quand elle se concentre, cette énergie nerveuse qui pulse sous sa peau, un mélange de détermination et de fragilité.
— Salut, Reda ! Entre, je t’en prie ! dit-elle d’une voix trop enjouée pour être naturelle.
Je franchis le seuil. Comme toujours avec elle, l’espace respire… elle.
Tout est rangé, organisé, presque soigneux, mais pas froid. C’est un endroit qui vit, qui raconte une personne qui aime avoir le contrôle tout en laissant traîner des touches de spontanéité : un magazine ouvert, un plaid mal replié, un bouquet de fleurs qui illumine la pièce sans voler la vedette. Elle dépose ma veste, je retire mes chaussures, et l’ambiance est assez intime pour me faire avaler ma salive de travers.
— Bon… C’est le moment de répéter, hein ? je lance, léger en apparence, moins en vrai.
Elle s’assoit en face de moi, mains sur les genoux, doigts qui triturent l’ourlet de son t-shirt. Un tic nerveux que j’avais presque oublié. J’évite de sourire. Pas encore.
— D’accord, souffle-t-elle. On recommence notre histoire depuis le début.
Je hoche la tête. On y est.
Je prends une grande inspiration, comme si je me préparais à entrer en scène.
— Alors… commence-t-elle, au café Montparnasse. Je voulais payer mon macchiato caramel, mais il me manquait deux euros.
Je pouffe.
— Oui, et j’étais derrière toi. Et j’ai décidé d’être un héros, tu vois. Une belle fille sans café, c’était trop tragique pour la laisser comme ça.
Elle rit—un rire court, nerveux, mais qui réchauffe un coin de mon thorax que je croyais glacé. On y est : le ton juste, la légèreté maîtrisée.
— Tu m’aides avec les deux euros, poursuit-elle, et on commence à parler. De tout, de rien. Tu étais très… spontané.
— C’est ma spécialité.
— Oui… j'ai remarqué, murmure-t-elle.
Je reprends, cherchant la bonne dose de naturel dans ce mensonge :
— On parle de nos bouquins préférés, des rues où on aime se perdre dans Paris… et je t’invite à prendre un verre le soir-même.
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R U MINE
RomanceÉternelle romantique, Calypso Torreto pensait connaître l'amour. Jusqu'à ce que Côme Blooyvy, son ex, décide de la plaquer pour sa sœur. - Ne sois pas surprise, Caly, elle est tout ce que tu n'es pas. Elle, qui a toujours tout réussi dans la vie, a...
