Chapitre 1

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CALYPSO

Paris - France
Six mois plus tard,

Je n’ai toujours pas répondu au carton d’invitation.

Il traîne quelque part sur la table du salon, parfaitement immobile, comme s’il attendait encore une version de moi qui aurait la force d’y faire face. Papier crème, lettres dorées, promesse de bonheur imprimée noir sur blanc.

Gabrielle & Clément.

Leurs noms ensemble ont quelque chose de presque ironique maintenant. Comme une blague que je ne trouve même plus la force de détester. Je fixe le carton sans le voir vraiment. Parce que ce n’est pas lui le problème. C’est moi. Ou ce qu’il reste de moi.

Je me lève enfin du canapé. Lentement. Trop lentement. Mes gestes sont mécaniques, comme si mon corps avançait sans mon accord. La lumière du matin traverse les rideaux mal tirés, dessinant des lignes pâles sur le parquet. Tout paraît trop calme. Trop normal pour ce que je ressens à l’intérieur.

Un vide. Pas un vide léger. Pas un vide romantique comme dans les livres. Un vide qui gratte. Qui use. Qui ne laisse rien derrière lui.

Mon téléphone vibre. Je n’ai même pas besoin de regarder pour savoir. Gaïa. Toujours elle. J’hésite une seconde, puis je réponds.

— Tu es chez toi ? sa voix arrive immédiatement.

Directe. Vive. Trop vivante pour moi.

— Où veux-tu que je sois ?

Silence. Un court silence, mais suffisant pour que je devine son soupir à l’autre bout.

— Je suis là dans 10 secondes.

Je fronce les sourcils.

— Quoi ?

— J'arrive, Caly.

Avant même que je puisse répondre, elle raccroche. Évidemment. Elle ne demande jamais vraiment la permission. Gaïa, c’est ce genre de présence qui entre dans ta vie comme une évidence brutale. Elle ne frappe jamais et retourne tout sur son passage. Le bon comme le mauvais. Et parfois… elle te sauve malgré toi.

Je traîne jusqu’à la porte, encore à moitié perdue dans mes pensées, et j’ouvre. Elle est là. A l'image de Maddie dans Euphoria, dans une réalité. Même regard tranchant, même assurance presque insolente.
Son visage est une ligne parfaite entre douceur et dureté, comme sculpté dans quelque chose d’intouchable. Une mâchoire nette, des pommettes hautes qui accrochent la lumière juste ce qu’il faut, et cette impression étrange que chaque trait a été pensé pour laisser une trace.

Ses yeux, sombres et profonds, ne cherchent pas à plaire. Ils observent. Ils lisent. Ils traversent. Il y a dans leur fixité quelque chose de dérangeant, comme si elle savait déjà tout ce qu’on n’a pas encore dit.

Ses cheveux encadrent son visage avec une précision presque nonchalante, comme si même le hasard avait été apprivoisé chez elle. Rien ne dépasse vraiment. Rien n’est laissé au hasard. Elle tient un sac à la main, comme si elle venait de prendre une décision pour nous deux.

— T’as une tête horrible, dit-elle simplement.

— Bonjour à toi aussi.

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