Chapitre 6

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🪽 Reda 🪽

J'ai un mal de crâne qui me fend littéralement en deux quand j'ouvre les yeux ce matin. Une douleur sourde, lancinante, qui pulse derrière mes tempes comme un rappel cruel de mes excès de la veille.
Je grogne, me tourne dans le lit, et enfonce mon visage dans l'oreiller. Mauvaise idée : ça ne fait qu'empirer les choses. Je crois que je n'y suis pas allé de main morte sur l'alcool hier soir.

L'odeur du café chaud vient se glisser jusqu'à moi, discrète mais insistante. Le genre d'odeur capable de ressusciter un mort. J'inspire profondément, les paupières encore collées, et un soupir m'échappe. Il y a des matins où le monde semble s'effondrer lentement, et celui-ci en fait clairement partie.

Je finis par me redresser, lentement, la main sur le front. L'appartement est plongé dans une demi-pénombre. Les rideaux tirés laissent passer juste ce qu'il faut de lumière pour me rappeler que la journée a déjà commencé sans moi. Sur la table basse, deux verres à moitié vides, un paquet de clopes éventré, et mon téléphone qui clignote d'une notification. Une scène de crime banale après une soirée trop longue.

Je me lève, pieds nus contre le parquet froid, et traîne jusqu'à la cuisine. La cafetière gargouille encore. Adonis a dû partir tôt ce matin, et dieu bénisse, il m'a laissé une dose de café déjà prête - le genre d'attention qui, venant de lui, relève presque du miracle.

Je verse le liquide brûlant dans une tasse, prends une gorgée. Le goût amer me ramène brutalement à la réalité. Les images de la veille reviennent, floues d'abord, puis plus nettes : les rires, la musique, Gaïa qui dansait pieds nus, Adonis qui racontait une anecdote improbable... et Calypso.

Son visage traverse ma mémoire comme une gifle douce. Son regard clair, posé sur moi avec une curiosité prudente. Sa façon de parler, de rire parfois à moitié, comme si elle se retenait toujours un peu.
Et puis cette conversation.
Ce moment absurde où j'ai proposé, avec toute la désinvolture du monde, d'être son cavalier pour un mariage.

Je me frotte le visage, un sourire incrédule aux lèvres. Qu'est-ce qui m'a pris, sérieux ? J'avais juste voulu détendre l'atmosphère, effacer le malaise que j'avais provoqué avec ma question débile sur son ex. Mais elle a accepté. Et maintenant, me voilà embarqué dans une histoire de mariage qui ne me concerne même pas.

Je ris tout seul, un rire bas et un peu rauque. Peut-être que ça me ressemble plus que je ne veux l'admettre. M'impliquer dans des trucs qui ne me regardent pas. Mordre dans la vie à pleines dents, juste pour sentir que je suis encore là.

Je m'appuie contre le plan de travail, la tasse entre les mains, et laisse mon esprit vagabonder. Paris s'éveille dehors, les bruits de la rue filtrent à travers les vitres : un klaxon, des pas pressés, un éclat de voix. Ce brouhaha familier me serre un peu le cœur.
J'étais parti pour fuir tout ça - la routine, les gens, les attentes. Et maintenant, j'ai l'impression d'avoir couru en rond pour revenir au point de départ.

Je relève la tête. Sur la table, mon téléphone vibre à nouveau. Un message.

> Adonis 🐍 :
Mec, t'as survécu ?
T'oublies pas de confirmer à Caly que t'es bien son cavalier, hein ? 😏

Je roule des yeux, un sourire au coin des lèvres. Évidemment. Il n'allait pas me lâcher avec ça. Je tape une réponse rapide :

> T'es pire qu'une grand-mère. Laisse-moi au moins le temps de reprendre mes esprits.

Une seconde plus tard, les trois petits points s'affichent déjà.

> Adonis 🐍 :
Elle était contente hier. Fais pas ton gars distant. Et mets une chemise au mariage.

R U MINEOù les histoires vivent. Découvrez maintenant