Chapitre 6

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REDA

Paris - France

— Mais bordel Reda qu'est-ce qu'il t'a pris ? hurle Donis en faisant les cent pas dans son appartement.

Je hausse les épaules en faisant tourner le briquet entre mes doigts. Le métal claque doucement à chaque rotation, rythme régulier, presque apaisant. Contrairement à lui.

J'avoue que j'ai parlé beaucoup trop vite. Beaucoup trop spontanément. J'aurais dû réfléchir. Prendre du recul. Me taire, surtout.

Je n'aurais jamais dû proposer mes services pour l'aider dans sa revanche avec son ex.

— Tu te rends compte dans quoi tu t'embarque ?

Je relève à peine la tête, toujours affalé dans son canapé, une jambe posée sur la table basse comme si cette conversation ne me concernait qu'à moitié. Comme si tout ça glissait sur moi. Spoiler : c'est faux.

— Parfaitement.

Mensonge. Évidemment que non. Mais hors de question de lui donner ça. Hors de question d'admettre, même à demi-mot, que j'ai agi sans réfléchir.

Donis s'arrête net, se tourne vers moi avec un regard halluciné.

— Parfaitement ? répète-t-il, incrédule. Tu viens de te porter volontaire pour jouer le petit ami de la meuf dont tu es amoureux depuis tes six ans !

Je serre légèrement la mâchoire. Depuis mes six ans. Il abuse. Enfin... pas tant que ça.

— Tu es tellement dans la merde... ajoute-t-il dans un souffle, comme s'il venait seulement de réaliser l'ampleur du problème.

Je fais claquer le briquet d'un geste sec. Une flamme apparaît. Disparaît aussitôt. Trop vive. Trop brève. Comme une mauvaise idée qu'on refuse de regarder en face.

— C'est un rôle, Donis. Détends-toi.

Ma voix est posée. Maîtrisée. Presque détachée. À l'opposé de ce qui tourne réellement dans ma tête.

— Un rôle ? Il laisse échapper un rire nerveux, passant une main dans ses cheveux. Tu fais pas du théâtre, Reda.
Il se rapproche un peu, comme pour s'assurer que je comprenne bien.

— Toi, tu es complètement fou de cette nana et tu penses voler à son secours.

Je relève enfin la tête. Lentement. Touché. Parce que pour une fois... il n'a pas complètement tort. Mais je le laisse pas gagner aussi facilement.

— Je t'avais pourtant averti de ne pas jouer au prince charmant, continue-t-il, la voix plus grave maintenant. Putain, tu vas te brûler les ailes mon pote.

Un silence s'installe. Court. Mais chargé. Je le fixe quelques secondes, sans répondre. Le briquet tourne toujours entre mes doigts, plus lentement cette fois. Comme si même ce geste automatique commençait à trahir une fissure. Prince charmant. Ça me fait presque rire. Si seulement il savait.

— C'est juste une soirée, lâché-je finalement.

Les mots sortent plus bas. Plus posés. Mais pas plus vrais pour autant. Il me regarde comme si je venais de dire la connerie du siècle.

— C'est jamais "juste une soirée".

Silence. Je détourne légèrement le regard, fixant un point invisible sur le mur en face. Les secondes s'étirent. Trop longues. Trop conscientes. Parce que je le sais. Bien sûr que je le sais. Avec elle... rien n'est jamais simple. Rien n'est jamais léger. Je laisse échapper un souffle par le nez, presque imperceptible.

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⏰ Dernière mise à jour : Apr 20 ⏰

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