Chapitre 5

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CALYPSO

Paris - France

Je n'aurais jamais dû accepter. L'idée me traverse l'esprit en boucle depuis que j'ai passé la porte. Elle s'accroche, insiste, refuse de me laisser tranquille pendant que je reste assise sur ce canapé, le dos un peu trop droit, les épaules tendues.

Je n'aime pas ça. Les gens. Le bruit. Les conversations qui se croisent sans jamais vraiment se rencontrer. Je souris quand on me tend un verre, par réflexe plus que par envie. Le liquide est brun, un glaçon flotte à la surface, capturant la lumière des lampes, et quelques paillettes viennent s'y mêler, comme une tentative maladroite de rendre la chose plus festive.

Je porte le verre à mes lèvres sans vraiment goûter. Juste pour faire illusion. Mes yeux balayent la pièce. Gaïa est à l'autre bout, déjà parfaitement intégrée. Évidemment. Elle rit, parle, capte l'attention comme si c'était inscrit dans son ADN. À ses côtés, un homme que je ne connais pas. Grand. Brun. Et ces fossettes...
Dangereuses.

Le genre de sourire qui promet beaucoup trop à quelqu'un qui ne sait pas encore dans quoi il s'embarque. Je pince légèrement les lèvres. Elle va encore briser un cœur ce soir. Et lui... il ne le sait pas encore. Je détourne le regard. Mes doigts viennent jouer avec la bague à mon index. Une petite marguerite que je fais tourner encore et encore, comme si ce geste répétitif pouvait m'ancrer quelque part. Adonis me l'a offerte après la rupture.

"Pour t'aider à te détendre", qu'il disait.

Il faut que je sorte d'ici. Maintenant. Avant que l'air ne devienne totalement irrespirable. Je me redresse d'un coup, attrape mon sac à main sans réfléchir et me dirige vers la fenêtre du salon. Elle donne sur une cage d'escalier étroite, à peine éclairée, presque oubliée.

Parfait. J'ouvre, me glisse à l'extérieur, puis referme derrière moi comme si je venais de fuir quelque chose. Ce qui n'est pas totalement faux.

Je m'assois sur les marches, le froid du béton traversant immédiatement le tissu de mon jean. Ça me fait du bien. Ça m'ancre. Ça me sort un peu de cette sensation d'étouffer. Je fouille dans mon sac, en sors mon paquet, et cale une cigarette entre mes lèvres.

- Si Gaïa me voit faire ça, je suis morte, marmonné-je en cherchant mon briquet.

- Alors espérons qu'elle ne vienne pas dehors.

La voix, juste à côté de moi, me fait sursauter violemment. Mon cœur fait un bond dans ma poitrine.

Je tourne la tête d'un coup. Et je me fige. Ses yeux. Bleus. D'un bleu presque irréel, comme si la lumière venait s'y perdre sans jamais en ressortir complètement.

Je le fixe une seconde de trop. Le temps se suspend, juste assez pour que quelque chose d'étrange se glisse sous ma peau. Une sensation familière... sans que je sache vraiment pourquoi.

Ses lèvres s'étirent en un sourire timide. Presque hésitant. Comme s'il n'était pas sûr d'avoir le droit d'être là. Et moi... j'oublie presque de respirer.

- Quoi de neuf, Torreto ? lance-t-il, comme si quatre ans n'avaient été qu'une parenthèse.

Je plisse les yeux, le détaille sans me cacher. Faut que je me concentre. Vraiment. Parce que ce n'est pas parce qu'il est beau comme un putain de dieu que je dois me laisser déstabiliser. Et encore moins parce que... c'est lui. Reda. Le meilleur ami d'Adonis. Et puis... j'en ai fini avec les hommes. Définitivement.

- Qu'est-ce que tu fais ici, Reda ? répliqué-je, en retrouvant un semblant de contenance. T'es censé être la star de la soirée, pas planqué dans une cage d'escalier.

R U MINEDes histoires addictives. Découvrez maintenant