🪽Reda🪽
L’odeur d’encre et de désinfectant me frappe dès que je pousse la porte du salon. Ce mélange un peu métallique, presque âcre, que je n’ai jamais réussi à oublier. Il y a quelque chose de pur là-dedans, de net, comme si chaque effluve effaçait les traces du monde extérieur. Le vrombissement régulier d’une machine emplit l’air — un son familier, presque rassurant. C’est un battement de cœur mécanique, le pouls de ce lieu.
— Reda ?!
Sa voix fend le brouhaha, pleine de surprise et de joie mêlées. Quelques secondes plus tard, Adonis surgit de la pièce du fond, un grand sourire accroché au visage. Il a les mains pleines d’encre, un trait de noir sur la joue, et cet éclat dans le regard que je reconnaîtrais entre mille.
— Mec ! Je pensais que tu passerais plus tard… pas à dix heures du matin !
Je ris en haussant les épaules.
— Disons que deux jours chez mes parents m’ont suffi à regretter les nuits sous les étoiles.
Il éclate de rire, secoue la tête.
— Toujours aussi dramatique.
— Réaliste, plutôt.
Il m’indique le canapé d’un signe de tête.
— Assieds-toi, j’en ai pour cinq minutes.
Je m’installe, le dos calé contre le mur, et je laisse mes yeux traîner un peu partout.
Le salon n’a pas changé. Toujours aussi brut, vivant. Les murs tapissés de croquis, de flashs, de visages et de formes abstraites. Des dessins partout, comme si chaque centimètre d’espace servait à raconter une histoire. Il y a là une sorte d’âme, une vibration que j’avais oubliée.
Sur le comptoir, des gants, des aiguilles, des flacons d’encre noire et rouge. Rien n’est ordonné, mais tout a un sens. L’endroit respire Adonis — son chaos maîtrisé, sa façon de transformer le désordre en art.
J’ai presque l’impression d’entendre la musique qu’on écoutait ici avant mes départs, nos éclats de rire au-dessus des bourdonnements, les discussions sans fin sur ce qu’on ferait plus tard.
Et puis le silence revient, pesant de nostalgie.
Je regarde les feuilles scotchées au mur, ces silhouettes tracées à main levée, et j’essaie d’imaginer les gens derrière elles. Ceux qui sont venus ici pour graver un souvenir, une douleur, un symbole.
C’est ça que j’aime dans les tatouages : ils racontent des vérités qu’on ne dit pas. Ils parlent quand la voix tremble.
Peut-être que c’est pour ça que j’ai arrêté d’en faire — j’avais peur d’admettre tout ce que mes cicatrices traduisaient déjà.
Pendant un instant, je me sens étranger à tout ça. Comme un spectateur d’un monde que j’ai quitté trop longtemps.
Quatre ans à parcourir d’autres villes, d’autres langues, d’autres visages. Et pourtant, ici, rien n’a bougé.
Ou peut-être que si.
Peut-être que c’est moi qui ai changé.
— Alors, ce retour, ça donne quoi ? demande Adonis en revenant, un café brûlant à la main.
Je lâche un soupir et hausse les épaules.
— Brutal. Ma mère m’a réveillé avec des croissants, mon père avec une proposition de taf. Apparemment, quatre ans de voyage, c’était juste une parenthèse dans ma “crise d’adolescence prolongée”.
Adonis éclate de rire.
— Je vois que l’ambiance familiale est au beau fixe.
— Toujours. J’ai même eu droit au combo : “Tu comptes faire quoi de ta vie, quand est-ce que tu deviens adulte, et tu devrais trouver quelqu’un avant d’être trop vieux.”
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R U MINE
RomanceÉternelle romantique, Calypso Torreto pensait connaître l'amour. Jusqu'à ce que Côme Blooyvy, son ex, décide de la plaquer pour sa sœur. - Ne sois pas surprise, Caly, elle est tout ce que tu n'es pas. Elle, qui a toujours tout réussi dans la vie, a...
