Chapitre 3

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REDA

Paris – France

Quatre ans.
Quatre putain d’années à traverser des continents comme on traverse des pensées qu’on ne veut pas garder trop longtemps. À dormir là où la nuit me trouvait — vans poussiéreux, auberges bruyantes, lits trop étroits partagés avec des inconnus devenus des visages oubliés dès le lendemain.

Et pourtant, rien ne m’avait préparé à ça.

Rentrer.

Paris a ce goût étrange, à la fois familier et légèrement rouillé, comme un souvenir qu’on aurait trop souvent manipulé. Les klaxons agressifs, l’odeur du café mêlée aux gaz d’échappement, le ciel gris qui semble hésiter en permanence entre rester ou s’effondrer.

J’ai remplacé les vagues australiennes par du bitume froid. Le sable brûlant par des trottoirs humides. Le silence par du bruit constant.

Et contre toute logique… Je me sens bien. Chez moi.

Je coupe le moteur de la moto, laisse la vibration mourir sous mes mains, et retire mon casque.

L’air me frappe directement le visage, net, presque brutal. Mes cheveux, plus longs qu’avant, se libèrent et accrochent le vent comme s’ils n’avaient jamais quitté la ville.

Je lève les yeux. L’immeuble d’Adonis est toujours le même. Même façade fatiguée. Même peinture écaillée. Même interphone qui fonctionne quand il en a envie. Rien n’a bougé. Comme si le temps, ici, avait fait une pause sans prévenir personne.

Je grimpe les escaliers sans ralentir. Deux marches à la fois. Habitude ancienne. Corps qui connaît déjà le chemin. Arrivé devant sa porte, je frappe trois coups. Sec. Précis. Une seconde. Deux. Un grognement étouffé répond de l’autre côté. Je souris. Rien n’a changé.

La porte s’ouvre enfin. Adonis apparaît, torse nu, encore marqué par un tatouage frais qui serpente sur son épaule comme une signature vivante. Il a cette mine à moitié réveillée, à moitié déjà ailleurs… jusqu’à ce qu’il me voie. Un silence. Puis son visage s’éclaire.

— Bordel, Reda !

Il me chope dans ses bras avant que j’aie le temps de dire quoi que ce soit, me broyant presque les côtes.

— Qu'est-ce que tu fais là ? Je t'attendais pas avant ce soir ?

Je ris en tapotant son dos.

— J'avais trop hâte de revoir mon meilleur pote pour attendre la nuit tombé.

Il éclate de rire, s’écarte et me scrute de haut en bas.

— T’as maigri, t’as bronzé, et t’as pris dix ans dans la gueule.

— Merci, c’est exactement le genre d’accueil que je voulais.

Il me tire à l’intérieur. L’appartement sent toujours la clope froide et le café renversé. Des disques traînent sur le canapé, une guitare repose contre le mur, et une plante agonise sur le rebord de la fenêtre. Rien n’a bougé. Et pourtant, tout semble différent.

— Raconte, dit Adonis en me lançant une bière qu’il décapsule avec son briquet. Quatre ans, mec. Quatre ans à faire le tour du monde, et t’as même pas la décence de m’envoyer une photo d’un kangourou.

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