🪽Reda🪽
Quatre ans.
Quatre putains d’années à traverser des pays, à dormir dans des vans, des auberges pleines de bruit ou des hostels avec le minimum de confort. Et pourtant, rien ne m’avait préparé à ce sentiment : rentrer.
Paris a ce goût amer et familier que j’avais presque oublié. Les klaxons, l’odeur du café et des gaz d’échappement, le ciel gris qui semble toujours sur le point de pleurer. J’ai troqué le bruit des vagues australiennes contre celui des voitures, et le sable brûlant contre le bitume. Mais bizarrement, je me sens bien. Chez moi.
Je cale la moto sur la béquille et retire mon casque. L’air froid me frappe le visage. Mes cheveux — un peu plus longs qu’avant — s’emmêlent dans le vent. L’immeuble d’Adonis n’a pas changé : façade décrépie, interphone cassé, volets à moitié fermés. Typique.
Je grimpe les escaliers deux à deux et frappe trois coups sur sa porte.
Un grognement étouffé me répond.
Je souris. Rien n’a changé.
La porte s’ouvre sur Adonis, torse nu, un tatouage encore frais qui serpente sur son épaule. Il me fixe une seconde, avant que son visage ne s’éclaire.
— Bordel, Reda !
Il me chope dans ses bras avant que j’aie le temps de dire quoi que ce soit, me broyant presque les côtes.
— J’te jure que t’as disparu comme un fantôme, mec ! Quatre ans sans nouvelles, t’abuses.
Je ris en tapotant son dos.
— C’est pas faute d’avoir essayé d’envoyer des cartes postales. T’ouvres jamais ton courrier, vieux.
Il éclate de rire, s’écarte et me scrute de haut en bas.
— T’as maigri, t’as bronzé, et t’as pris dix ans dans la gueule.
— Merci, c’est exactement le genre d’accueil que je voulais.
Il me tire à l’intérieur. L’appartement sent toujours la clope froide et le café renversé. Des disques traînent sur le canapé, une guitare repose contre le mur, et une plante agonise sur le rebord de la fenêtre.
Rien n’a bougé. Et pourtant, tout semble différent.
— Raconte, dit Adonis en me lançant une bière qu’il décapsule avec les dents. Quatre ans, mec. Quatre ans à faire le tour du monde, et t’as même pas la décence de m’envoyer une photo d’un kangourou.
Je m’affale dans le vieux fauteuil, le même que quand on passait nos nuits à parler de tout et de rien.
— J’ai pas trouvé le temps entre les tempêtes et les coupures de réseau.
— Tu veux dire entre deux soirées sur la plage, ouais.
Je souris, secoue la tête.
— C’était pas des vacances, Doni. J’voulais… voir autre chose. Sortir de tout ça.
— “Tout ça” ?
Je hausse les épaules.
— La routine, les plans foireux, les visages qu’on croise sans rien en retenir. Là-bas, tout est brut. T’as pas besoin de paraître.
VOUS LISEZ
R U MINE
RomanceÉternelle romantique, Calypso Torreto pensait connaître l'amour. Jusqu'à ce que Côme Blooyvy, son ex, décide de la plaquer pour sa sœur. - Ne sois pas surprise, Caly, elle est tout ce que tu n'es pas. Elle, qui a toujours tout réussi dans la vie, a...
