Le linge a une forme étrange maintenant. Il a séché mais en vrac par terre, je vais encore me faire tirer les oreilles. Quoique ce ne sera pas uniquement pour ça. Je retourne vers les habitations, les dépasse puis pose le bac par terre. Pourquoi il n'y a jamais personne quand j'ai besoin d'aide ? Comment je vais faire toute seule pour tendre les cordes et mettre le linge à sécher dessus sans qu'il ne s'envole ?
J'attrape une corde qui trainait dans le bac et l'accroche à un arbre, je tiens l'autre bout et me dirige vers l'autre bac. A peine ai-je fais trois pas que celui-ci tombe au sol. Je grogne puis rattache le fil avec un plus gros nœud. Je repars, nouveau malheur, la corde est trop petite. Elle n'atteint rien aux alentours à cause du gros nœud que j'ai fait. C'est bien ma veine... Le pire c'est que maintenant le nœud ne s'enlève plus et je n'ai pas d'autre corde...
Je lâche un juron, puis explose de rire lorsque je me rend compte que c'est le même qu'à utiliser mon père quelques instants auparavant.Après quelques instants de réflexion, le seule lieu où je suis sûre de trouver des cordes c'est le bâtiment carcéral. Si je me fais prendre à déambuler là-dedans, je ne suis pas prête de revoir la lumière du jour... Mais si le personnel de l'île n'a pas ses vêtements se sera mon père qui prendra. Je ne suis pas longue à me décider, et me dirige sans aucun doute vers le cauchemar des prisonniers.
Il ne doit pas être loin de midi, donc les prisonniers seront réunis au réfectoire hautement surveillé. Aucun problème pour circuler ne devrait alors se poser. Enfin cela, c'est la théorie... Il y aura sûrement au moins un garde aux corridors, et quelques prisonniers privés de nourriture pour mauvaise conduite. Je prends quelques miches de pain qui devaient constituer une part de mon déjeuner puis file vers la porte de secours. Cela peut paraître cliché, mais c'est vrai que cette porte est moins bien gardée.
Je ne sais pas ce que mon père me ferait s'il apprenait que je sais crocheter une serrure, mais je suis sûre de ne pas vouloir le savoir.
Après quelques minutes qui me paraissent durer des heures la porte émet enfin un cliquetis appréciateur. Je colle mon oreille à la porte, aucun bruit. J'ouvre délicatement la porte et remercie Dieu que la prison est besoin de matériels en bonne état, et donc une porte qui ne grince pas.
J'avance sous le corridor tout en maintenant mon regard sur les cellules. Je suis invisible pour les gardes s'il y en a et je suis prête à lancer une miche de pain à n'importe quel détenu pour qu'il se taise sur ma présence. Je n'entends pas les bruits de bottes des gardes et ne vois aucun détenu encore enfermé. Enfin des bonnes nouvelles.
J'arrive au placard de rangement, pas de temps à perdre, si les prisonniers ont fini de manger ils seront libres jusqu'à leur arrivé aux cellules. Et il est hors de question que je serve de jouet à ces monstres enfermés. Je grogne, il fallait qu'il mette deux cadenas à ce fichu placard. Je n'aurais jamais le temps de défaire et remettre les deux cadenas à temps. Pourquoi n'y a-t-il pas l'heure dans cette foutue prison ? Je glisse un regard dans un couloir qui mène droit au réfectoire, les portes encore ouvertes laissent voir un début de révolte à propos de la nourriture des prisonniers. Mince ce serait vraiment pas ma journée que les gardes renvoient les détenus avant la fin du repas.Je reporte mon attention sur le placard.
Allez faut vraiment que je me bouge ! Un cadenas tombe, j'aurai bien crié victoire si le bruit assourdissant du verrou ne m'avait pas paralysé. Pourvu que personne ne m'ait entendu ! Pourvu que personne ne m'ait entendu ! J'attend quelques secondes, non c'est bon aucun bruit. Finalement la révolte des prisonniers m'aident bien. Je m'occupe du second cadenas, il ne m'oppose que très peu de résistance, et cette fois, je le retiens avant qu'il ne tombe.J'ouvre ce fichu placard. Diantre il fallait qu'il grince lui ! Tant pis je n'ai plus le temps de prendre d'être délicate. Je repère les cordes. Et évidemment cette journée n'était pas assez dure... Les cordes sont situées en haut du placard, et j'attends à peine le milieu de l'armoire métallique. Je suis vraiment maudite...
Je monte sur la première étagère, pourvu qu'elle tienne, manquerait plus que je me foule une cheville. OK première étagère c'est fait, j'agrippe les bords du placard et monte sur la seconde. Je répète mon incantation, pourvu qu'elle tienne. Celle-là aussi tient, je recommence mon manège pour la troisième quand l'armoire se mets à osciller. Oh non, pas ça... Dite moi que ce n'est pas vrai... Ils n'ont pas fixé ce foutu placard et s'il continue à bouger je ne vais pas tarder à finir enterrer dessous.
Je ne bouge plus depuis plusieurs minutes en espérant ne pas finir mes jours sous ce cercueil métallique. Soudain un cri de garde retenti.
Nan ! Nan ! Nan ! Ne lâchez pas les fauves maintenant !

VOUS LISEZ
Le Condamné D'Alcatraz
RomansaNous sommes dans les années cinquantes. L'histoire débute par une arrestation. La mienne. C'est ma quatrième arrestation, cette fois, je suis envoyé dans la pire prison des Etats-Unis, Alcatraz. Déjà plus de vingts qu'elle fonctionne et pourtant auc...