LANA
La douleur, sourde et tenace, était le premier signal que mon corps m'envoyait, une pulsation lente et rythmique au centre de mon crâne qui me tirait progressivement de l'obscurité cotonneuse de mon sommeil forcé. Mes yeux s'ouvrirent à peine, se plissant immédiatement contre la lumière tamisée qui parvenait à filtrer malgré l'épaisseur des rideaux de soie, et le bruit sourd et répétitif de mon propre cœur tambourinait dans mes tempes, amplifié de manière insupportable. J'avais l'impression désagréable et persistante que quelqu'un avait jeté une pierre lourde et dentelée dans ma tête, un désastre interne qui faisait tourner chaque parcelle de mon environnement, confirmant que ce n'était définitivement pas la meilleure façon d'aborder une journée qui s'annonçait déjà trop remplie.
Je m'étirai lentement, cherchant un répit futile contre l'intensité physique de la gueule de bois, une douleur que je devais ignorer par principe, car elle était la preuve la plus simple de mon manque de jugement. Et c'est à cet instant précis, pendant ce mouvement d'étirement, que je sentis une chaleur étrange et indésirable dans mon lit, la présence d'un poids corporel significatif à mes côtés. Mon corps se figea brutalement, toute la fatigue et la douleur étant supplantées par une alarme froide et clinique. Mes yeux s'écarquillèrent alors que je me retournai brusquement pour identifier l'intrus.
Un homme gisait allongé à côté de moi, le visage complètement enfoui dans l'oreiller, totalement inconscient de ma présence ou de mon réveil soudain, son torse nu massif contrastant de manière flagrante avec la délicatesse des couvertures en lin. La vision était encore floue, mais je reconnus immédiatement cette silhouette massive et familière malgré la brume de l'alcool. Mon cerveau, malgré la douleur, se mit immédiatement en mode analyse de crise : Ce n'est pas possible... Il n'y a pas moyen que j'aie fait ça. Merde. Merde. Merde. Comment ai-je pu laisser cette situation se produire ?
Avant même que j'aie pu formuler une stratégie cohérente pour gérer l'homme, un bruit extérieur et beaucoup plus urgent déchira le silence de l'appartement : un cri. Un cri aigu et familier qui portait l'autorité, la colère et l'impatience.
— Lana !
Je sursautai, mes yeux se posant immédiatement sur le cadran de mon réveil numérique. C'était beaucoup trop tôt pour cette intensité, et la voix, la voix de Debbie, fit immédiatement rater un battement à mon cœur déjà surmené.
Bon sang, pensai-je avec une amertume glaciale, elle est déjà là, et elle va me tuer pour ce retard. Le fait qu'elle soit dans mon appartement si tôt signifiait qu'elle avait anticipé mon échec, une humiliation que je ne pouvais accepter.
— Lana ! insista la voix, plus forte.
Je me redressai brusquement, l'homme du lit étant relégué au rang de problème secondaire. Chaque mouvement était un effort douloureux, me donnant l'impression d'avoir soulevé une charge trop lourde, et je manquai de trébucher immédiatement en sortant du lit, mes jambes encore engourdies par l'épuisement de la veille. Je me saisis de la rambarde en acajou du lit pour me stabiliser d'un coup, un mouvement précis et nécessaire, avant de jeter un coup d'œil rapide au sol : mes chaussures étaient trop loin. Je devais sortir, et rapidement, pour limiter les dommages.
Je m'emparai d'un peignoir en soie, l'enfilant et le nouant à la hâte, même si ma tête continuait de tourner, me donnant l'impression désagréable de marcher sur un nuage instable. Cette fragilité physique ne m'arrêta pas ; je devais me jeter dans l'action pour reprendre le contrôle de la situation. Le bruit de ses pas, rapides et lourds, se faisait de plus en plus proche, et je me précipitai hors de ma chambre.
Dès que je fus dans le couloir, je me retrouvai face à elle, Debbie, mon attachée de presse et éditrice, qui me fixait intensément, l'air de celle qui est prête à exploser sous la pression d'un agenda strict. Mon cerveau enregistra immédiatement l'information : Comment est-elle entrée ? Elle avait sans doute utilisé la clé de secours que je lui avais confiée, un signe de sa propre prévoyance qui contrastait avec ma propre négligence actuelle.
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Dangerous Ties
RomanceÀ seulement vingt-quatre ans, Lana Austen semble avoir tout pour elle : journaliste talentueuse, millionnaire accomplie, elle incarne la réussite. Mais derrière cette façade parfaite se cache un lourd secret qu'elle tente désespérément de dissimuler...
