1

4.1K 146 6
                                        


LANA

— Mademoiselle Austen ?

Le son de mon nom me frappe comme une petite tape sèche. Je sursaute. J'étais perdue dans mes pensées, et la voix m'en sort brutalement. Je cligne des yeux, obligée de me concentrer sur la femme devant moi.

Elle est trop parfaite. Son costume est gris, sans un seul pli, comme s'il avait été repassé avec de la colle. Ses cheveux, d'un blond très clair, sont tirés si fort en arrière que ça doit lui faire mal à la tête. Elle me regarde avec des yeux bleus très froids, sans gentillesse.

Son ton est déjà un peu agacé, comme si j'avais fait une erreur juste en étant là.

— Voici les questions que vous devrez poser à Monsieur West. N'essayez en aucun cas de les éviter, dit-elle. Elle me tend une feuille d'un geste sec. Elle a une autorité facile, elle s'en sert sans même y penser.

Je prends le papier. Il est lisse et épais. Je hoche la tête, forçant ma bouche à rester fermée pour ne pas sourire. C'est un sourire moqueur qui veut monter.

— Bien sûr.

Éviter les questions ? Bien sûr que non. J'ai mis des mois à obtenir ce rendez-vous. Personne, surtout pas cette femme aux cheveux trop tirés, ne va me dire quoi demander. J'ai besoin de la vérité, et je l'aurai.

— Il me faut votre signature ici, ajoute-t-elle, son doigt pointé sur le bas de la page. Son stylo, noir et brillant, est posé là, parfaitement droit.

Je me penche. Je sens son regard lourd sur moi. Je prends le stylo, ma signature est rapide, un coup de crayon sûr. Dès que j'ai fini, elle reprend la feuille, rapide comme un éclair, et me fait signe de la suivre.

— Monsieur West est en réunion, mais ça ne devrait pas durer plus de cinq minutes. Vous pouvez attendre ici.

Elle me laisse dans une petite pièce. Tout est blanc, gris et vide. C'est le genre d'endroit qui fait froid rien qu'à le regarder. Il n'y a rien de personnel, rien qui ressemble à de la vie.

— Bien sûr, je dis poliment. Mais dans ma tête, je suis déjà impatiente.

Elle me fait un petit sourire qui n'atteint pas ses yeux, puis elle se plonge dans son téléphone. Je la regarde. Elle est aussi froide que la pièce.

— Austen... ce nom me dit quelque chose, lâche-t-elle tout à coup, levant les yeux vers moi. Elle me regarde avec une curiosité nouvelle, un peu trop insistante.

— C'est possible, je réponds, ma voix sans émotion, pour ne rien lui donner.

Elle n'insiste pas. Elle reçoit un message et redevient une machine concentrée. Quelques minutes plus tard, elle me demande de la suivre. Le temps de l'attente est terminé.

Elle frappe à une grande porte, attend d'entendre une voix, puis elle m'annonce :

— Monsieur West, Lana Austen du Bellay News.

Je prends une grande inspiration, puis je m'avance. L'air ici est lourd, comme si l'argent pesait. Je tends la main.

— Enchantée, Monsieur West.

Dangerous TiesOù les histoires vivent. Découvrez maintenant