Sérénade

3 0 0
                                        

La vie est une larme

Qui n'a de cesse de chuter

Jusqu'à ce qu'elle s'écrase sur le comptoir

Sur le

Bitume d'un arrêt de bus

Sur le

Matelas d'un lit d'hôpital

Sur les vieilles photos jaunies dans le fond du tiroir

Sur le sol de la salle de bain devant le miroir

Sur des

Relevés bancaires effrayants

Des bulletins de paye essoufflants

Devant la

Boite aux lettres qui reste vide

Devant l'interphone qui ne sonne jamais

Dans le

Verre de whisky que l'on ne peut pas poser

Dans le

Plat préparé

Que l'on mange chaque soir

Devant la télé

Seul et à fantasmer

Sur la présentatrice météo du JT

Une larme qui s'écrase sur

Une alliance que l'on arrive pas à retirer

Une enfance que l'on arrive pas à oublier

Sur le

Numéro de téléphone du père que l'on n'ose pas appeler

Sur la gâchette d'un revolver qui hésite entre nos mains

Sur la

Tombe du chien

Sur la tombe du chat

Du rat, du hamster

Sur une

Feuille noircie d'une poignée de vers, inaudible

Sur la forme d'un corps dessiné au milieu d'éclats de verre

D'un pare brise brisé d' automobile

Et des prostituées passent sous ma fenêtre

Et des mecs bourrés gerbent sous ma fenêtre

Et pissent

Se piquent

Dealent

Battent leurs femmes

Sous ma fenêtre

La vie est une larme qui chute puis s'écrase

Sous une fenêtre

Et les gens heureux et bien-en-vie ne perdent pas de temps pour verser les leurs

Tandis que les plus seuls, pauvres et fous économisent les rares qu'ils ont encore

Pour eux mêmes ou pour un autre moment, pour d'autres douleurs

Sous d'autre fenêtres.

Les poèmes liquidesStories to obsess over. Discover now