"Ce qui est dans la parole est dans le silence."
Je me dépêche de me rendre au point de rendez-vous. Je regarde l'heure : 12h09.
Pourtant j'ai essayé de me dépêcher, mais il y avait du monde pour sortir, la galère.
Bref je cours en espérant qu'il m'attende. Arrivée à la porte C, je me glisse sous l'escalier. Son visage s'illumine quand il me voit.
On se regarde sans bouger puis je cours me réfugier dans ses bras. Il m'avait manqué cet abruti.
Notre câlin dure longtemps, j'aurais aimé rester dans ses bras plus longtemps, mais on le sait tous les deux, il faut qu'on parle.
- Tu peux pas savoir à quel point je suis content de te voir.
- Moi aussi.
A ce moment la, je ne regrette vraiment pas d'être venu.
- Je suis tellement désolé..
- Pourquoi ? Je lui demande, étonnée.
- Tout ce qui t'arrive est de ma faute. J'ai chamboulé ta vie et à jamais.
Je m'attendais à tout sauf à ça. Jamais je n'aurais pensé qu'il se pensait responsable de ce qui m'arrivait.
- Je ne t'excuserai pas.. je déclare.
- Je comprends. Dit il d'un air déconfit. Il semble sur le point de faire demi-tour et de s'en aller, mais je retiens son bras.
- Non tu ne comprends pas. Rien n'est de ta faute. Je ne peux pas t'excuser pour quelque chose que tu n'as pas fait.
Surtout que Noah m'a dit que c'était toi qu'il lui avait indiqué où Anthony me retenait contre mon gré...
Il serre ma main entre ses deux mains.
- Vampire ou pas vampire, tu restes ma petite sœur. Tu es toujours aussi formidable. Me coupe-t-il en caressant tendrement ma joue.
Je lui souris. Dire que j'hésitais à venir.
- J'ai parlé avec Noah, il s'inquiète pour toi. Il m'a dit que tu avais rejoins le clan et que tu perdais ton humanité.
Pourquoi Noah lui a parlé de ça ? En quoi ça lui regarde ? Et surtout qu'est ce que ça peut lui faire..
- Je ne vais pas nier, ça serait te mentir.. je soupire.
- J'ai besoin de comprendre. Pourquoi tu veux tu veux faire ça ?
Il a l'air réellement inquiet. C'est assez rare qu'on s'inquiète pour moi. Donc là je ne sais pas trop comment réagir.
Je décide de lui dire la vérité, rien que la vérité.
J'inspire un bon coup.
- Je ne veux plus rien ressentir.
Tu sais, ma vie n'a jamais été simple..
Enfant, je passais mon temps seule. Je pensais que c'était normale. Ma tante passait son temps au travail, me disait-elle.
Arrivée au collège, je sentais que j'étais différente. Les gens se plaignaient sans cesse de leurs parents. Mais moi, je ne les comprenais pas. Si il savait la chance qu'ils ont. Je donnerais tout pour que maman soit encore en vie.
Grandir en sachant que ton père t'a abandonné, sans savoir pourquoi et si un jour tu le rencontreras.
Puis arrivée au lycée, j'étais la risée de mes camarades. Toute ma classe était contre moi. Des photos de moi défilaient. On disait que j'étais une pouilleuse. Mais je n'y pouvais rien si ma tante n'avait pas beaucoup d'argents.
Puis vient ce soir où je découvre des bouteilles d'alcool. Je comprends tout. Déjà que nous ne roulions pas sur l'or.. Ça ne risque pas de s'arranger si ma tante dépense son salaire dans l'alcool.
Les bouteilles se multiplient. Elle est de plus en plus souvent saoule. J'essaye de l'éviter au maximum, mais ce n'est pas évident car j'essaye également d'éviter les gens du lycée.
Car quand elle est saoule, elle peut devenir violente dans ses mots. Elle ne fait que répéter que tout est de ma faute et que je suis là pire chose qui lui soit arrivée dans sa vie.
Entre les insultes de mes camarades et ses reproches incessantes, j'ai peur de craquer.
Il y a des soirs où l'envie de mourrir est plus forte que tout mais j'avais au fond de moi, l'espoir que ma vie s'améliore. Le seul échappatoire que j'ai trouvé était la mutilation. Mais ça me m'a pas vraiment aidé, car une fois que tu commence, tu as toutes les peines du monde à t'arrêter.
Je relève les yeux vers mon frère, il ne m'a pas interrompu, il reste immobile et me regarde. J'inspire un grand coup et continue mon récit.
- Nous commencions à manquer d'argent, je cherchais par tous les moyens un travail. Mais qui veut d'une gamine de 16 ans ? Donc j'ai commencé à dealer. La drogue je n'y ai jamais touché par contre.
Puis vient un soir où je rentre un peu plus tard que d'habitude.
Elle était saoule encore une fois, mais encore plus que d'habitude, elle était inconsciente sur le canapé, dans le salon. Un homme était à ses côtés. C'est ce soir là que ma vie a basculé...
Je m'interrompte. C'est le moment le plus dur à évoquer pour moi. Je n'en ai parlé à personne pour le moment.
Il me serre encore plus fort pour me montrer son soutient. Il me regarde et hôche la tête pour m'encourager à poursuivre.
- Il était répugnant et sentait l'alcool. Je n'ai pas réussi à me défendre, il était plus fort que moi. Je me souviens de tout comme si c'était hier. Du contact de ses mains sur mon corps. J'avais envie de vomir.
Quand il est parti, je n'ai même pas réussi à pleurer. Je suis restée assise, immobile durant de longues heures. J'étais à bout de souffle. Je n'avais plus aucun espoir, je voulais mourrir. Ma vie était un échec total. Je n'osais même pas me regarder dans le miroir, tellement que je me sentais sale.
Le pire dans tout ça, c'est que quand j'ai eu enfin le courage de me relever et de bouger, ma tante était toujours inconsciente sur le canapé. Je suis donc allée la voir et ne sentant pas son pouls, j'ai appelé le samu.
Mais ils n'ont rien pu faire, elle a fait un coma éthylique et est morte d'une pneumopathie d'inhalation. Elle est morte étouffée dans son propre vomi. Si je serais arrivée avant, j'aurais pu la sauver.
J'ai ensuite été mis chez mon autre tante qui elle m'a super bien accueilli, elle n'avait que 3 ans de plus que moi.
Puis vient la lettre et le déménagement.
Je n'ose même pas le regarder, il commence à me prendre dans ses bras.
- Non ne me touche pas, je suis sale. Après lui Mason m'a touché et un autre a essayé mais je l'ai tué. Tu ne devrais pas t'approcher de moi, je devrais t' écoeurée.
Il prend mon visage dans ses mains :
- Écoute moi bien. Tout ce qui t'es arrivée n'est pas de ta faute. Tu n'es pas écoeurante ou je ne sais quoi. Tu es la fille la plus courageuse que je connaisse. Je ne sais même pas comment tu as fait, mais tu t'es toujours relevée et je ne t'ai jamais entendu te plaindre. Tu es une guerrière Lexi."
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Moonbright
Paranormal18 ans sans nouvelles. Puis un jour, une lettre. Je me découvre trois grands frères qui habitent à l'autre bout du monde qui me proposent d'habiter chez eux. Dans une ville qui recèle de mystères. Moonbright.
