Chapitre 5 - Ce qui repose sous l'eau

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Chapitre 5 – Ce qui repose sous l'eau

Gavin avait senti son portable vibrer dans la poche de son blouson, mais quand il avait vu qu'il s'agissait d'un numéro inconnu de son répertoire, le téléphone avait retrouvé sa place, vibrant dans le vide.

Si c'était important, la personne n'aurait qu'à laisser un message qu'il écouterait plus tard.

L'appel déjà oublié, Gavin balaya du regard la foule autour du stand, surveillant les réactions : Conrad avait réussi à s'avancer assez près pour pouvoir saluer Margaret, l'unique RL700. Mais face à face avec un homologue, la nature du RK900 pouvait devenir évidente et le sergent restait donc attentif.

Pourtant, les curieux continuaient de s'agglutiner sans panique, plus fascinés par l'androïde sans LED que le visiteur qui s'était présenté sous le nom de Conrad Cooper.

S'ils savaient, songea Gavin en réprimant un sourire, appréciant d'être dans la confidence de ces apparences trompeuses.

Margaret ressemblait à une femme d'une cinquantaine d'années. Elle portait un tailleur rouge sombre, s'opposant au bleu traditionnellement associé aux robots. Le travail sur les mèches de cheveux — qui commençaient à grisonner — était impressionnant, tout comme celui pour les rides, car ni trop jeunes, ni trop marquées, donnant l'illusion d'une vie riche en émotions. En vérité, l'androïde n'avait qu'un an, mais son visage était celui d'une femme qui, à vingt ans, avait assisté au drame du World Trade Center.

Attentive, elle fixait Conrad avec un sourire bienveillant. Le fait que la LED soit dissimulée suffisait pour que le RL700 l'identifie comme un humain. Le RK900 restait tout de même prudent et il prenait soin de ne jamais toucher l'autre robot pour n'amorcer aucune connexion.

Oh, il s'était déplacé depuis Detroit pour la voir ? Elle était honorée !

Son sourire et ses rires la rendaient authentique. Margaret portait une alliance en or surmontée d'un petit diamant qu'elle faisait glisser autour de son annulaire, imitant une habitude qui aurait pu être vieille de plusieurs années. Un tic programmé avec talent.

« Vos créateurs se sont surpassés.

— N'est-ce pas ? » Approuva-t-elle avec un éclat de rire, puis elle le remercia avec plus de sérieux. « Ils seront ravis de l'apprendre, merci. »

Conrad lui rendit son sourire ; cette réponse lui rappelait quelque chose...

« Margaret, puis-je vous demander votre avis sur une situation ?

— Bien sûr, je vous écoute.

— Imaginez la famille Harry. Ils vivent à Detroit dans un quartier assez pauvre. Monsieur Harry est un policier doué, mais il a un caractère colérique et est très avare. Sa femme, madame Harry, est une femme aimable et généreuse, bien plus agréable que son mari. Ils ont une fille de vingt-trois ans, la jeune Harry, qui aime beaucoup sa mère et veut la suivre en exemple, d'un autre côté, elle ignore son père dès qu'elle peut. Elle faisait des études et s'en sortait très bien, mais sur la décision de son père, elle a dû quitter l'université qui représentait une dépense trop chère. Enfin, cette famille possède un androïde, un AX400, qui a été nommé Gabrielle et qui est à leur service depuis des années. »

Margaret faisait tourner la bague, haussant un sourcil. Oui, elle imaginait la famille Harry avec leur Gabrielle, tout comme les visiteurs qui écoutaient le récit de l'invité. Où allait-il mener l'intelligence artificielle ?

« Depuis plusieurs semaines, monsieur Harry suspecte sa femme d'être devenue la complice de leur voisin, monsieur Wood, un ancien voleur connu du commissariat. Pire, il pense que cette relation est couverte par leur fille.

Visage Familier III - L'Héritage de CyboreaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant