Chapitre 5

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La pièce est sombre. Avec un aspect inquiétant. Dû fortement à la couleur des murs qui n'évoque pas la gaieté. De plus, je ne distingue aucun signe de lampes qui sont pourtant des sources de lumière. Je vais rester dans le noir ?

Cette pensée me tétanise car même si l'ambiance de la salle précédente était angoissante au vu du silence, ce qui est aussi le cas ici, je voyais clairement la pièce en entier. Ce qui n'est pas vrai ici à cause de l'obscurité. En deux pièces, j'ai perdu crescendo toute la luminosité de départ qui me faisait mal aux yeux.

Je ne vois pas le bout. Je ne vois pas la prochaine porte. Parce que si j'ai bien compris je rentre dans une pièce pour en ressortir par une autre entrée. Ma gorge devient sèche ne sachant pas ce que je vais trouver derrière la porte suivante. S'il y en a une. Je ne suis même pas sûre d'avoir raison avec cette histoire de porte. Et si ça changeait ? Si je ne ressortais jamais ne cette pièce noire parce que je m'y perdais ?

Enfin, là, je suis en train de me perdre dans mes pensées. Il faut que je me concentre sur autre chose. Mes pas. Mes baskets ne font aucun bruit sur le carrelage de couleur sombre, ce qui n'était pas le cas dans la pièce au papier peint. Je devais retenir mes pas tandis qu'ici, je n'en ai pas besoin. Comme si les dalles absorbent les bruits réalisés par mes chaussures. Je m'éloigne lentement de la porte. A petit pas.

Clac.

Mes pieds se décollent et retombent sur le sol, toujours en silence. J'ai sursauté à cause du bruit sec. Je n'y étais pas préparée.

Je tourne vivement la tête en direction de la source et mes cheveux coupés courts récemment me fouettent le visage. Je constate que la lumière, qui m'aidait à me guider à peu près droit jusqu'à alors, venait de derrière moi et n'est plus là. Celle de la salle où j'ai attendu en présence de cinq puis trois femmes.

La porte est fermée.

Je regarde à droite et à gauche mais je ne vois plus rien. Il fait noir. Mes yeux dans cette obscurité ne distinguent rien. Il ne sont pas prévus pour voir dans le noir. Ils n'en sont pas capables. Puis une lueur émane doucement de part et d'autre du plafond, en rebondissant sur les murs. Jaunâtre. Peu convaincante de poursuivre la route. Elle éclaire très peu. J'arrive à peine à distinguer mon corps. Mais la lumière n'en permet pas plus.

Des pas se rapprochent de moi. Ils claquent. Nettement. Ils avancent de plus en plus vite tandis que je reste immobile, les bras le long du corps.

La présence derrière moi, devient de plus en plus nette. Précise.

-Avancez, me balance une voix sèchement dans mon dos.

J'obéis. Je pense qu'il vaut mieux pour moi étant donné le ton de la personne.

Je continue d'avancer dans le noir ne distinguant pas le bout de cette salle. J'essaye de me concentrer, de forcer mes yeux mais ils ne peuvent pas. Le faible éclairage ne me le permettant pas. Et je pense que le constructeur s'est amusé avec les trompe-l'oeil et les illusions d'optique. Parce que j'ai l'impression que cette pièce n'en finit pas. Qu'elle n'a pas de bout.

Je tends mes bras devant moi, pour éviter de me cogner à quelque chose. Un mur, une porte, un bibelot, un mobile. Les doigts écartés comme les pattes des canards quand ils marchent sur la terre ferme, pour avoir plus de support. D'ailleurs, ils marquent la limite de ce que je peux voir.

Je sens toujours l'homme en noir derrière moi. Il fait de grandes foulées avant de s'arrêter et de recommencer. Imperturbable. Ses pas rapides puis le silence, me désarçonnent. Me fait perdre mes possibilités. D'ailleurs comment fait-il pour me voir dans ce noir ? Pour savoir à quel distance je suis ? Pour savoir quand il doit s'arrêter et continuer ? Pourquoi il me suit ? Pourquoi n'est-il pas resté devant la porte qui relie les deux salles entre elles ? Il ne fait que l'ouvrir et la refermer avec une nouvelle personne dedans. Je ne comprends pas.

Quand il a beaucoup avancé, à grand pas, je sens qu'il est vraiment tout proche. A moins que ce ne soit l'obscurité qui brouille mes sens ? Je ne sais pas. Il pourrait me toucher, rien qu'en levant un minimum le bras.

Cette pensée me fait perdre les pédales. Mes mains, toujours devant moi, deviennent moites. J'ai horreur qu'on me touche. Que se tienne trop près de moi. Je sais que c'est seulement après qu'il a bien avancé qu'il s'arrête. Que le claquement régulier de ses chaussures ne parvient plus à mes oreilles. Sauf que ce son est habituel avant de disparaitre.

Il s'approche encore. La même boucle se remet inlassablement.

Mes jambes deviennent lourdes. Mes pieds ralentissent le rythme alors que j'ai envie de courir. De m'enfuir. Loin, très loin.

De tout.

Je ne peux pas. Pas dans ce noir presque intense. Il me faut de la lumière. Une lumière plus vive que celle du plafond qui me permet de voir plus loin que mes propres mains.

J'ai l'impression que cela fait une éternité que je suis ici, à ma traîner dans le noir. A avancer sans autre but qu'avancer. C'est un peu comme les cours. Tu commences l'école mais tu ne vois pas quand tu t'arrêter de travailler. Parce que les vacances avec les DM, les exposés, c'est pas des vacances. Clairement pas. Quand est-ce que cette salle s'arrête ? Parce qu'elle est beaucoup trop longue. Cette pièce a-t-elle une fin ? J'en doute fortement.

Je ne vois plus mes mains qui frôlent un obstacle en même temps. Un obstacle dur. Tendu, mon corps s'arrête pour examiner cette chose étrange. En laissant mes mains se balader partout où la surface court. Mes yeux balaient à droite et à gauche sans pouvoir y distinguer quelque chose de particulier. Je suis dans un espace sans lumière.

L'objet est grand. Plus grand que moi.

Une main vient frôler mon épaule gauche, la serre. Je sens les cinq doigts à travers mon t-shirt. Pas trop mais assez pour pouvoir me faire bouger le bras dans tous les sens si l'envie en prend à la personne. Mes pieds se plantent solidement dans le sol de manière à contrecarrer si la personne m'attaque. J'aimerais me dégager mais je ne vois pas la tête de la personne. Ce que je juge plus prudent.

La main me pousse l'épaule de manière à ce que ma main gauche se décolle du mur et que je recule.

Mon pied gauche passe derrière le droit et je manque de m'écraser dans cette environnement où je ne vois rien. Ce qui ne serait pas pratique parce qu'hormis la sensation d'avoir quelqu'un à coté, et la dimension de mon propre corps, je ne sens rien. Immédiatement, je ramène mon pied droit sur le côté pour me stabiliser correctement en mettant mon poids au milieu de mes pieds.

J'entends une poignée qui grince ainsi que les gonds d'une porte qui s'ouvre. De la lumière apparaît dans un filet en haut, en bas et sur ma gauche. C'est magique.

La porte, en s'ouvrant en grand, laisse passer beaucoup de lumière. Beaucoup trop de lumière. J'ai l'impression de voir le soleil en face de moi. Tellement, c'est brutal. Le soleil en plein jour d'été. Sans la chaleur. Mes yeux se plissent de manière à ne laisser aucune lumière rentrer car ils se sont habitués à une totale obscurité. Et que trop de lumière d'un coup, va endommager mes yeux. Un peu comme la lumière bleue. Il faut y aller progressivement.

Petit à petit, mes yeux s'adaptent à cette luminosité poignante, et peuvent s'ouvrir correctement. Je vois une immense masse jaune devant moi. Je ne distingue rien d'autre.

La forte lumière n'a pas perturbé l'homme en noir, qui se tient droit, les bras le long du corps, à ma gauche. Sa tête est penchée dans un angle inquiétant, vers moi. Ses yeux perçants se sont adaptés plus vite que les miens. Et ils me fixent. D'un simple mouvement de son menton pointu en avant, accentué par la direction de ses yeux noirs, il m'ordonne d'avancer dans cette lumière éblouissante.

Un pas après l'autre et très doucement, sous les yeux imperturbables de l'homme en noir, je m'avance vers cette immense lumière qui ne me procure aucune chaleur. Le bout de mes chaussures est éclairé fortement car elles sont sur le bord de la pièce. Sur le bord de l'encadrement. J'observe ce contraste entre le noir et le jaune. Avant, d'oser enfin passer à travers le rideau jaune éblouissant.

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